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“Le bonheur est de trouver la beauté dans chaque jour qui se lève” disait Ralph Waldo EMERSON. Cette phrase inscrite au seuil de notre porte est celle qui me motive tous les jours à me lever, à croire en un meilleur destin. Chaque matin je me donne pour mission d’être au-dessus de mes problèmes, de me réjouir de ce que j’ai en ma possession et me battre pour ce que je n’ai pas encore, car rien n’est gratuit dans cette vie et je l’ai appris à mes dépends.
Je me lève ce matin avec un sentiment de gratitude. J’ai fait une bonne recette hier des parfums que je venais de recevoir quelques jours en arrière. Le stock est presque épuisé et je m’en réjouis. J’apprête mes effets : mon sac contenant mes livres d’apprentissage de l’allemand, mon pot de gâteaux, mon sac en bandoulière contenant des parfums et d’autres produits de beauté. J’ai cours de langue allemande de 10h00-13h00, mais je passe le reste de ma journée au centre pour travailler, mais surtout écouler ma marchandise. Là, j’ai une grande clientèle qui n’hésite pas à se dégoter les nouveautés que je leur vends à un prix abordable. Ma bouche s’étire en un sourire lorsque j’imagine la réaction de mes camarades aujourd’hui. Ils vont encore s’écrier devant la quantité d’effets que je transporte.
Je quitte la maison tout en m’assurant de fermer la porte correctement. Je salue ma grand-mère maternelle et lui remets les clés de notre studio. Je sais que Malika, ma sœur, transporte les siennes, mais je préfère être prévenante avec elle. Ima, ma grand-mère est celle qui nous a accueilli lorsque nous avons perdu maman. Elle est certes sévère mais elle n’hésite pas à nous témoigner son affection. Auparavant, elle nous remettait de l’argent ou encore de la nourriture, mais depuis quelques années déjà, j’ai pris la relève. Non pas parce qu’elle ne veut plus, mais elle a frôlé un AVC et depuis sa santé n’est plus au beau fixe. En plus, toutes ses activités génératrices de revenus ne lui rapportent plus grand-chose, alors j’ai préféré prendre le relais. Cela nous évite aussi d’engendrer des conflits avec le reste de la famille qui nous considère comme des parasites et nous tient responsables de l’état actuel de ma grand-mère. C’est désolant, mais j’espère que Ima finira par se rétablir et surtout profiter de mon dur labeur.
Je dépose mes effets à même le sol et l’enlace. Elle prononce des paroles de bénédictions sur moi avant que je ne me recharge et m’en aille. Dans la rue, je croise quelques-unes de mes voisines, que je salue à la volée. Je commence à hâter les pas car je sais qu’il est déjà 9heures et que je ne dois surtout pas être en retard. J’arrive à l’arrêt de bus et tombe sur une foule de personnes qui comme moi attend le moyen de transport. Mais la voie semble vide. Que se passe-t-il ? J’ose m’entretenir avec un monsieur qui est à mes côtés.
- Ma fille, il y a pénurie de carburant aujourd’hui.
- Ah oui ?
- Oui. Le litre de gasoil a tellement augmenté que je n’en voudrais pas aux chauffeurs de bus de se le procurer.
- Mais comment vais-je faire ?
- Eh bien marcher. C’est la seule solution, car il n’y aura pas de bus avant une heure.
- Vraiment ?
- Oui. Dans ton cas, tu devrais déjà penser prendre un taxi. Chargée comme tu es, je crois que tu risqueras de te casser en deux.
Je le regarde et me mets à rire plutôt que de le prendre au premier degré. Il croit pouvoir m’offenser, mais c’est une perte d’énergie pour moi.
- Vous êtes drôle lui répondis-je.
Il me regarde un peu largué, à croire qu’il a fait exprès de me lancer ces piques.
- Je suis sûre que je trouverais une autre solution.
Nous restons debout pendant quelques minutes lorsque j’entends quelqu’un crier mon nom au loin.
- Fatou ! FATOUUUUUUU !
Je me retourne et tombe nez à nez avec Grâce, un camarade de classe.
- Que fais-tu ici me questionne-t-il ?
- J’attends le bus.
- Avec cette foule crois-tu y arriver ?
- Je n’ai pas vraiment le choix.
- Oh Fatou ma pauvre. Et tu te balades encore avec tes nombreuses marchandises.
- C’est vrai, mais je n’y peux rien.
- Si tu le dis. Mais c’est ton jour de chance. Mon père vient de garer devant la supérette devant nous.
- Ah oui ?
- Oui ! Regarde la Prado noire qui est devant nous, c’est la nôtre. Viens, nous allons t’accompagner au centre ? C’est là où tu te rends n’est-ce pas ?
- Evidemment. N’y vas-tu pas aussi ?
- Non !! Tout cet allemand me donne les maux de tête. Pour aujourd’hui, je te rends ce service.
- D’accord, merci beaucoup.
Grâce porte une partie de mes effets et ensemble nous montons à bord de la Prado de son père : le Général ONIANGUE. Je l’ai déjà vu sur les réseaux sociaux, mais c’est la première fois que je le vois en vrai. Il est très imposant et surtout, il m’effraie un peu. Je me tasse donc dans mon siège et garde le silence tout le reste du trajet.
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- Que fais-tu ?
Je tombe sur ma sœur Malika. Elle fouille dans mes effets et ne se gêne pas de voler ce qui m’appartient.
- Que fais-tu lui lancé-je
- Tu ne vois pas ? Je me sers.
- Te servir ? Dis plutôt que tu es en train de me voler.
- Te voler ? Non ma sœur, ce qui est à toi est à moi.
- Non !!! Ce qui est à moi t’appartient si je t’en donne l’autorisation, mais tu n’as pas le droit de venir fouiller dans mes affaires et prendre ce qui ne t’appartient pas.
- Je vais me gêner. Je prends ce que je veux, comme et quand je veux. Le reste ce n’est pas mon problème.
- Malika, tu…
- C’est Kali. Pas Malika. Combien de fois t’ai-je dit de ne plus m’appeler ainsi ?
- Je sais mais c’est le prénom de maman et tu ne peux pas le déformer comme ça.
- Si et je ne suis pas maman. Tu sais où elle est. Donc, ne me casses pas les pieds. Va sur sa tombe si tu en as envie, moi j’avance. Pour l’instant, j’ai besoin de sous, comme tu en as, je les récupère simplement.
- Non ! Sois réaliste, rends-moi mon argent. Je vais payer les examens de certification avec.
- Des idioties de cours d’allemand ? Tu rêves ma vieille. Parce que tu te crois où ? Tu crois que toi tu peux aller en Allemagne ? Mais parfois je ne sais pas où tu mets ta tête.
Elle éclate d’un rire aigu perçant. Cela ne m’irrite pas, mais me fait plutôt mal au cœur. Mila comme j’aime l’appeler sait appuyer là où ça fait mal.
- Je ne sais pas pourquoi tu te tues autant à la tâche. Tu vends toute la journée pour quel bénéfice ? 20 000frcs ? 15 000 ? Et tu crois que c’est avec ça que tu mettras les pieds en Europe ? Tu vas bien trimer avant. D’ici-là, les poules auront des dents.
- Mila, je ne te permets pas. Je te rappelle que je suis ta sœur ainée.
- De mes fesses oui. C’est juste parce que tu es née 5 ans avant moi que je me dois de te témoigner du respect. Sinon, tu n’as rien de plus que moi. Regardez une laideur pareille. Je me demande toujours comment ta mère a pu te faire aussi moche.
- Mila, tu vas trop loin. Rends-moi mon argent.
- Non ! Sinon, que vas-tu me faire ?
Elle commence à hausser le ton.
- Je vais te frapper si tu continues.
- Me frapper ? Toi ? Laisse-moi rire !
- Continues et tu vas voir. Tu viens m’insulter alors que tu passes ton temps à voler mon argent. VOLEUSE !!! VOLEUSE !!! hurlé-je de toutes mes forces.
Elle me dévisage avec un regard noir avant de me gifler et me balancer mon argent.
- Tu n’as qu’à les garder tes billets. Salope ! Tu crois que tu es mieux que moi ? Sale fille ! Laide fille. C’est pourquoi tu pues de tous les trous. Tu ne sais même pas te laver. Imbécile. Parce que tu me dépannes un peu, tu crois donc que tu es mieux que moi ? Va te faire foutre ! Si tu pouvais crever, je m’en réjouirais. Salope ! Idiote ! N’importe quoi. A partir d’aujourd’hui, je romps nos liens de fraternité
- C’est ce que tu dis tout le temps avant de revenir quémander ma nourriture, mes vêtements, mon argent. Espèce de parasite.
- C’est moi que tu traites de parasite ? Bravo fit-elle en tapant dans ses mains. Aujourd’hui, sur la tombe de ta maudite mère, moi la pestiférée, je sors de ta vie à tout jamais. Restes avec tes effets et ta vie de Sainte Nitouche.
Elle s’en va en claquant la porte. A l’extérieur, je l’entends se disputer violemment avec Ima. Mais qu’est-ce qui ne vas pas avec Mila ?
Je sors du studio que nous occupons toutes les deux et tombe sur une scène où mon oncle (le petit-frère de ma mère) tente d’en venir aux mains avec Mila. Je me mets au milieu des deux pour éviter que la bagarre n’éclate réellement.
- Qui crois-tu être dans cette concession ? Je t’interdis de manquer de respect à ma mère. Si ta tête a perdu les boulons, vas les chercher plutôt que de venir semer le trouble ici. Espèce de bordelle !
- Imbécile rétorque-t-elle. Toi tu peux venir me donner des leçons de morale ? Un pauvrard idiot de son espèce. Tu crois que tu peux ouvrir ta sale bouche qui pue l’alcool et venir te comporter en père devant moi ? Salopard !
- C’est à moi que tu t’adresses ainsi ?
- Non ! C’est à tes pieds pouilleux.
- Je vais te frapper Malika ! Tu me connais très mal.
- Tu en as frappé combien pour commencer sur moi ? Regardez-moi ce zigoto. Les autres sont chez eux aux côtés de leur femme et leurs enfants, toi tu tends encore l’assiette ici au point où c’est Fatou qui te nourrit encore. Et il n’a même pas honte.
- Je vais te blesser. Fous-le camp d’ici.
- Tchrrrrr !
- Sans s’en rendre compte, Ima qui était en retrait depuis un temps lui balance sa sandale au visage en disant :
- Je te bannis de cette parcelle. Sors d’ici et que je ne te vois plus jamais y mettre les pieds.
- C’est ce que tu me dis ? Tu me chasses ? De cette parcelle ?
- Oui, tu as dépassé les bornes. Tu es insupportable et j’en ai marre que tu fasses souffrir ta sœur alors qu’elle se tue pour s’occuper de toi. Mieux vaut que tu t’en ailles pour plus de calme dans cette concession. A cette allure, tu vas finir par me tuer.
Mila s’est redressée, et a lancé un ok, avant de s’en aller.