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— Croyez-moi, ma sœur ! Vous comprenez que vous avez raté votre vie le jour où le père de votre enfant vous appelle depuis les montagnes Rocheuses aux USA pour vous dire qu'il enjoy ses vacances alors que vous êtes en train de vous gratter la tête pour payer le premier mois de scolarité de votre enfant qui rentre en CP.
Je regarde la personne qui s'adresse à moi, alors que c'est seule que je suis arrivée dans cet aéroport. Je pense avoir affaire à une folle, mais en fait, c'est une jeune dame fort bien vêtue et coiffée qui s'adresse à moi.
— J'ai fait de très mauvais choix dans ma vie. De très mauvais choix. Mais en même temps, comment aurais-je pu savoir que je m'engageais dans la mauvaise voie ?
Je regarde cette personne qui semble avoir envie de s'épancher sur sa vie. Elle est assise à ma gauche, dans la salle de départ de l'aéroport de Port-Gentil. Nous sommes le 23 septembre 2016. Il est 8h. Je suis arrivée en mission il y a 3 jours, dans la capitale économique du Gabon. Mon avion est censé décoller dans une quarantaine de minutes à destination de Libreville. La seule idée que j'avais en quittant mon hôtel tout à l'heure était de retrouver mon fils au plus vite. Dans cette salle d'attente bien climatisée, j'ai quelques frissons qui sont amplifiés par la présence de cette jeune femme à mes côtés.
— Bonjour mademoiselle. Il me semble que nous ne nous connaissons pas !
— Justement ! Raison de plus pour faire connaissance. Je m'appelle Merrybelle Mabika. Et vous, jeune dame ?, me fait-elle avec empressement.
— Je suis Miryl.
— Votre prénom est aussi beau que vous, madame. Vous devez avoir une belle vie. Votre visage me dit déjà que vous avez bon cœur. Vous savez, j'aime bien jouer la folle dans les aéroports car cela me permet de me faire de nouvelles connaissances. Sinon, à la base, je suis quelqu'un de discret.
J'essaie d'analyser ce que vient de me dire cette personne qui ajoute en me souriant de ses belles dents blanches :
— Ne vous inquiétez pas. J'ai simplement pris un verre de porto avant de quitter la maison car j'ai peur en avion.
— Pourquoi ne pas voyager en bateau, dans ce cas ?
— Mais parce que j'ai dix fois plus peur en bateau. Comme la bouteille de porto était à moitié vide, j'ai préféré dépenser 3 fois plus d'argent que prévu pour monter dans cet avion.
Elle se tait un moment puis revient à l'assaut :
— Je sais que vous êtes ici incognito. Je vous ai repérée dès l'entrée. Ne mentez surtout pas, vous passez à la télé. Alors, je sais qui vous êtes.
Je garde mon calme et lui souris en disant :
— Je ne suis personne. Vous avez dû voir mon sosie à la télévision. Que voulez-vous, mademoiselle ? D'habitude, je ne parle jamais à des inconnus. Mais là, je vois que vous n'avez pas l'intention de me foutre la paix, alors dites-moi simplement ce que vous voulez.
— J'aimerais que vous m'écoutiez, madame. Je sais qui vous êtes, alors arrêtez de faire semblant.
— Je veux bien vous écouter même si, je vous l'avoue, les histoires tristes, je préfère éviter en ce moment. Je veux bien faire un effort durant les 30 prochaines minutes. Mais promettez-moi une chose, Merrybelle. Sitôt que l'embarquement commence, on arrête le bavardage. Je déteste parler dans l'avion.
— Ok. Dans ce cas, souriez d'abord avant que je commence.
Je lui fais un petit sourire pour la mettre en confiance puis lui dis :
— Je vous écoute, Merrybelle.
En fait, j'ai simplement envie de me boucher les oreilles car des déboires amoureux, j'en ai connu moi-même. Alors écouter ceux des autres ???
— Bon. Je commence, fait-elle pour lancer son récit.
Elle s'arrête, me regarde droit dans les yeux comme pour s'assurer que je suis bien à l'écoute. Je souris de nouveau pour l'encourager et surtout faire en sorte qu'en 30 minutes, elle ait tout dit.
— J'aime beaucoup vos livres, vous savez. Je lis beaucoup et je sais que vous êtes une amoureuse de l'amour, lance-t-elle.
Oh ! Première nouvelle. Amoureuse de l'amour ! Moi ? Je regarde mon interlocutrice et lui demande d’accélérer la cadence. Je n'ai pas envie de passer une interview. J'ai envie de voyager tranquillement, rentrer chez moi et retrouver mon confort, mon fils qui est l'amour de ma vie ainsi que le dernier roman que je lis actuellement et que j'ai oublié sur la table de la salle à manger en partant pour l'aéroport il y a 3 jours. Alors, plus vite elle en aura fini, mieux ce sera.
— Je vous écoute, Merrybelle. Qu'avez-vous à partager ? Si vous n'avez rien à me dire, puis-je reprendre la lecture de ce magazine que je tiens dans les mains ?
— Non. Arrêtez un peu de lire. Vous pensez passer inaperçue, mais non. J'ai lu récemment sur votre page Facebook que vous aviez une fatigue oculaire à force de rester devant votre ordinateur à écrire même à des heures impossibles. Dites-moi, à quel moment vous pouvez aller au restaurant avec votre amoureux, faire l'amour et même voyager si vous êtes constamment devant votre ordinateur à écrire ?
— Euh ! Suis-je interrogée par la police ? Qui vous dit que j'écris ? D'où sortez-vous l'idée que je suis celle dont vous parlez ?
— Faites pas la maligne. Bon, vous pouvez vous cacher ; je ne dirai à personne que je suis assise aux côtés de Mady Rémanda. Mais à condition que Mady Rémanda pense à mon histoire et la mette en avant la prochaine fois qu'elle écrira. Car mon histoire vaut la peine d'être lue !