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©Lilly Rose AGNOURET
Septembre 2016
Pâques 2015
— Les certitudes que vous avez à 20 ans, priez pour qu'elles soient les mêmes à 40 ans.
La voix qui à mes côtés vient de parler a quelque chose de troublant. Elle est tellement éraillée qu'elle donne l'impression d'avoir vécu pas mal de misères. Je me retourne et lui dis :
— Il faut avoir beaucoup pleuré pour finir avec une voix pareille !
Cette personne me regarde, tente de me sourire, mais n'y arrivant pas, préfère me tendre la main en se présentant :
— Je suis Eraldine Mayandi. Excusez mes pensées, mademoiselle ! Je suis tellement exaspérée par cette chienne de vie que j'en viens à laisser mon esprit déborder de ma cervelle !
— On croirait entendre parler un poète !, fais-je.
— Un poète maudit, sûrement !, me répond-elle. Excusez-moi, la sœur. Nous devons être les deux seules Africaines dans ce vol. Mais peu importe. Je reviens. Je viens de voir ma cible se déplacer vers les toilettes plus loin. Je suis en mission ici. Et j'ai rempli tous mes objectifs de départ. Il est temps pour moi de m'amuser.
Elle se lève précipitamment et prend la direction des toilettes. Ce qu'elle va y faire ? Je suppose que cela ne me regarde pas.
Je reste là assise sur ce banc à regarder çà et là les autres passagers de ce vol Lufthansa prendre place dans ce grand salon, seuls, en couple ou avec des enfants. Je ris en pensant que pour être venue me perdre à Francfort, il faut bien que moi aussi j'aie quelques petites misères à fuir et quelques maux à panser.
Mon voisin d'en face lit le Frankfurter Allgemeine Zeitung. La dame à côté, au teint très pâle, a semble-t-il besoin de soleil pour prendre quelques couleurs. Je me retourne et remarque un punk à la crête violette qui joue à un jeu sur sa tablette. Chacun semble perdu dans son monde, attendant que soit annoncée l’ouverture de l'embarquement pour ce vol à destination du Gabon avec escale à Lomé.
J'aime la salubrité des lieux. On pourrait se mirer sur le sol de cet aéroport pourtant abondamment fréquenté. Je regarde à gauche, à droite. Les passagers des différents vols affluent. L'on peut voir la pléthore d'avions stationnés sur le tarmac. C'est impressionnant de penser que ces lieux représentent tout un quartier de la petite ville dans laquelle je suis née. J'ai adoré jouer les touristes ici pendant la semaine. Ce billet d'avion pour Francfort, je l'ai gagné lors d'une kermesse organisée par l'école dans laquelle va le fils de ma grande sœur.