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LES OMBRES DE KORAN
TOME 1
ROMAN D’ACTION
Un passé caché • Une vérité dangereuse • Un combat inévitable
ZÉNO
La pluie tombait depuis plusieurs heures sur la ville de Koran. Les rues étaient presque désertes, éclairées seulement par quelques lampadaires dont la lumière tremblait sous les rafales de vent.
À l'extrémité de la ville, derrière une ancienne gare abandonnée, un jeune homme avançait rapidement. Il s'appelait Kaël. À dix-neuf ans, Kaël n'avait rien d'un héros. Il travaillait dans un petit atelier mécanique pendant la journée et rentrait chaque soir dans le modeste appartement qu'il partageait avec sa sœur Lina.
Mais cette nuit-là, quelque chose était différent.
Kaël avait reçu un message étrange : « Ne rentre pas chez toi. Ils savent où tu habites. » Le message provenait d'un numéro inconnu. Il s'arrêta sous un vieux toit métallique et relut les mots. Son téléphone vibra une seconde fois : « Trouve le symbole du corbeau. C'est la seule chose qui pourra te sauver. »
Kaël fronça les sourcils. Il entendit soudain un bruit derrière lui. Il se retourna. Rien. Seulement la pluie.
Un bruit de moteur retentit au loin. Puis des phares apparurent. Un véhicule noir avançait lentement dans sa direction.
Kaël sentit son instinct lui ordonner de partir.
Il courut. Le véhicule accéléra. Kaël traversa la cour de la gare et escalada une vieille clôture. Il retomba de l'autre côté avant de se cacher derrière plusieurs caisses métalliques.
Le véhicule s'arrêta. Trois hommes descendirent. Ils portaient des vêtements sombres. L'un d'eux tenait une petite lampe.
— Il est ici, dit-il.
Kaël retint sa respiration.
Les hommes commencèrent à fouiller les lieux.
— Vous êtes certains que c'est lui ? demanda le deuxième.
— La description correspond. Dix-neuf ans. Cheveux noirs. Cicatrice au-dessus du sourcil.
Kaël porta instinctivement la main à son front. Ils parlaient de lui.
Il devait s'échapper.
Il regarda autour de lui et aperçut une vieille porte donnant sur les tunnels de la gare. Il se précipita.
Un homme l'aperçut.
— Là !
Kaël se mit à courir. Un bruit sec retentit derrière lui. Il plongea derrière un pilier. Son cœur battait violemment.
— Attrapez-le !
Kaël n'avait jamais couru aussi vite. Il entra dans le tunnel. L'obscurité l'engloutit.
Les hommes le poursuivirent.
Kaël trébucha mais réussit à se relever. Au bout du tunnel, une faible lumière apparaissait.
Soudain, quelqu'un lui attrapa le bras.
Kaël se retourna violemment.
Une jeune femme se tenait devant lui. Elle portait une veste sombre et avait les cheveux attachés.
— Si tu veux vivre, suis-moi.
— Qui êtes-vous ?
— Pas le temps.
Elle l'entraîna dans une petite ouverture située dans le mur. Quelques secondes plus tard, les poursuivants passèrent devant eux sans les voir.
Kaël regarda la jeune femme.
— Comment saviez-vous qu'ils étaient là ?
— Parce que je les connais.
— Qui sont-ils ?
Elle hésita.
— La Confrérie.
Kaël sentit son visage se fermer.
— Et pourquoi me poursuivent-ils ?
La jeune femme plongea la main dans sa poche et sortit un pendentif. Il représentait un corbeau entouré d'un cercle.
Kaël resta immobile. C'était exactement le symbole mentionné dans le message.
— Qu'est-ce que c'est ?
— La preuve que ton père n'est pas mort comme on te l'a raconté.
Kaël sentit son cœur s'arrêter.
Son père était officiellement mort depuis douze ans. Un accident. C'était ce qu'on lui avait toujours raconté.
— Vous mentez.
— J'aimerais.
La jeune femme s'approcha.
— Ton père faisait partie de la Confrérie avant de comprendre ce qu'elle préparait. Il a essayé de les arrêter.
Kaël secoua la tête.
— Pourquoi maintenant ?
La jeune femme le fixa.
— Parce qu'ils ont retrouvé quelque chose que ton père avait caché.
— Quoi ?
Elle répondit d'une voix basse :
— Toi.
Un silence pesant s'installa.
Puis une explosion retentit dans la gare. Le tunnel trembla.
La jeune femme attrapa Kaël par le bras.
— Ils nous ont retrouvés.
Ils se mirent à courir. Derrière eux, les ombres de la Confrérie avançaient dans le tunnel.
Et cette nuit-là, Kaël comprit que sa vie entière reposait peut-être sur un mensonge.
Kaël resta quelques secondes immobile dans le tunnel, incapable de comprendre ce qui venait de se passer. La jeune femme lui fit signe de continuer. Ils avancèrent jusqu'à une ancienne salle technique où plusieurs câbles pendaient du plafond.
— Comment t'appelles-tu vraiment ? demanda Kaël.
— Maya. Je te l'ai déjà dit.
— Non. Je veux savoir pourquoi tu risques ta vie pour moi.
Maya regarda le sol.
— Parce que ton père m'a sauvé la vie autrefois. Je lui dois une dette que je n'ai jamais pu payer.
Kaël observa son visage. Elle semblait sincère, mais son père avait laissé derrière lui trop de secrets pour que Kaël puisse faire confiance facilement.
Un grondement retentit au-dessus d'eux. La gare trembla légèrement.
— Ils fouillent encore, dit Maya.
— Je dois rentrer chez moi. Lina est seule.
Maya secoua immédiatement la tête.
— C'est précisément ce qu'ils attendent.
— C'est ma sœur !
— Et si ta maison est surveillée ?
Kaël se tut.
Il imagina Lina ouvrant la porte à des inconnus. Cette pensée lui glaça le sang.
Maya sortit une vieille carte de la ville.
— Il existe un passage jusqu'à ton quartier. Nous pouvons l'utiliser pour vérifier si ta sœur va bien sans nous faire repérer.
Ils traversèrent plusieurs rues par des chemins secondaires. Quand ils arrivèrent près de l'immeuble de Kaël, ils virent deux véhicules stationnés devant.
Des hommes attendaient.
Kaël comprit alors que Maya avait raison.
— Ils savaient que j'allais revenir.
— Oui.
— Comment ?
Maya regarda le pendentif.
— Peut-être que ce symbole ne sert pas seulement à ouvrir des portes.
Kaël baissa les yeux vers le corbeau métallique. Pour la première fois, il remarqua une minuscule inscription sur son revers.
Trois lettres : KOR.
Il les répéta doucement.
— KOR...
Maya pâlit.
— Ton père m'avait dit de ne jamais prononcer ce mot devant un membre de la Confrérie.
— Pourquoi ?
— Parce que KOR n'est pas seulement le nom de cette ville. C'est aussi le nom d'un ancien projet.
Avant qu'elle puisse expliquer davantage, une lumière s'alluma dans l'appartement de Kaël.
Quelqu'un était à l'intérieur.
Kaël fit un pas vers la porte.
Maya le retint.
— Attends.
La fenêtre de l'appartement s'ouvrit brusquement. Une silhouette sauta sur le toit voisin.
Kaël reconnut la veste de sa sœur.
— Lina !
Il voulut courir, mais Maya l'arrêta encore.
— Si tu fonces maintenant, ils t'auront aussi.
Kaël serra les poings.
Cette nuit-là, il ne perdit pas seulement son innocence. Il comprit qu'il était désormais au centre d'une histoire qui avait commencé bien avant sa naissance.