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Le lendemain matin, Destinée se réveilla avant que son réveil ne sonne. Pendant quelques secondes, elle resta immobile, puis elle se souvint de l’appel reçu la veille : on voulait la rencontrer au sujet de son projet. Elle se leva, prit une douche et choisit soigneusement ses vêtements. Sur son bureau, son carnet bleu était ouvert. Elle relut les pages consacrées à son idée : créer un espace où les jeunes pourraient être écoutés, orientés et encouragés à poursuivre leurs études malgré les difficultés.
Mariam entra doucement. — Tu es prête ? — Je crois. — Tu crois ? — J’ai peur de ne pas savoir répondre à leurs questions. Sa mère s’assit près d’elle. — Tu n’as pas besoin de tout savoir. Tu dois simplement leur expliquer pourquoi tu as commencé. Destinée sourit. — Tu dis toujours les choses comme si elles étaient faciles. — Non. Je les dis comme si tu étais capable de les affronter.
Cette phrase resta dans l’esprit de Destinée pendant tout le trajet. Le bâtiment où elle avait rendez-vous était plus grand qu’elle ne l’imaginait. Une femme l’accueillit. — Destinée ? — Oui. — Je suis Madame N’Guessan. Nous avons lu votre dossier. Entrez.
Dans la salle, trois personnes l’attendaient. Elle sentit son cœur accélérer. — Nous aimerions d’abord vous entendre parler de votre projet avec vos propres mots, dit un homme. Destinée inspira profondément. — Mon projet est né d’une question simple : pourquoi certains jeunes abandonnent-ils leurs rêves dès qu’une difficulté apparaît ? J’ai compris qu’un jeune peut avoir besoin de quelqu’un qui l’écoute avant même d’avoir besoin d’une solution.
Les personnes présentes prirent des notes. Destinée continua. — Je ne veux pas créer un endroit où on promet aux jeunes que tout sera facile. Je veux créer un endroit où on leur apprend qu’une difficulté ne signifie pas forcément la fin.
Après plusieurs questions, l’homme demanda : — Et si vous échouez ? Destinée regarda son carnet. — Alors je recommencerai autrement.
À la sortie, elle ne savait toujours pas quelle serait la décision. Mais elle avait réussi à parler sans cacher ses peurs. Elle appela sa mère. — Maman ? — Oui ? — Je crois que quelque chose vient vraiment de commencer. — Alors continue.
Destinée regarda le ciel. Pour la première fois, elle comprit que le projet de son carnet pouvait devenir une réalité. Elle n’avait aucune garantie, mais elle avait franchi une première porte. Et cette porte venait directement de la dernière page du Tome 1.
Après cette étape, Destinée prit encore quelques minutes pour réfléchir à tout ce qui venait de se passer. Elle savait désormais que les grandes décisions ne se prenaient pas toujours dans la précipitation. Elle avait appris à écouter les conseils de sa mère, les remarques de Monsieur Koffi et les idées de ses amis. Surtout, elle avait compris qu’elle pouvait accepter l’aide des autres sans perdre son indépendance.
Elle pensa à son ancienne version d’elle-même. Celle qui avait parfois gardé ses inquiétudes pour elle, qui avait voulu paraître forte et qui croyait devoir avancer seule. Cette jeune fille existait toujours quelque part en elle, mais elle n’avait plus besoin de diriger chacune de ses décisions. Destinée avait découvert qu’il était possible d’avoir peur tout en avançant, de demander de l’aide tout en restant responsable, et de modifier ses plans sans considérer cela comme un échec.
Elle se leva, rangea ses affaires et regarda une dernière fois son carnet. Chaque page racontait une petite partie de son parcours. Certaines étaient remplies de projets, d’autres de questions. Il y avait même des pages qu’elle avait voulu déchirer parce qu’elles lui rappelaient des journées difficiles. Finalement, elle les avait gardées. Elles lui rappelaient que son histoire ne devait pas être parfaite pour avoir de la valeur.
Dans la maison, elle entendit la voix de Karim. Il racontait quelque chose à Mariam en riant. Destinée sourit. Elle savait que sa famille serait toujours une partie importante de son chemin. Elle savait aussi que ses amis continueraient à lui dire lorsqu’elle travaillait trop ou lorsqu’elle oubliait de se reposer.
Elle n’avait pas toutes les réponses. Elle n’avait même pas la certitude de connaître la prochaine étape. Mais cette fois, cette incertitude ne lui faisait plus autant peur.
Elle prit une profonde inspiration et se dit simplement : « Demain, je chercherai une solution. »
Puis elle rejoignit les autres.