Chargement en cours...
L’air lourd du début du mois de septembre pesait sur la cour de la résidence universitaire. Calée sous le poids de mes deux valises surdimensionnées, je réajustai le sac à dos qui me meurtrissait les épaules. Enfin. Après des mois de démarches, de nuits d'angoisse et de révisions acharnées pour valider mon entrée en faculté de droit à Paris, le moment était venu. La liberté.
La réalité me rattrapa au troisième étage, devant la porte 304. La clé tourna dans la serrure avec un grincement grinçant. Je poussai la porte avec mon pied, m'attendant à découvrir une chambre individuelle exiguë mais chaleureuse.
À la place, je tombai nez à nez avec un torse nu.
Je sursautai, manquant de faire tomber mes clés. Un jeune homme grand, les cheveux blonds en bataille et le regard froid, se tenait au milieu de la pièce. Il venait manifestement de sortir de sa douche, une serviette nouée négligemment autour de la taille. Il ne cilla même pas en me voyant.
« Tu es qui ? lancai-je, le cœur battant à la chamade. Et qu'est-ce que tu fais dans ma chambre ?
— *Ta* chambre ? répéta-t-il d'une voix grave et paresseuse. Je te conseille de vérifier ton bail, la gamine. Cette chambre est la mienne depuis ce matin. »
Sans me laisser le temps de répliquer, il attrapa un t-shirt noir sur le dossier d'une chaise et l'enfila sans se presser. Son attitude hautaine me faisait bouillir le sang.
« Il y a forcément une erreur, insistai-je en attrapant la feuille d'attribution dans mon sac. Chambre 304, bâtiment B. C'est écrit noir sur blanc ! »
Il s'approcha, réduisant la distance entre nous. Il dégageait une odeur subtile de savon et de cèdre. Il jeta un coup d'œil distrait à mon papier, un sourire moqueur au coin des lèvres.
« Regarde le coin supérieur droit. C'est une chambre double, princesse. On partage.
— Quoi ? Mais c'est impossible ! Ils ne mélangent pas les filles et les garçons !
— Apparemment, l'administration universitaire en a décidé autrement cette année », répliqua-t-il en tournant le dos pour s'installer à son bureau.
Je restai plantée là, abasourdie. C'était un cauchemar. Moi qui rêvais de calme pour concentrer mes efforts sur mes études, me voilà coincée avec un type arrogant et provocateur qui s'appropriait déjà les trois quarts de l'espace.
« Je m'appelle Ruby, dis-je en essayant de garder ma voix aussi ferme que possible. Et si on doit vraiment cohabiter le temps que je règle ce problème avec l'administration, il va falloir instaurer des règles.
— Je m'appelle Jace, dit-il sans même se retourner vers moi. Et mes règles sont simples : ne me parle pas, ne touche pas à mes affaires, et ne t'avise pas de me faire la morale. »
Le ton était donné. La cohabitation s'annonçait être un véritable champ de bataille.