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~Kawem PINDA~
Depuis petit, j’avais toujours su que je n’étais pas comme les autres enfants. Je me souvenais de chaque moquerie d’enfance, de chaque regard curieux posé sur moi, de chaque rire derrière mon dos. La douleur de l'inadéquation était devenue mon ombre, grandissant à chaque rejet, chaque mot blessant.
Les larmes montaient, mais je les ravalai tandis qu’un flot de souvenirs se déversait dans mon esprit, comme une vague inévitable. L'enfance. Tout avait commencé là, à cette rivière.
J’aimais jouer, j’aimais me baigner avec eux, mais chaque fois venait ce moment que je redoutais. Les autres enfants, déjà dans l’eau, m’appelaient.
Enfant : Viens, Kawem ! Qu’est-ce que tu fais ? Allez, viens !
J’hésitais, me sentant soudain vulnérable. Mais je savais que je ne pouvais pas rester en arrière éternellement. Avec une lenteur volontaire, je commençai à retirer mes vêtements. Juste au moment où j’étais sur le point de me glisser dans l'eau, l'un des garçons, Ovono, éclata de rire en me pointant du doigt.
Ovono (riant) : Regarde ! Il est minuscule !
Je me figeai, confus. Tous les regards se tournaient vers moi. Les rires commençaient à monter, d’abord discrets, puis bruyants.
Autre enfant : On dirait le zizi d’un bébé !
Un autre (se moquant en éclaboussant l’eau sur moi) : Mais c’est quoi ce truc ?
Mon visage chauffait sous l’effet de la honte. J’essayais de cacher mon sexe avec mes petites mains, mais c’était trop tard. Les moqueries continuaient, plus blessantes à chaque seconde.
Une enfant (curieuse) : Pourquoi il est si petit ? C’est pas normal ! Celui de mon petit frère est plus gros. Peut-être qu’il n’est pas vraiment un garçon ! Regarde-le, on dirait une fille !
Ovono (criant et éclatant d’un rire qui me semblait cruel) : Hé, les gars, venez voir ! Kawem a un mini zizi ! Ce n’est même pas un zizi, c’est un grain de riz !
Les autres enfants éclatèrent de rire, se lançant des regards complices et moqueurs. Je ne savais plus quoi faire. Mon corps entier tremblait, non pas à cause de l'eau, mais à cause de la gêne qui m’envahissait. Je voulais pleurer, mais je savais que ça ne ferait qu’empirer les choses.
Un autre enfant (éclatant de rire) : Peut-être qu’il ne grandira jamais ! Bébé Zizi !
Je voulais courir, m’enfuir le plus loin possible, mais mes pieds semblaient collés au sol, paralysés par la cruauté des autres.
C’est alors que Mieli, ma sœur, ma meilleure amie, surgit de l’eau. Elle s’avança, sans la moindre hésitation, et se posta entre moi et les autres. Ses cheveux trempés scintillaient, libérant son visage, dévoilant son regard plein de colère et de détermination.
Mieli (criant, la voix ferme) : Arrêtez ! Vous n’avez pas honte ?
Mieli avait toujours eu un sang chaud pour son jeune âge.
Ovono la fixa, surpris par son audace. Il s’avança d’un pas pour la défier.
Ovono : Quoi, Mieli ? T’es venue défendre ton copain, le bébé zizi ?
Un silence tendu s’installa, mais Mieli ne recula pas. Elle planta ses yeux dans ceux d’Ovono, et sa voix s’éleva encore plus forte, vibrante d’émotion.
Mieli (déterminée) : Au moins, lui, il a du cœur ! Ce qui est plus que ce qu’on peut dire de toi, Ovono. Tu passes ton temps à te moquer parce que t’es jaloux. Jaloux parce que personne ne t’aime pour ce que tu es, seulement pour ta méchanceté !
Ovono cligna des yeux, déstabilisé, tandis que les autres échangeaient des regards gênés. Ils n’avaient jamais vu quelqu’un s’opposer à Ovono ainsi. Mieli, malgré sa taille plus petite, ne baissait pas les yeux, prête à affronter quiconque oserait dire quelque chose.
Elle se tourna ensuite vers moi, me prenant doucement la main.
Mieli : Viens, Kawem. On n’a pas besoin de ces idiots.
Les autres enfants la fixaient, incrédules, mais aucun ne bougeait. Moi, je sentais mon cœur se réchauffer malgré la honte qui me rongeait. Je serrai la main de Mieli, et ensemble, nous quittâmes le cercle d’enfants moqueurs, la tête haute. Mieli me jeta un regard rempli de tendresse.
Mieli (doucement) : Ne les écoute pas. Ils ne savent rien. Tu vaux mieux qu’eux, et tu n’as pas à être gêné.
Ne pouvant plus supporter cette humiliation, je lâchai sa main et sortis précipitamment de l'eau, ramassai mes vêtements à la hâte et courus, les larmes aux yeux. Les rires résonnaient encore derrière moi, comme un écho cruel qui ne me lâcherait jamais.
Je trouvai un refuge derrière un arbre, hors de vue des autres enfants. Là, je me laissai tomber au sol, mes genoux ramenés contre ma poitrine. Le cœur lourd, je laissai les larmes couler sur mes joues, me demandant pourquoi moi, pourquoi mon corps était ainsi.
Ce jour-là, je compris, même à mon jeune âge, que quelque chose n’allait pas. Ce n’était pas seulement mon corps qui était petit, c’était aussi ma confiance en moi qui venait d’être brisée.
Je restai là à me lamenter sur mon sort lorsque Mathis et Mieli vinrent me retrouver. N'ayant que sept, huit ans, ils réussirent à me faire oublier ma peine, même si cela ne dura pas assez longtemps.
Le soleil commençait à décliner doucement, baignant le petit étang où nous nous étions réfugiés dans une lueur dorée. Mathis, Mieli et moi décidâmes de rentrer à la maison après une partie de baignade loin des autres enfants.
Mathis (riant) : Le dernier arrivé au manguier est une tortue !
Mathis s’élança, nous laissant derrière lui. Mieli, toujours proche de moi, me jeta un regard amusé.
Mieli (souriante) : Allez, Kawem ! On ne peut pas le laisser gagner à chaque fois, non ?
Moi (haletant) : Je fais de mon mieux... Mais Mathis court comme un fou !
Nous arrivâmes finalement en riant près d’un grand manguier. Mathis, déjà là, nous attendait avec un sourire victorieux.
Mathis (taquin) : Je vous ai battus encore une fois ! Peut-être qu’un jour vous arriverez à me rattraper.
Mieli croise les bras, feignant une mine boudeuse.
Mieli (taquine) : On t’a laissé gagner, c’est tout. Juste pour que tu te sentes bien dans tes chaussures.
Mathis (riant) : Ouais, c’est ça.
Nous nous asseyons à l’ombre du manguier. Mathis sort de petites billes de sa poche et les fait rouler entre ses doigts.
Mathis (excité) : On joue aux billes ? J’ai envie de vous montrer mes nouveaux tirs !
Moi (enthousiaste) : Bonne idée, allons-y !
Le jeu de billes commence sur le sol poussiéreux. Nos rires et nos exclamations résonnent dans l’air chaud de la fin d’après-midi. Puis, quelques enfants du quartier qui étaient à la rivière nous rejoignent, des sourires espiègles aux lèvres.
Ovono (enjoué) : Vous jouez aux billes ? On peut jouer avec vous ?
Mathis (sceptique) : Ça dépend. Vous jouez bien, au moins ?
Enfant 2 (amusé) : Bien sûr qu’on joue bien ! On est les meilleurs. Allez, laissez-nous rejoindre !
Mathis hoche la tête.
Ovono (me regardant) : Minuscule, tu sais aussi jouer ?
Enfant 2 (riant) : Ouais, on parie que t’es aussi mauvais aux billes que tu l’étais à la rivière, "minuscule Kawem" !
Je me fige, essayant de garder mon calme, mais les mots me font mal. Mieli, en revanche, se redresse immédiatement, ses yeux lançant des éclairs.
Mieli (sévère) : Vous voulez jouer avec nous, c’est ça ? D’abord, vous vous excusez.
Ovono (surpris) : S'excuser ? Pour quoi ? On rigole juste, c’est tout.
Mieli (avec fermeté) : Vous vous excusez pour ce que vous avez dit à la rivière, et maintenant encore. Sinon, vous ne jouez pas avec nous !
Enfant 2 (amusé) : Oh, allez ! C’est juste des blagues, Kawem sait bien qu’on rigole.
Moi (gêné) : Laisse tomber, Mieli. Ce n'est pas nécessaire, on veut juste jouer, c’est tout.
Mieli (décidée) : Non, c’est pas juste des blagues. Vous vous excusez, ou vous partez !
Ovono et l’autre se regardent, agacés mais perplexes.
Ovono (sarcastique) : Quoi, tu te prends pour sa mère, toi ? C’est ton enfant ou quoi ?
Mieli (répondant sans hésitation) : Oui, c'est le mien. Alors vous vous excusez, ou vous partez.
Ils échangent des regards, surpris par la réplique de Mieli. Je la fixe aussi, partagé entre l’embarras et une touche de reconnaissance silencieuse. Finalement, les autres haussent les épaules.
Ovono (marmonnant) : Bon, désolé, Kawem... c’était pour rire, quoi.
Enfant 2 (à contrecœur) : Ouais, désolé.
Je hoche la tête, un petit sourire timide.
Moi : Merci. Maintenant, on peut jouer ?
Mieli (avec un sourire satisfait) : Maintenant qu’ils se sont excusés, oui, on peut jouer.
Et en moins de quelques minutes, notre conflit de la rivière s’évapore de nos espri
ts et nous nous adonnons aux jeux.
Même si cela ne dure pas longtemps.
Déjà à l’approche de la puberté, mon mal-être va de mal en pire.