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Depuis ce jour-là, quelque chose avait changé dans l'esprit de Naya.
Elle continuait d'aller à l'école, de faire ses devoirs et d'aider sa mère à la maison. Elle continuait aussi à passer du temps dans l'atelier de son père.
Mais désormais, lorsqu'elle entendait le bruit d'un moteur, elle s'arrêtait pour écouter.
Une moto qui passait dans la rue.
Un vieux véhicule qui avait du mal à démarrer.
Un tracteur qui travaillait dans les champs.
Tous ces bruits attiraient son attention.
Elle voulait comprendre.
Un samedi matin, Naya accompagnait son père au marché du village. Sur le chemin du retour, ils passèrent devant l'atelier du jeune mécanicien qu'elle avait observé quelques jours auparavant.
Une vieille camionnette était stationnée devant l'atelier.
Le capot était ouvert.
Naya ralentit.
Kondo le remarqua.
— Pourquoi tu marches moins vite ?
— Rien, papa.
— Alors pourquoi tu regardes cette voiture ?
Naya baissa rapidement les yeux.
— Je regardais seulement.
Son père regarda l'atelier.
Son visage devint sérieux.
— Naya, écoute-moi bien. Ce genre de travail n'est pas pour toi.
Elle releva la tête.
— Pourquoi ?
— Parce que tu es une fille.
La réponse fut simple.
Mais elle fit mal à Naya.
— Mais… une fille ne peut pas apprendre la mécanique ?
Kondo s'arrêta.
— Ce n'est pas ce que j'ai dit.
— Alors pourquoi je ne peux pas ?
Son père soupira.
— Parce que notre village a ses règles. Tu le sais.
Naya ne répondit pas.
Ils reprirent leur chemin.
Pendant tout le trajet, elle resta silencieuse.
Le soir, alors que son père travaillait dans la forge, Naya était assise près de l'entrée de l'atelier.
Elle observait les flammes.
Son père frappait le métal.
Tang !
Tang !
Tang !
Mais cette fois, le bruit du marteau ne suffisait pas à chasser ses pensées.
Elle se demandait pourquoi une fille devait abandonner un rêve simplement parce qu'elle était une fille.
Plus tard, lorsqu'elle alla se coucher, elle entendit au loin le bruit d'une moto.
Vrrr…
Elle sourit dans l'obscurité.
Elle avait pris une décision.
Elle ne savait pas encore comment elle allait faire.
Elle ne savait pas si son père accepterait.
Elle ne savait pas ce que les habitants diraient.
Mais elle voulait apprendre.
Le lendemain, après l'école, Naya retourna près de l'atelier du mécanicien.
Elle resta quelques minutes à observer depuis l'extérieur.
Le mécanicien la reconnut.
— Encore toi ?
Naya hocha la tête.
— Je veux apprendre.
Il la regarda avec étonnement.
— Tu es sûre ?
— Oui.
Il réfléchit avant de répondre.
— Alors commence par connaître les outils. Mais tu dois toujours écouter les consignes et rester prudente.
Naya sourit.
Pour la première fois, quelqu'un ne lui avait pas dit qu'elle ne pouvait pas.
Elle commença donc à apprendre.
Elle mémorisait les noms des outils.
Elle observait les pièces.
Elle posait des questions.
Et chaque jour, elle devenait un peu plus curieuse.
Mais dans un village où les nouvelles circulaient rapidement, il était impossible de garder un secret très longtemps.
Un après-midi, une femme aperçut Naya près de l'atelier.
Le lendemain, deux personnes en parlaient au marché.
Puis trois.
Puis presque tout le quartier.
— La fille de Kondo traîne chez les mécaniciens.
— Une fille ?
— Oui.
— Son père devrait faire attention.
La nouvelle finit par arriver jusqu'à l'atelier de Kondo.
Un homme entra alors qu'il travaillait.
— Kondo, je dois te parler.
Le forgeron leva les yeux.
— Qu'est-ce qu'il y a ?
L'homme hésita.
— C'est à propos de ta fille.
Le marteau de Kondo s'immobilisa.
— Naya ?
— Oui.
Un silence lourd s'installa dans la forge.
Kondo posa lentement son outil.
— Qu'est-ce qu'elle a fait ?
L'homme répondit :
— On l'a vue chez le mécanicien.
Kondo ne dit rien.
Mais son visage avait changé.
Pour la première fois, il comprit que le rêve de sa fille n'était plus une simple curiosité d'enfant.
Naya venait de franchir une limite que le village n'acceptait pas.