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À l'aube, Kéyan quitta Nayala accompagné de deux autres jeunes : Sira, une jeune femme courageuse qui connaissait parfaitement les plantes et les chemins de la forêt, et Demba, un garçon passionné par la chasse et l'observation des animaux. Tous trois suivirent la rivière vers le nord.
Plus ils avançaient, plus ils constataient que l'eau diminuait. À certains endroits, le lit de la rivière était presque complètement sec.
— Ce n'est pas normal, dit Sira.
Demba s'accroupit près de la terre.
— Regarde ces traces.
Kéyan observa le sol.
— Des hommes ?
— Oui. Plusieurs personnes sont passées récemment.
Ils continuèrent leur chemin. Après plusieurs heures de marche, ils atteignirent une partie de la forêt où les arbres étaient étrangement abattus. De grandes empreintes de charrettes traversaient le sol.
— Quelqu'un coupe les arbres, murmura Sira.
Mais ce n'était pas tout. Ils découvrirent bientôt un énorme barrage construit avec des troncs d'arbres et de la terre. Il détournait une grande partie de l'eau vers une autre direction.
Kéyan resta silencieux.
— Pourquoi quelqu'un ferait-il ça ? demanda Demba.
Soudain, ils entendirent des voix. Les trois jeunes se cachèrent derrière des buissons. Plusieurs hommes apparurent. Ils transportaient des outils et surveillaient le barrage.
Kéyan comprit immédiatement qu'ils n'étaient pas venus par hasard. Ils décidèrent d'observer discrètement le camp avant de repartir. Au centre se trouvaient des sacs remplis de pierres brillantes : des minerais extraits de la montagne.
La nuit, alors qu'ils observaient le camp depuis une colline, ils entendirent une conversation.
— Quand la montagne sera complètement exploitée, nous partirons vers la vallée suivante.
— Et le village de Nayala ?
— Ils ne pourront rien faire. Ils sont trop faibles pour nous arrêter.
Kéyan serra les poings. Ces hommes considéraient son peuple comme incapable de se défendre.
Il savait maintenant qu'il devait retourner au village. Mais au moment où ils commencèrent à repartir, une branche craqua sous le pied de Demba.
Un garde se retourna.
— Qui est là ?
Les trois jeunes se mirent à courir. Des cris retentirent derrière eux. Ils coururent à travers la forêt, poursuivis par plusieurs hommes.
Kéyan aperçut alors une petite ouverture entre les rochers.
— Par ici !
Ils s'y engouffrèrent et restèrent silencieux. Les poursuivants passèrent sans les voir.
Après plusieurs minutes, Demba souffla :
— Nous devons rentrer immédiatement.
Kéyan acquiesça. Mais avant de repartir, il regarda une dernière fois la montagne. Il savait désormais que le problème de la rivière n'était pas naturel. Quelqu'un menaçait leur village.
Le retour fut difficile. La fatigue ralentissait leurs pas, et ils devaient régulièrement quitter le sentier principal pour éviter les traces du camp. Sira observait les plantes et les empreintes afin de choisir les passages les moins fréquentés.
— Regarde ici, dit-elle à un moment.
Elle montra une petite zone humide au milieu d'un terrain sec.
— Même quand la rivière baisse, cette terre conserve de l'eau. Cela signifie que le sol est encore capable de retenir une partie des pluies.
Kéyan nota l'information dans son carnet.
— Peut-être que ces connaissances pourront nous aider plus tard.
Demba regarda la montagne.
— Mais il faut d'abord convaincre tout le monde que nous avons raison.
Kéyan répondit calmement :
— Nous ne demanderons à personne de nous croire simplement parce que nous sommes jeunes. Nous apporterons des preuves.
Cette idée devint leur nouvelle force.
Lorsqu'ils aperçurent enfin les premières maisons de Nayala, le soleil était déjà bas. Des habitants sortirent à leur rencontre. Les visages étaient inquiets.
Kéyan comprit que le village attendait leur réponse.
Il serra son carnet contre lui.
— Nous avons découvert la cause de la baisse de la rivière, annonça-t-il. Et nous devons parler aux anciens immédiatement.
Avant de présenter leurs découvertes, les trois jeunes décidèrent de vérifier leurs informations. Ils retournèrent près de certains endroits et comparèrent les traces observées. Sira interrogea discrètement des habitants des environs. Plusieurs témoignèrent que le niveau de l'eau avait baissé peu après le début des travaux dans la montagne.
Kéyan comprit alors qu'il ne suffisait pas de raconter une histoire convaincante. Il fallait permettre aux anciens de distinguer les faits des suppositions. Il organisa ses notes par date et par lieu. Demba ajouta les observations sur les véhicules et les chemins. Sira compléta le tout avec les changements constatés dans les plantes.
Lorsque les trois amis arrivèrent enfin à Nayala, ils furent accueillis par des familles inquiètes. Au lieu de parler immédiatement, Kéyan demanda aux habitants ce qu'ils avaient eux-mêmes remarqué. Les réponses confirmèrent plusieurs de leurs observations. Les pêcheurs parlaient de la diminution des poissons, les agriculteurs de sols plus secs et les familles de distances plus longues pour chercher de l'eau.
Kéyan comprit que la meilleure manière de convaincre n'était pas de se placer au-dessus des autres, mais de relier les informations. Il posa son carnet sur une natte et expliqua calmement ce qu'ils avaient vu. La réunion dura longtemps. À la fin, même les habitants les plus sceptiques acceptèrent qu'une enquête plus approfondie était nécessaire.