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Trois jours après le rendez-vous, Destinée reçut un message. Elle le relut plusieurs fois : son projet était retenu pour une première phase d’accompagnement. Elle courut dans la cuisine. — Maman ! Mariam se retourna. — Qu’est-ce qu’il y a ? — Ils ont accepté !
Mariam lut le message, puis serra sa fille dans ses bras. Karim arriva en courant. — Qu’est-ce qui se passe ? — Destinée a gagné quelque chose. — Quoi ? — Pas encore, répondit-elle en riant. Mais une porte vient de s’ouvrir.
À l’école, Aïcha fut la première à apprendre la nouvelle. — Je savais que tu allais y arriver ! — Ne parle pas trop vite. Ils veulent que je présente un dossier plus détaillé. — Alors on va le faire. Samuel, qui venait d’arriver, ajouta : — Et cette fois, tu ne vas pas tout faire seule.
Le travail commença le soir même. Ils se retrouvèrent à la bibliothèque. Destinée expliquait son idée pendant qu’Aïcha notait les points importants et que Samuel cherchait des solutions pratiques. — Il faut donner un nom au projet, proposa Samuel. Aïcha écrivit plusieurs propositions : Écoute, Espoir, Nouveau Départ. Destinée regarda les mots. — Nouveau Départ. — Pourquoi ? demanda Samuel. — Parce que je voudrais que chaque jeune qui entre dans cet espace sente qu’il peut recommencer quelque chose.
Le lendemain, Monsieur Koffi demanda à voir Destinée. — J’ai appris pour ton projet. — Oui, monsieur. — Tu dois maintenant apprendre une chose importante : une bonne idée ne suffit pas. Il faut savoir l’organiser. Il lui expliqua comment présenter les objectifs, les moyens nécessaires, les personnes concernées et les résultats attendus.
Les semaines suivantes furent consacrées au travail. Destinée découvrit que transformer une idée en projet demandait de la patience. Elle devait corriger, supprimer, recommencer. Un soir, elle rentra épuisée. Mariam lui servit un verre d’eau. — Tu veux arrêter ? — Non. Je veux juste dormir. Sa mère sourit. — Alors dors. Même les rêves ont besoin de repos.
Dans sa chambre, Destinée ouvrit son carnet et écrivit : « Une porte s’est ouverte. Maintenant, il faut avoir le courage de la franchir. » Elle referma le carnet. Le chemin venait à peine de commencer.
Après cette étape, Destinée prit encore quelques minutes pour réfléchir à tout ce qui venait de se passer. Elle savait désormais que les grandes décisions ne se prenaient pas toujours dans la précipitation. Elle avait appris à écouter les conseils de sa mère, les remarques de Monsieur Koffi et les idées de ses amis. Surtout, elle avait compris qu’elle pouvait accepter l’aide des autres sans perdre son indépendance.
Elle pensa à son ancienne version d’elle-même. Celle qui avait parfois gardé ses inquiétudes pour elle, qui avait voulu paraître forte et qui croyait devoir avancer seule. Cette jeune fille existait toujours quelque part en elle, mais elle n’avait plus besoin de diriger chacune de ses décisions. Destinée avait découvert qu’il était possible d’avoir peur tout en avançant, de demander de l’aide tout en restant responsable, et de modifier ses plans sans considérer cela comme un échec.
Elle se leva, rangea ses affaires et regarda une dernière fois son carnet. Chaque page racontait une petite partie de son parcours. Certaines étaient remplies de projets, d’autres de questions. Il y avait même des pages qu’elle avait voulu déchirer parce qu’elles lui rappelaient des journées difficiles. Finalement, elle les avait gardées. Elles lui rappelaient que son histoire ne devait pas être parfaite pour avoir de la valeur.
Dans la maison, elle entendit la voix de Karim. Il racontait quelque chose à Mariam en riant. Destinée sourit. Elle savait que sa famille serait toujours une partie importante de son chemin. Elle savait aussi que ses amis continueraient à lui dire lorsqu’elle travaillait trop ou lorsqu’elle oubliait de se reposer.
Elle n’avait pas toutes les réponses. Elle n’avait même pas la certitude de connaître la prochaine étape. Mais cette fois, cette incertitude ne lui faisait plus autant peur.
Elle prit une profonde inspiration et se dit simplement : « Demain, je chercherai une solution. »
Puis elle rejoignit les autres.