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Axovi de Dahomey
Loin de son beau royaume se trouvait la princesse Axovi de Dahomey, qui, en quête d’amour, a convolé vers des cieux occidentaux avec pour objectif de trouver l’homme de ses rêves. Objectif qui a changé depuis un moment déjà, car maintenant, un homme responsable fera l’affaire pour cette jeune femme désespérée. Belle, intelligente, grande gueule et ayant la main sur le cœur, tout ce qui manque pour parfaire le bonheur de notre princesse, c’est un mari qui fera d’elle une femme accomplie selon les critères de la société.
Moi : Ça va marcher, j’en suis certaine.
Il verse une fois de plus sur ma tête la soi-disant potion magique qui pourra mettre tous les hommes à mes pieds et me donner enfin l’homme que je mérite. Je suis heureuse et impatiente, car la vérité, c’est que je veux vraiment que cela puisse marcher. Aussi insensées que soient ses paroles, dans un recoin de mon cœur, j’y crois fortement.
Je suis plongée à l’intérieur de cette baignoire pleine d’eau froide depuis plus de cinq heures. J’ai froid, j’ai l’impression d’être enrhumée et je gèle tellement que la fraîcheur atteint les zones les plus cachées de mon corps.
Le féticheur (gros sourire) : Voilà ! Vous pouvez sortir de la baignoire.
Moi (soufflant) : Enfin.
Le féticheur : Cette fois-ci sera la bonne. Les bans peuvent être publiés dès maintenant, car vous allez vous marier.
Moi : Grand féticheur Eko, êtes-vous sûr que ça va marcher ?
Le féticheur (avec assurance) : Sûr et certain ! Je suis le plus puissant féticheur de toutes les Antilles. Après ce bain, cette relation ne sera que plus forte et aboutira au mariage.
Bien que convaincant, j’y mets quelques doutes. Mère m’a recommandé cet homme à cause des nombreux problèmes que je subis.
Et que je ne cesse de subir encore, car aujourd’hui je suis la risée de tout le monde. Pour faire peur à leurs enfants, les femmes de mon pays disent à leurs filles : « Si vous n’écoutez pas, vous finirez comme Axovi de Dahomey. »
Pourtant, je suis une magnifique princesse ayant des atouts physiques impressionnants, une beauté naturelle sans précédent et un bon cœur, merde !
Oups… veuillez m’excuser pour ce bobo de langage, mais c’est une façon pour moi d’exprimer mon ras-le-bol. J’ai envie de fonder une famille, et loin d’être un caprice, c’est une urgence : mon peuple en a besoin, mes parents en ont besoin, et moi également, j’en ai besoin.
Moi (prenant une profonde inspiration pour positiver) : Tu vas y arriver, tu peux le faire, car tu es une bosseuse.
J’ai quitté mon pays après plusieurs échecs relationnels. En réalité, la plupart des hommes de mon pays n’avaient pas le niveau que je recherchais, et selon les gens, c’était moi le problème, car, pour une femme, je ne devais pas faire les bancs. J’ai donc décidé de me rendre dans un endroit où on pouvait s’éduquer afin de trouver des hommes éduqués. Et quoi de mieux que l’Europe ?
Malheureusement, même ici, ce n’est pas gagné. Bien au contraire, les hommes ont connaissance de la science, oui, mais un niveau de stupidité très avancé. Ici, la bêtise a la capacité de muter rapidement…
Perdue dans mes pensées, je ne fais point attention aux dernières paroles du féticheur, quoique je pense avoir entendu un « Taisez-vous ou fermez votre bouche », bien que ce serait assez déplacé de sa part d’utiliser des paroles aussi vulgaires à l’encontre d’une princesse.
Le féticheur : Je vais devoir prendre congé.
Moi : Ok, féticheur Eko, tu prendras ta paie avec mon homme de main.
Le féticheur (faisant la révérence) : Merci, votre majesté.
Il me donne encore quelques gifles à l’aide du balai en tige qu’il a en main avant de sortir de la pièce.
Moi (grimaçant) : À Dahomey, il aurait été pendu pour avoir porté la main à la princesse de cette manière. Il a intérêt à ce que ça puisse marcher, dans le cas contraire, il finira esclave dans un pays des plus reculés.
[Grelottant] Oh putain que j’ai froid !
Mon esclave : Princesse ! On avait dit plus de grossièretés.
Moi (sourire jaune) : S’il te plaît, putain, j’ai froid.
Mon esclave : Ma princesse, sachez que tout ceci est uniquement pour votre bien. Je suis sûre que ce soir sera le grand soir, vous aurez bientôt ce dont vous avez toujours rêvé.
Quand elle le dit, je pense à la joie de mes parents. Je ne vivrai peut-être pas le genre d’idylle que je lis secrètement dans ma chambre tard le soir, mais au moins je serai l’épouse d’un homme honorable.
Je tourne sur moi-même, toute dénudée, puis j’entraîne dans ma danse mon esclave. Mes esclaves font partie de ma famille, je tiens énormément à eux et je n’en ai jamais changé un seul. Oumou est la plus proche de moi : c’est ma confidente, en quelque sorte ma meilleure amie.
Mon esclave (en rigolant) : Il est grand temps de vous apprêter, ma princesse, votre carrosse est bien avancé.
Je tends les mains vers le ciel en signe d’approbation pendant que deux de mes servantes m’aident à mettre mes jupons.
Moi (boule à la gorge) : Oumou, tu penses vraiment qu’il fera sa demande en mariage aujourd’hui ?
Mon esclave (souriante) : Oui madame, il vous aime tellement. Il est toujours à vos petits soins, il vient d’une bonne famille et, soit dit en passant [à mon oreille], si je peux me le permettre, ma princesse, il est très charmant.
Moi (heureuse) : C’est vrai qu’il n’est pas mal.
Mon esclave : Pas mal ?
Moi : Le volume de son ventre laisse à désirer, ma chère Oumou.
Mon esclave (arquant les sourcils) : Ma princesse, aimez-vous monsieur Barris ?
Moi : Oumou, le plus important n’est pas l’amour. L’amour, tu vois [respirant le parfum que m’aspergent mes servantes], il vient avec le temps. Le plus important, c’est d’être une femme respectable et respectée [me tenant droite comme un poteau], qui marche la tête haute dans les marchés [saisissant son bras pour la faire tournoyer] et qui a accompli le plus grand des devoirs.
Mon esclave : Lequel ? Si je peux me permettre, ma princesse.
Moi : Le mariage. Un mari et des enfants, c’est le plus grand des devoirs d’une femme.
Mon esclave : Je vois… mais ne rêvez-vous pas du grand amour ?
Moi (amusée) : Ne soyez pas bête, ma très chère Oumou. L’amour existe dans les livres [à son oreille], dans les arlequins que nous lisons quelquefois.
Mon esclave (toute rouge) : Ces livres dont vous me faites souvent cadeau ?
Moi : Exactement, Oumou. Dans la vraie vie, l’amour n’existe pas. L’amour nous permet juste de rêver, de nous évader, mais ce n’est pas réel. C’est un mythe qui nous permet de tenir.
Mon esclave : Tant j’aimerais vivre cela.
Moi : Lisez, voilà pourquoi je vous ai appris à lire : pour que ce qui dépasse votre possibilité ne dépasse point votre imagination.
Mon esclave : Je vais mettre ça en statut sur Snap.
Moi : Je suis désolée de vous décevoir, mais nous ne sommes pas à l’époque des statuts sur WhatsApp. Il n’y a ni téléphone portable ni Internet, surtout pas pour une esclave, malheureusement.
Mon esclave (touchant sa poitrine, faussement choquée) : Oh ! Que c’est triste.
Moi : Non, tout est naturel et simple. La vie est belle et le monde n’est pas encore horrible comme dans le futur.
On se regarde un moment avant d’éclater de rire. Bien sûr que le monde est horrible : Oumou a été arrachée à ses parents à l’âge de deux ans et est devenue une esclave. Les plus forts marginalisent les faibles, les Blancs se croient supérieurs, la souffrance de certains pousse au suicide. Donc, ce n'est pas la meilleure des époques.
Moi : Mais ne vous en faites pas, tant que vous serez sous mes ordres, je veillerai sur vous.
Mon esclave : Merci, ma princesse.
Je me tourne vers elle pour finir avec cette robe encombrante.
Mon esclave : Ne bougez pas, s’il vous plaît.
Je coupe ma respiration pour permettre à cette dernière de m’aider plus aisément.
Elle ferme le dernier ourlet de ma robe avant de me parler.
Moi (devant mon miroir) : Alors ?
Mon esclave : Vous êtes splendide, madame.
Je lui donne un baiser sur le front avant de sortir de mes appartements.
Je vis dans l’un des châteaux de mes parents. Oui, les royaumes africains ont plusieurs richesses en Occident et mes parents ne sont guère en reste.
Une fois à l’entrée du château, mes yeux croisent ceux de mon cavalier, qui me tire sa révérence, ébloui par la beauté que je suis.
Je m'avance vers lui, la tête haute.
Sir Barris (faisant sa révérence) : Vous êtes d’une beauté exquise.
Moi (marquant un arrêt à quelques mètres de lui) : Mon bon monsieur, apprenez que tout flatteur vit aux dépens de celui qui l’écoute.
Sir Barris : Jean de La Fontaine ne serait qu’honoré d’être cité par une aussi magnifique jeune dame.
Monsieur Barris est un très célèbre vigneron belge. Beau, grand et surtout très riche, il attire les regards de plusieurs femmes. Sans nul doute, c’est un très bon parti, et ça se voit qu’il m’aime. L’un de ses défauts les plus visibles reste à priori son ventre bedonnant et son nez aussi pointu que celui d’une musaraigne. Je ne dirais pas que je l’aime, mais je sais que je serai une bonne femme. Je pense que c’est l’essentiel.
J’ai 29 ans. À cet âge, dans mon pays, certaines femmes sont déjà grands-mères, car on nous envoie en mariage dès l’âge de 13 ans. Moi, j’ai déjà dépassé le rang des vieilles filles, et ce n’est pas faute d’avoir essayé. Je me suis investie pour, au final, sortir grande perdante à chaque fois, au point d’avoir recours aux services d’un féticheur pour éloigner de moi le mauvais œil.
Ne dit-on pas de nous que nous sommes maudits ?
Je pense que c’est peut-être une réalité non négligeable, car comment expliquer qu’une jolie femme, riche et bien éduquée comme moi, soit encore célibataire ?
Comment ?
C’est illogique.
Le prêtre de notre contrée m’accuse d’être responsable de cette situation. Pourtant, je ne le suis pas. Quoi ? Il pense que je suis heureuse d’être célibataire sans enfants ? Que cette situation l’affecte plus que moi, la concernée ? Pourquoi aurais-je occasionné cela, pourtant, dans quelques années, j’aurai atteint la ménopause ?
Mais sérieux !
Sir Barris (faisant la révérence à nouveau) : Princesse Assovi.
Je lui rends sa salutation, accompagnée d’un rire jaune. Ça m’énerve, cette façon qu’ils ont d’écorcher mon nom. Ce n’est pas croyable, c’est pourtant simple.
Sir Barris est le seul homme blanc que je côtoie, tant les autres pensent être supérieurs à moi. Pourtant, ils sont aussi nuls que des Borgus , ces hommes des cavernes de mon pays n'ayant rien dans la cervelle.
Après mon départ du Bénin pour la Belgique, j’ai rencontré des hommes plutôt charmants. Mon premier petit ami et fiancé était camerounais, le second était sénégalais. Les relations n’ont pas abouti, car selon eux, je ne suis pas une femme assez conventionnelle. Pourtant, j’ai essayé de l’être, mais ça n’a pas marché. Cette fois-ci, je me donne encore plus : je me contente de sourire bêtement à ses blagues et de cligner des yeux à tout ce qu’il raconte. Et pour raconter, il le fait, et pas qu’un peu. Il aligne des inepties par milliers, pourtant très intelligent et cultivé.
Sir Barris : Je pense vraiment que les Noirs d’Afrique du Sud abusent. Ils n’arrivent pas à se contenter de ce qu’ils ont sans rechigner.
Moi (choquée) : Pardon ?
Sir Barris : Mais oui, on vous donne déjà la possibilité de…
Moi (lui coupant la parole) : Vous envahissez un pays qui n’est pas le vôtre et vous dites donner des possibilités ? Votre raisonnement est aussi limité que ridicule.
Sir Barris (se raclant la gorge) : Je n’ai jamais envahi quoi que ce soit, et revoyez votre langage, femme.
Moi : Mais donc ne parlez pas de ce dont vous ne maîtrisez ni les tenants, ni encore moins les aboutissants.
Sir Barris : Vous insinuez maîtriser plus que moi la chose politique ?
Et merde, j’étais censée sourire et cligner des yeux.
Moi (me reprenant) : Ce n’est pas ce que je voulais dire…
Sir Barris : Et qu’avez-vous dit ?
Moi : Je suis désolée pour mes dires, je…
Sir Barris (haussant le ton) : Que ce soit la dernière fois ! La prochaine fois, je ne vous sortirai plus jamais.
Moi (sentant la colère monter) : Pardon ?
Sir Barris : J’ai dit—
Moi (posant mes couverts) : J’ai très bien entendu ce que vous avez dit. Mais sachez que je ne suis pas une chienne, et encore moins la vôtre.
Sir Barris (le regard menaçant) : C’est à moi que vous vous adressez ainsi ?
De toute façon, ce n’est qu’un gros con.
Moi : Non, à la mauvaise éducation de votre mère.
Sir Barris (se levant) : Comment osez-vous ?
Moi (me levant à mon tour) : Qu’allez-vous faire ? Vous n’êtes qu’un poltron, Sir Barris.
Sir Barris : Vous êtes vraiment sauvage, à l’image de votre peuple.
Moi : Et vous, insignifiant, insipide, dérisoire, infime, léger, menu, méprisable, minime, misérable, modique, négligeable, nul et… petit.
Sir Barris (se rapprochant de moi) : Espèce de souillon !
Moi : À l’instar des femmes de votre famille.
Sir Barris (en colère) : Mais… mais…
Il voulait se jeter sur moi, mais mes gardes l’ont retenu fermement.
Moi (le dévisageant) : On y va.
Sir Barris : Si vous partez, sachez qu’il n’y aura plus de mariage !
Moi (amusée) : Il n’y a plus d’union possible entre nous, monsieur Barris. Bonne soirée.
Je sors du lieu du rendez-vous en colère. Une fois de plus, je n’ai pas réussi à me taire. Il semblait pourtant parfait. Il me traitait bien au départ, c’était l’homme idéal, celui capable de faire de moi une femme respectable. Mais pourquoi sortir un tel sujet, tout en sachant que je suis africaine ?
Pourquoi ?... C’est tellement insensé.
Ou son but était-il de voir si j’étais une bénie-oui-oui ? Qui accepterait tout et n’importe quoi au nom du mariage ?
Voulait-il voir si j’allais accepter de telles inepties ? Moi, la princesse de Dahomey ? Jamais ! Je ne mange pas de ce genre de conneries.
Au lieu de rentrer, je vais dans un bistrot non loin de la ville. Dans ce bistrot, les femmes ont le droit de boire, tout est secret, et rien n’en sort.
14 février 1736. Raté. Un jour ordinaire qui me porte la poisse chaque année. Une fois de plus, je vais devoir appeler mes parents pour leur dire que je n’ai toujours pas trouvé de mari et que, cette fois-ci, je suis tombée sur un raciste.
C’est sûr qu’ils vont me demander de rentrer tout de suite au Bénin.
Je sais qu’en 1736 nous ne sommes pas supposés avoir des téléphones, mais c’est mon histoire, donc je peux bien décider si, oui ou non, je peux contacter mes parents, n’est-ce pas ?
Bien. Je suis dans une merde pas possible. Impossible d’attendre un an de plus. J’en ai marre de vivre seule, de dormir seule. J’en ai vraiment assez.
Ma détresse me conduit devant “Le secret de tiroir”.
C’est un bistrot très réputé. Oui, il n’existait pas de bistrot à cette époque, mais je viens de rompre une relation pour laquelle je me suis fait frapper par un féticheur, sans compter la pneumonie que j’ai risqué de choper, donc merci de me permettre de me saouler la gueule dans un bar en 1736.
Merci.
J’ai besoin de décompresser. J’ai besoin de force pour annoncer à mes parents que j’ai perdu une fois de plus. Je peux ouvrir des entreprises, être une femme belle, intelligente et battante, mais même un simple mariage que tu peux décider, genre : “Bon, ce samedi, quand j’ai un peu de temps libre entre 14 et 16 h, je me marie.” Rien. Zéro. Incapable.
Non, j’en ai vraiment marre. Si je pouvais payer un mari… Mais bon, de toute façon, à cette époque, on dote les hommes, donc je vais forcément payer. C’est triste, hein ? Tu souffres pour quelque chose où tu devras toi-même dépenser.
Je continue à boire, près de mes esclaves et servantes qui compatissent à ma douleur.
Voix d’homme : Il ne manquait plus que des insectes du royaume de Dahomey pour gâcher ma soirée déjà minable et lamentablement… Bref.
Je me retourne, surprise par la qualification de mon royaume. Insectes ? Nous, les Amazones du Bénin ?
En me retournant, quelle ne fut pas ma surprise de tomber sur Ganbata, le prince et futur roi du royaume de Borgu.
Sans aucune forme de procès, je louche sur son physique parfait. Il est vraiment devenu un bel homme. S’il n’était pas avec ses gardes, portant les insignes de leur royaume au service du prince, jamais je ne l’aurais reconnu. Il est… waouh. Je me mords les lèvres quand l’information de son corps musclé parvient entre mes jambes.
Beau, grand, regard sombre, voix grave, ventre plat et certainement dessiné par le Créateur. J’aurais dit par nos dieux vaudou ou autres pour rester dans le thème des années 1700, mais je suis chrétienne, donc je dirais le Créateur, car c’est moi qui raconte l’histoire.
Il est tout juste parfait. Musclé à la Rocco Siffredi. [Pause] Bon, je vous accorde que j’abuse un peu. Je suis beaucoup trop en avance sur mon temps. Le pauvre ne savait même pas qu’il devait naître un jour et encore moins qu’il serait aussi bon aux choses impudiques de la chair. [Fin de la pause] Bon, disons à la… bref, je n’ai rien en tête présentement, car à l’époque où je vous raconte la scène, il n’y avait pas de films X, impossible donc de le comparer à un autre. L’unique homme que j’ai connu sexuellement n’était pas une machine du sexe. Je n’avais peut-être pas d’expérience, mais quand une personne tremble après un court instant, c’est que c’est bad.