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Résumé de l’épisode 1
Dans l’épisode précédent, un féticheur m’a préparée pour que ce jour soit mon dernier jour d’incertitude. J’étais censée me marier par la suite avec Sir BARRIS, un riche vigneron belge. Malheureusement, j’ai découvert qu’il était raciste et adorait dominer et frapper les femmes. En plus, c’était un rigolo, vilain, avec un gros ventre ; il s’adonnait à de vilaines choses. Je ne veux pas salir sa réputation, donc le mieux serait de m’arrêter là. J’ai finalement mis terme à cette union qui semblait être ma dernière chance. Par la suite, pour évacuer la pression, je me suis retrouvée dans un bistrot où j’ai malencontreusement croisé les ennemis de notre royaume, les suceurs d’énergies : des gens stupides et sans aucune dignité. Mais, dans cette dégoûtante surprise, trônait la beauté incarnée : le Prince Ganbata, avec le charisme de Rocco Siffredi.
Axovi de Dahomey
Je continue à admirer le Prince en imaginant mon corps contre le sien. Il ne peut pas être comme mon ex ; non, personne ne peut être comme lui. Oui, j’étais novice, mais il était nul.
En plus, en lisant mes livres, je ressentais beaucoup plus de plaisir que dans ses bras. Déjà que je n’étais pas censée avoir de relations sexuelles avant le mariage, mais je me disais que peut-être, grâce à cela, il m’aurait épousée. Mais, en plus de m’avoir fait perdre mon temps, il m’a quittée car je n’étais plus vierge ; pourtant, c’est lui qui m’avait dévirginée. Je ne voulais pas citer le nom du pays, car je suis certaine qu’il y a des hommes virils chez eux, mais en vérité, les Camerounais sont malhonnêtes depuis des siècles.
Je reprends mes esprits sur la créature à l’autre extrémité de la pièce. Bien que loin de moi, son doux parfum arrive jusqu’à moi et m’enivre de sa douceur. J’adore les hommes qui sentent bon, c’est un point faible que j’ai découvert au fil du temps.
Nous nous jaugions du regard un moment, comme dans un duel entre nous. Mes esclaves et les siens font de même. La tension palpable dans la salle m’excite. Comment puis-je être excitée par un ignare ?
Je crache sur mon mouchoir et mes esclaves font autant : c’est un signe que nous faisons pour purifier notre esprit de la souillure, et ce peuple est ce qu'il y a de plus souillé.
Moi (le dévisageant) : Voilà pourquoi depuis le début de la soirée je sens mes forces s’amoindrir. Seriez-vous en train d’essayer d’envouter la princesse de Dahomey, Prince Ganbata ?
Ganbata (soufflant) : Moi ? Je ne m’adonne pas à de telles bassesses, très chère.
Moi : Je ne suis guère « votre très chère ».
Nous étions dans la même salle mais à l’opposé l’un de l’autre. À chaque fois que l’un avançait, l’autre reculait instinctivement, que ce soit nous ou nos gardes. Personne ne voulait entrer en contact avec les individus d’outre-zones, surtout pas des ignares Borgu.
Ganbata (les mains dans les poches) : Ok, princesse.
Moi : Je vous prierais de bien vouloir libérer les lieux. Nous étions ici en premier et vous n’êtes pas sans ignorer que nous ne pouvons pas nous retrouver dans le même endroit.
Ganbata : Ce soir, je n’ai pas envie de me battre. J’ai quitté la France pour un dîner romantique en tête-à-tête avec ma fiancée, et elle m’a quitté, ou je l’ai quittée… bon, peu importe, je me retrouve à nouveau célibataire, et la dernière chose que je veux en ce moment est de devoir discuter avec vous pour pouvoir boire un verre en paix.
Moi : Vous pensez que moi, j’ai envie de faire la guerre ou une discussion à deux balles avec vous ? Que votre problème est plus important que le mien ? Détrompez-vous, Prince, déjà je viens également de me faire larguer, ou de larguer… je ne sais plus. Mais ce qui est sûr, c’est que j’ai mal, plusieurs relations sans aucun aboutissement, donc je…
Ganbata (pouffant) : Ce n’est pas de ma faute si vous êtes volage.
Moi (ouvrant grand les yeux) : Pardon ?
J’ai envie de lui dire que c’est sa maman qui est volage, mais je ne pense pas qu’en 1700, ce genre de langage serait bien vu par un Africain. Contrairement à Sir BARRIS, Prince Ganbata est capable d’appuyer mon cou contre ce comptoir si j’essaie de dépasser les limites, même si j’avoue que ma tête contre ce comptoir serait un geste qui ne me déplairait pas, bien au contraire.
Ganbata (sourire narquois) : Une femme qui n’est pas mariée à cet âge, pas besoin de demander, c’est une femme légère.
Moi (sans sourciller) : 33 ans, sans enfants et sans mari ? Soit vous êtes impuissant, soit vous êtes… oui, impuissant, c’est le mot exact.
Il me fixe un moment avant de demander d’un geste de la main à ses gardes de libérer les lieux. J’en fais autant et nous continuons notre duel du regard un moment.
Ganbata (se rapprochant) : Faisons une trêve.
Une trêve avec des brigands ? Si mes parents voyaient ça, je pense que ce serait la fin pour moi, une trêve avec des suceurs d’énergie ?
Après tout, je n’ai rien à perdre, mon énergie ne me permet même pas de me trouver un mari.
Moi (me rapprochant également) : Juste pour ce soir. Serveur !
Le serveur : Ma princesse ?
Moi : Un deuxième verre s’il vous plaît, donnez au monsieur ce qu’il désire. Moi, par contre, j’aimerais avoir une Regab.
Désolé pour la Regab, je sais que c’est une bière gabonaise qui n’existait pas à cette époque, mais ils ne savaient pas ce qu’ils rataient, car la Regab est sans aucun doute la meilleure boisson du monde.
Encore une fois, c’est moi qui raconte, merci.
Ganbata : Juste pour ce soir.
Moi (lui donnant un verre) : Alors, que s’est-il passé ?
Ganbata : Longue histoire, mais je vais essayer de faire simple.
Moi : Je suis partante.
Ganbata de Borgu
Sous d’autres cieux se trouvait le Prince Ganbata de Borgu, un jeune homme beau, intelligent, ayant le cœur sur la main, aimé et adulé par son peuple. Peuple qui n’avait par ailleurs que son nom sur les lèvres. Ils priaient pour que le roi, père du Prince Ganbata, puisse trouver la mort, afin que ce dernier devienne roi et trouve une solution à la misère du peuple. Mais pour cela, il lui fallait impérativement trouver une femme : il n’y a pas de roi sans reine, et tout le monde le savait.
Moi (repoussant mes limites) : Oui, tu peux le faire.
Je fais mon parcours matinal comme d’habitude, mes AirPods aux oreilles, dansant sur un chant de Didi B…
Attendez ! Mais qu’est-ce que je raconte ? Il n’y avait pas d’AirPods en 1736, même pour écouter du Mozart rien, donc du Didi B ? Bref.
Je fais mon sport avec deux de mes esclaves qui chantent pour moi.
Moi (ralentissant) : Revenez un peu en arrière dans la chanson, c’est ma partie préférée.
Ils le font et nous nous mettons à danser tous les trois.
En me voyant dehors, on dira de moi que je suis arrogant, imbu de ma personne et plein d’autres choses. Mais c’est vrai : en plus d’être farouchement narcissique…
Je ne dois rien à personne, donc je ne vais pas vivre cachée ni faire des choses pour plaire aux gens.
Mais avec mes employés proches et surtout mes esclaves qui sont avec moi depuis ma plus tendre enfance, je suis assez ouvert et compréhensif.
Pour moi, c’est ma famille et il n’y a rien de mieux dans la vie que la famille.
Mon esclave : Mon prince, aujourd’hui c’est le grand jour. Je suis sûr que cette fois-ci vous trouverez la femme qui fera votre bonheur.
Moi : Ou juste une putain de femme cultivée, belle, avec des rondeurs, capable de dire non quand il le faut et qui pourra donner du sens à notre couple. Je ne demande pourtant pas l’impossible, n’est-ce pas, Amos ?
Mon esclave : Si vous me le permettez, mon prince, c’est assez complexe tout ça. Nous sommes dans un siècle où les femmes sont des femmes et rien de plus.
Moi : Mais je ne veux plus d’une femme comme ça, je suis fatigué de ce genre de femme inutile.
Mon esclave : Il va falloir vous décider : soit vous voulez une femme, soit vous n’en voulez pas, mais vous devez faire un choix rapidement.
Je continue ma course sans ajouter un seul mot.
Toutes mes relations jusqu’à ce jour n’ont pas duré ; à chaque fois, elles étaient soit insignifiantes, soit dépourvues de réflexion. En quittant l’Afrique après des relations désastreuses, je suis venu en Europe. J’ai épousé une Anglaise avec qui je n’ai passé que six mois ; à part quand elle gémissait, sa bouche ne s’ouvrait que pour me sortir des « oui, mon prince ». Elle était toujours d’accord avec moi, même quand j’avais tort — c’était tellement agaçant.
La seconde, par contre, était une emmerdeuse : elle boudait et piquait une crise pour tout et rien, mais n’avait jamais rien à proposer. Elle le faisait parce que je lui avais dit que j’aimais les femmes capables de se défendre.
Elle a confondu « se défendre » dans le sens d’être pertinente et faire du bruit à longueur de journée sans rien dire de sensé.
Donc ça n’a pas marché. Ensuite, j’ai enchaîné des relations sans lendemain, mais il est temps pour moi de me marier. Ma famille est assez large, donc peu importe l’origine de mon épouse : tant que c’est une femme, c’est le plus important, car oui, c’est rare mais, à cette époque aussi, il y a des doublures.
Plus sérieusement, je me suis mis en couple avec Isabelle car elle est assez intelligente et n’est pas une bénie-oui-oui ; donc je pense que ça va aller.
Nous avons quitté la France pour la Belgique dans l’optique de passer un bon moment, car j’ai déjà remarqué que c’est à cette période de l’année que tout capote et plus particulièrement le 14. Je déteste ce maudit jour, donc si nous pouvons vivre quelque chose de spécial en ce jour et réussir à le dépasser, je suis sûr et certain que tout ira bien ; ça me fera plaisir de dépasser cette date en couple.
Car je pourrais enfin faire plaisir à mes parents.
Une fois prêt, je me rends sur le lieu de rencontre, où madame n’est pas encore en salle ; par contre, mes esclaves y sont.
J’ai donné à Isabelle deux de mes esclaves pour l’aider. Ce n’est pas une princesse pour le moment, mais elle doit déjà s’y habituer, car elle aura toujours des esclaves.
En me rapprochant pour saluer mes esclaves, comme j’en ai l’habitude, je remarque une fois de plus des bleus sur le visage d’Anou, la droite d’Isabelle. Je fais exprès de m’approcher et de toucher son bras ; cette dernière grimace de douleur, ce qui confirme ce que je pense.
Isabelle entre dans la pièce, le sourire aux lèvres, et tente de m’embrasser.
Moi (la mine fermée) : Je peux savoir ce qui se passe avec Anou ?
Isabelle (perdue) : Qui est Anou ?
Moi (rire nerveux) : Comment ça, qui est Anou ? La personne qui vous aide à prendre votre bain et à vous vêtir chaque jour.
Isabelle (désintéressée) : Ah, elle !
Moi : Oui, elle.
Isabelle : Elle est insolente et je ne le supporte pas, donc je l’ai corrigée.
Moi (dégoûté) : Vous avez fait quoi ?
Isabelle : J’ai…
Moi (en colère) : Fermez votre bouche. Plus jamais , plus jamais vous ne levez la main sur une personne à mon service.
Isabelle : Je serai votre femme et sachez que jamais je n’accepterai de vivre avec des esclaves insolentes.
Moi : Vous avez l’intention de frapper toutes mes esclaves ?
Isabelle : Si c’est nécessaire, oui.
Moi : Jamais, vous ne ferez pas de telles bêtises dans mon royaume.
Isabelle (me défiant du regard) : On verra bien.
Moi : En fait, vous êtes une méchante personne.
Isabelle : Comme vous voudrez, mais un esclave reste un esclave. Je déteste votre manière de traiter les esclaves comme s’ils étaient comme nous.
Moi : Ils sont humains, je vous signale.
Isabelle : Et ?
Moi (dépassé) : Ce n’est pas possible, je n’épouserai jamais une femme comme vous.
Isabelle : Vous finirez célibataire alors.
Moi : Je préfère finir célibataire que de me lier à une personne qui n’a aucun respect pour les autres. Si vous n’êtes pas capable de respecter les plus faibles, vous ne ferez pas une bonne reine.
Isabelle : …
Moi : Bonne soirée.
Je n’attends pas de réponse de sa part et décide de m’en aller avec tous mes serviteurs. Jamais je n’accepterai un tel manque de respect, jamais.
Une fois à l’extérieur, je vais dans un bistrot non loin, car j’ai besoin de prendre un peu l’air et de penser à autre chose. Oui, un bistrot, je raconte donc, je décide.
J’ai besoin de courage.
Il faudra dire à mes parents que je ne vais plus me marier et qu’ils n’auront pas de petits-enfants dans les mois à venir. Je sais déjà que ce sera un coup dur pour eux, surtout pour ma mère.
Mais pourquoi ?
Elle paraissait tellement bien et douce, mais c’est comme si ce jour était maudit. Il pousse toujours les gens à dire et faire ce qu’il ne faut pas. J’en ai vraiment marre.
Une fois à l’intérieur, je vois des esclaves dans le bistrot. La marque sur leurs bras montre qu’il s’agit des esclaves du royaume Dahomey, au service de leur princesse.
Elle et moi ne nous sommes jamais entendus, car je ne me vois pas m’entendre avec une femme porteuse de malchance. Me voilà au même endroit qu’elle, comme si ma soirée n'était pas déjà assez nulle.
Je m'adresse à elle sans trop m’avancer, pour ne pas être contaminé par sa malchance.
Quand elle se retourne, je reste sous le choc. Je ne me souvenais pas qu’elle était aussi belle.
Et ce corps… Seigneur. J’aurais dit qu’elle est en santé, mais ce n’est pas un mot utilisé à cette époque. Son corps ne laisse pas le mien indifférent.