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Une femme du nom de Jamalie rêvait — ou plutôt, cauchemardait.
C'était un jour pluvieux. Elle se trouvait en sous-vêtements, les bras enchaînés au-dessus de la tête contre un mur, les pieds attachés de sorte à rester constamment écartés. Cette position lui faisait mal ; l'endroit était sale, et elle avait parfaitement conscience de son sort. C'est alors qu'il entra, et la viola.
Jamalie se réveilla en sursaut, en sueur. Des pleurs suivirent, car plus qu'un rêve, c'était un souvenir. Elle se jura alors :
— C'est sûr, cette année, je te tuerai.
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Ailleurs, une femme du nom de Mélira rêvassait en serrant son coussin contre elle. Elle repensa à un baiser échangé avec Olivier, et rougit.
— Tu vas te l'enlever de la tête, oui ? Il est marié.
Puis elle soupira, et se plaignit :
— Pourquoi ?
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Pierrot — un homme dont ce n'est pas le vrai nom — se tenait dans son bureau, penché sur un diagramme en bâtons. La première barre était haute, mais à mesure qu'on avançait dans le temps, les barres se réduisaient à de simples points. Il s'énerva et frappa la feuille du plat de la main, en se disant :
— Cette année, je comprendrai ce qui se passe ici.
Soudain, ses yeux s'illuminèrent d'une lueur jaune. Pierrot se figea deux secondes ; puis ses yeux reprirent leur couleur d'origine. Comme s'il venait d'avoir une vision terrifiante, il attrapa sa tête entre ses mains, tremblant, et murmura :
— Cette image devient de plus en plus claire. La fin est proche.
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Ailleurs encore, une fléchette se planta sur le visage d'Olivier — dont la photo servait de cible. La personne chargea son pistolet en disant :
— Cette année, je t'aurai.
Et elle lui tira une balle en plein front.
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Je crois avoir fait le tour.
Cette histoire commence donc le jour de la rentrée, au lycée L'Excellence — c'est le nom, pas le prestige. Et tout le monde est là.
Mélira, la technicienne de surface, est étrangement populaire — tellement qu'en passant, Olivier la salue. Elle rougit, balbutie, et le temps qu'elle reprenne ses esprits, il est déjà parti.
Puis Jamalie passe, et l'insulte au passage :
— Les moches restent servantes.
Car elle travaille au cyber du lycée, et elle est ce qu'on appelle une beauté fatale — au point d'attirer tous les regards, sauf celui d'Olivier, qui ne la remarque même pas quand elle se déhanche pour le saluer.
Pierrot, le proviseur, est déjà là. Il observe les élèves entrer, et constate qu'ils sont moins nombreux que l'année précédente. Le graphique qu'il regardait plus tôt, c'était celui de l'effectif du lycée, année après année. Car depuis quatre ans, chaque rentrée, des gens du lycée meurent sans explication — élèves, enseignants, ou autre personnel. Le plus intrigant : ils meurent soit de folie, de suicide, d'arrêt cardiaque, ou se vident de leur sang sans qu'on ne voie jamais ce sang couler. Et c'est toujours le même nombre : douze.
C'est pourquoi, cette année, la rumeur court en ville que le lycée est maudit — ce qui pousse les gens à fuir. Reste à savoir s'ils ont raison.
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Au téléphone, Jamalie discute avec Rita, la femme d'Olivier, dont elle est très proche. Rita, juriste de profession, l'informe :
— J'ai réussi à obtenir un portrait-robot d'après ta description.
— Il ne te fait pas penser à quelqu'un ?
— En fait, je ne l'ai pas encore regardé. Je pensais qu'on le ferait ensemble, ce soir.
— D'accord, chez toi alors. Ton mari peut être là, ça ne me dérange pas.
— Très bien, à ce soir.
Quand Rita raccrocha, sa collègue Mercy lui demanda :
— C'est quoi, cette histoire de portrait-robot ?
— Une faveur que je fais à une amie. Elle a été violée il y a longtemps, et elle est déterminée à retrouver l'homme qui a fait ça.
— Et elle compte faire quoi, si elle le retrouve ?
— Elle dit qu'elle veut juste le rencontrer, et lui cracher au visage. Qu'il voie qu'elle s'en est sortie malgré ce qu'il lui a fait.
Mercy resta sceptique, mais se retint de commenter. Elle murmura seulement :
— Moi, à sa place, je le tuerais.
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Pierrot est d'habitude un homme jovial, plein d'énergie et d'imagination. L'année dernière, par exemple, il avait organisé le fameux concours des paris — qu'il avait fini par remporter lui-même. Mais cette année, il est calme, sérieux. Olivier, professeur d'anglais et proche de lui, le remarque vite, et vient prendre de ses nouvelles.
— All right? Is it about Shy?
— He's missing me. But it's something else.
Pour ceux qui l'ignorent : Shy était le meilleur ami de Pierrot, celui qui l'avait soutenu à son arrivée au lycée, et avec qui il refaisait le monde et échafaudait ses idées les plus folles. Leur photo du concours des paris trônait encore sur le bureau. Mais Shy est mort l'an dernier, dans les mêmes conditions étranges que les autres : la folie, puis l'arrêt cardiaque. Cette perte a profondément marqué Pierrot — raison de plus pour laquelle l'affaire de la malédiction l'obsède.
— Tu as entendu la rumeur qui court sur le lycée ? demande Pierrot, presque amusé.
— Encore une rumeur ? Les gens de cette ville s'en prennent déjà à un autre lycée. C'est quoi, cette fois ?
— Que notre lycée est maudit. Qu'on y sacrifie élèves et enseignants pour des rituels. Ça se comprend, remarque, vu tout ce qui s'y passe. Douze morts chaque année depuis quatre ans. Je perds de l'effectif, le ministère m'a appelé — si ça continue, on ferme. Au moins, j'aurai vécu mon rêve pendant cinq ans.
Olivier attrapa alors Pierrot par les épaules et le secoua. Une fois la tête qui tourne calmée, il lui dit :
— On trouvera une solution.
— Shy m'avait dit la même chose, avant de mourir. Tout comme Gamenan, Denise — tous, en fait. Les quarante-huit. Comme s'ils avaient découvert quelque chose. Mais ces morts ont l'air si naturelles qu'on ne peut même pas parler de meurtre.
— Alors peut-être que la rumeur dit vrai.
— Il n'y a qu'un moyen de le savoir.
— Appeler un pasteur, dirent-ils d'une même voix.
Ils éclatèrent de rire devant une telle symbiose. Pierrot, comme ranimé, se leva d'un bond et cria :
— Pas de concours à la noix cette année ! Ce sera une veillée de prière et de délivrance, ici, dans ce lycée !
Olivier, heureux de retrouver son ami en forme, le regarda convoquer en urgence tout le personnel enseignant pour leur exposer son idée.
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Les cours furent donc suspendus, et Pierrot exposa son projet. Après tout, la fermeture du lycée signifierait la perte de leur emploi ; or les mutations sont longues à obtenir, et avec un tel passif, se faire accepter ailleurs serait risqué. Alors, ils acceptèrent.
— Parfait, j'ai déjà une idée de pasteur. Le meilleur de la région : celui de l'église Tous Frères Tous Unis.
— Élisé ? Mais il est surtout connu pour son immaturité. Je n'ai jamais entendu dire qu'il ait fait le moindre miracle, objecta Baoulélé.
— C'est vrai qu'on n'a pas les moyens de s'offrir un pasteur célèbre, mais notre Jonas, de l'église Temple de la Paix, est plus crédible. Lui, au moins, a déjà guéri des malades, ajouta Hugo.
— Moi, je fais confiance à Élisé. C'est un bon ami, et même s'il n'en a pas l'air, Dieu est avec lui, trancha Pierrot.
L'assemblée finit par accepter. Restait à fixer une date, et à commencer les préparatifs.
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Pendant ce temps, dans la cour, les élèves bavardaient. Jamalie et Mélira les observaient, côte à côte.
— Ça va faire des histoires, tout ce raffut, soupira Mélira.
— Je me sens vraiment exclue des décisions importantes de ce lycée. Toi, je comprends — mais moi ? De quoi ils parlent, au juste ? demanda Jamalie.
Soudain, la réunion se termina, et chacun regagna sa classe. Les deux femmes virent alors Pierrot sautiller, accroché au dos d'Olivier. Mélira fut rassurée de le voir enfin aller mieux ; Jamalie, elle, ironisa :
— Quelle ironie. Il remplace son meilleur ami par son collègue prof d'anglais. Tant que c'est anglais, ça passe, hein ? Je devrais peut-être m'y mettre, moi aussi. *What do you think?*
— Not funny. Stop.
Olivier dut ensuite passer devant elles. Jamalie le dévisagea, puis se leva et s'en alla sans un mot. Olivier, perplexe, se tourna vers Mélira :
— D'abord elle cherche mon attention, et maintenant elle s'en va comme ça — tu crois qu'elle est fâchée ?
Mais Mélira, perdue dans le souvenir de son baiser imaginaire, les yeux rivés sur lui, n'avait rien entendu, et ne répondit pas. Olivier répéta sa question ; elle redescendit enfin sur terre.
— Non — c'était Jamalie.
— Dieu merci, vous vous entendez mieux qu'à son arrivée. Je suis content.
— *I know.*
— *Wow, you speak English now. I thought you hated it.*
— Doucement, hein, je prends des cours depuis l'an dernier seulement. Dis... je peux t'inviter ce soir ? En amis, bien sûr. C'est juste pour parler de quelque chose, vite fait.
— Désolé, j'ai déjà prévu quelque chose avec ma femme. Une autre fois, peut-être.
— Oui.
Et il s'en alla. Mélira retourna à ses
corvées, déçue.
— Tu apprends l'anglais pour l'impressionner, tu te décides enfin à lui parler, et lui préfère toujours sa femme. Tu t'attendais à quoi, sérieusement ?