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Le soir tombe. Pierrot revient de sa sortie, satisfait : Élisé a accepté de les aider. Il dit au revoir à Olivier, qui rentre chez lui.
Olivier arrive, embrasse sa femme et son fils, puis remarque Jamalie, assise dans le canapé. Il demande, surpris :
— Pourquoi elle est là ?
— C'est moi qui l'ai invitée, répond Rita. Tu sais, mon amour, c'est mon amie — ou tu serais intéressé, peut-être ?
— Non, pas du tout.
— C'est ce que je me disais.
Jamalie dîna donc avec la famille. Olivier se sentait mal à l'aise de sa présence ; Rita, femme jalouse, le surveillait du regard, ce qui ne faisait qu'ajouter à son malaise.
Puis Right partit se coucher, et Olivier voulut en faire autant — mais Rita le retint.
— On doit parler avant.
— Avec elle ? demanda Olivier.
— Surtout avec elle, répondit Rita.
Olivier se rassit. Rita sortit une enveloppe et la déchira devant eux. Elle regarda le contenu, et son sourire s'effaça aussitôt, remplacé par une expression trouble, presque effrayée. Jamalie lui arracha le papier des mains et le tendit à Olivier. Il regarda, vit sa propre photo, et demanda :
— Quoi ? C'est moi, et alors ?
— Tu reconnais, enfin, dit Jamalie.
— Non, tu te trompes. C'est une erreur, dit Rita, déjà en larmes.
— Mais enfin, de quoi vous parlez ? demanda Olivier.
— C'est le portrait-robot de mon violeur, Olivier — ou devrais-je dire, Oliver, lança Jamalie, la voix tranchante.
Elle le gifla, et poursuivit, hors d'elle :
— Tu n'as pas honte ? Tu vas me dire que tu ne m'as pas reconnue ? Pourtant je n'ai pas tant changé, cher ami. Espèce de traître, de criminel. Tu sais ce que tu m'as fait ? Tu m'as transmis le SIDA !
— Le SIDA ? répéta Rita.
— Chérie, je peux tout t'expliquer, dit Olivier.
— Pourquoi tu ne m'as rien dit ? J'aurais pu comprendre — mais ça, en plus, tu m'as donné le SIDA, pleura Rita.
— Un violeur, et un menteur. Alors, tu voles toujours aussi ? demanda Jamalie.
— Toi, tais-toi. On aurait pu régler ça calmement, tous les deux — pourquoi mêler ma femme à tout ça ? Avoue : tu as fait semblant d'être son amie, dit Olivier.
— Jamalie, il ment ? demanda Rita.
— Non, c'est la vérité. J'ai fait semblant d'être ton amie. Je suis venue dans ce lycée pour me venger d'Oliver, pour ce qu'il m'a fait, dit Jamalie.
C'était trop de révélations d'un coup pour le cœur de Rita. Elle respira difficilement, puis courut jusqu'à la chambre de Right. Elle le réveilla et sortit en urgence de la maison avec lui.
Olivier la retint par le bras :
— Où est-ce que vous allez ?
— Je n'en sais rien, d'accord ! Et même si je le savais, tu crois vraiment que j'aurais envie que tu le saches, séropositif ? répondit Rita.
— Il se passe quoi, maman ? demanda Right.
— Les vacances sont arrivées plus tôt que prévu, mon amour, dit Rita.
Et ils partirent. Olivier voulut les poursuivre, mais Jamalie se plaça devant lui et l'embrassa brutalement. Ils restèrent ainsi un moment, puis marchèrent jusqu'à la chambre. Olivier fit tomber Jamalie sur le lit, lui serra le cou et lui cria :
— Tu sais très bien que je ne suis pas séropositif. Et quand elle s'en rendra compte, elle reviendra — ta vengeance sera finie.
— Pas tant que je lui aurai donné une vraie raison de rester loin. Que tu m'as vendue à un clan de drogués.
Olivier la lâcha, se calma, et s'excusa :
— J'étais jeune, quand c'est arrivé. Ça n'excuse rien, je sais, et je suis désolé. Si tu veux, je te dédommagerai — mais je veux qu'on continue de vivre chacun notre vie, comme si de rien n'était.
— D'accord. Mais je ne veux pas d'argent pour dédommagement. Je veux te rendre ce que ces types m'ont donné.
— Je ne peux pas. Je suis marié.
— Plus pour longtemps, quand je lui raconterai ton passé — et ce que tu as fait à ton père.
Olivier se jeta alors sur Jamalie, l'embrassa, la caressa, commença à la déshabiller, se déshabilla à son tour — enfin, vous voyez où je veux en venir.
Mais alors qu'il retirait son t-shirt, la tête un instant couverte, Jamalie sortit un couteau caché dans son collant et le lui planta dans le torse, entre les deux côtes.
Olivier s'effondra sur le ventre ; le couteau s'enfonça plus profondément encore. Il voulut crier, mais Jamalie lui écrasa la tête contre les coussins, l'étouffant. Entre la douleur et le sang qui coulait, Olivier perdit connaissance. Jamalie prit son pouls — rien — et s'en réjouit :
— Rita peut bien essayer de me retrouver à son retour. Encore faudrait-il qu'elle y arrive.
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De son côté, Rita se trouvait aux urgences d'un hôpital, où elle fit faire en urgence un test de dépistage du SIDA. Il s'avéra négatif. Elle souffla, soulagée :
— Je le savais. Jamalie se trompait. Je m'attendais à quoi, sérieusement — une transmission par voie sanguine ? Pff. On rentre à la maison, Right.
— D'accord.
Mais à leur retour, en entrant dans la chambre, Rita découvrit le corps ensanglanté d'Olivier. La peur l'envahit, et elle hurla.
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La veille, la réunion avait fixé la veillée de prière au lendemain soir.
Le jour venu, Pierrot discutait du programme avec Élisé dans son bureau. Il appela Olivier — pas de réponse. Il appela alors Rita — même silence. Il s'assit brusquement, inquiet. Élisé s'en aperçut :
— Ça va ?
— On dirait le jour de la mort de Shy. Lui aussi avait hâte de m'aider, et il ne répondait plus au téléphone juste après. On est à peine au début de l'année, et déjà ça recommence.
— Dieu tient tout sous contrôle. Ça va aller, il va bien.
C'est alors que Jamalie entra et déposa sa lettre de démission sur le bureau. Pierrot ne comprit pas.
— Euh... un problème avec un collègue ? Si tu veux, je peux t'aider.
— Non. En fait, je déménage.
— Et tu me le dis maintenant ? À moi, ton proviseur ? Désolé, mais ici c'est la fonction publique, ça ne marche pas comme ça, dit Pierrot.
— Évidemment qu'il fallait le savoir, dit une voix familière.
Ils se retournèrent tous les deux. Le visage de Pierrot s'illumina, tandis que celui de Jamalie se décomposait : Olivier venait d'entrer dans la pièce.
Pierrot le serra dans ses bras. Jamalie, elle, se mit à trembler. Elle tendit sa lettre avec insistance :
— Pitié, acceptez que je parte
tout de suite !
— Quoi, Jamalie ? Tu peux bien retarder ton déménagement — tu ne voulais pas me dire au revoir ? demanda Olivier.