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Neo-Paris, 14 septembre 2045 – 23h47
La pluie tombait en fines gouttelettes lumineuses, comme des larmes de néon sur les toits de verre de la ville. Dans les sous-sols de la Tour Eiffel numérisée, là où personne ne regardait jamais, Léa Moreau ajusta ses lunettes et fixa l’écran holographique qui flottait devant elle.
Des lignes de code défilaient en vert et bleu. Des graphiques temporels pulsait comme un cœur. Et au centre de tout ça, posée sur la table métallique, la puce scintillait d’une lueur bleutée.
Trois ans.
Trois ans qu’elle travaillait sur ce projet. Trois ans de nuits blanches, de cafés froids, de doutes et d’espoirs. Trois ans depuis que Thomas, son frère, était mort dans cet accident mystérieux qu’on avait appelé « malfunction technique ».
Mais Léa savait. Quelque chose n’avait pas collé. Et elle allait le prouver.
« Dernière calibration », murmura-t-elle en tapant une séquence sur le clavier holographique.
La puce vibra. Une lumière plus intense l’enveloppa. Des chiffres apparurent :
CHARGE : 98%… 99%… 100%
DESTINATION : +72 HEURES
STATUT : PRÊT
Léa prit une grande inspiration. Ses mains tremblaient. Elle avait répété ce moment des milliers de fois dans sa tête, mais maintenant que c’était réel, la peur lui nouait l’estomac.
« Allez, Léa », se dit-elle. « Pour Thomas. »
Elle appuya sur le bouton.
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Le monde explosa.
Pas littéralement. Mais c’était ce que ça ressentait. Comme si chaque cellule de son corps était étirée, compressée, puis projetée à travers un tunnel de lumière et de sons déformés. Elle vit des flashes : son laboratoire, la Tour Eiffel, des rues de Paris, puis des bâtiments qu’elle ne reconnaissait pas, des ciels noirs traversés de vaisseaux, des cris, des explosions.
Puis le noir.
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Neo-Paris, 17 septembre 2045 – 03h12
Léa se réveilla sur du béton froid et humide. Sa tête lui tournait. Elle ouvrit les yeux et se figea.
Ce n’était pas son laboratoire.
Ce n’était même pas le Neo-Paris qu’elle connaissait.
Devant elle s’étendaient des ruines. Des bâtiments effondrés, des rues éventrées, des véhicules calcinés. Au loin, des tours flottantes penchaient dangereusement, certaines en train de s’écrouler lentement dans un bruit de métal tordu. Le ciel était noir, traversé par des vaisseaux noirs en forme de lames qui patrouillaient comme des requins.
Et des sirènes. Partout. Des sirènes qui hurlaient sans s’arrêter.
« Qu’est-ce que… »
Elle se leva, chancelante. Sa combinaison de laboratoire était déchirée, couverte de poussière. Elle regarda sa puce. L’écran affichait :
POSITION : +72 HEURES CONFIRMÉ
INTÉGRITÉ PHYSIQUE : 87%
DÉTECTION DE MENACE : ÉLEVÉE
« Super », grogna une voix derrière elle. « Une autre touriste du temps. »
Léa se retourna d’un bond.
Un homme se tenait là, adossé contre un mur effondré. Une trentaine d’années, veste en cuir usé, cheveux noirs en bataille, une cicatrice fine sur la joue gauche. Il la fixait avec un demi-sourire cynique, et dans sa main, il tenait une arme futuriste pointée vers elle.
« Qui t’es ? » demanda-t-il.
« Je… » Léa recula d’un pas. « Je m’appelle Léa. Je viens du passé. »
Il éclata de rire. Un rire franc, presque joyeux dans ce paysage de mort.
« Ça, je l’avais deviné. T’as pas l’air d’une survivante. T’as l’air d’une prof de maths qui s’est perdue. »
« Je suis ingénieure », rétorqua-t-elle, agacée malgré la peur.
« Moi c’est Kai. » Il baissa son arme, mais resta vigilant. « Et si tu veux pas mourir dans les cinq prochaines minutes, tu me suis. »
« Pourquoi je te suivrais ? »
« Parce que. »
Il pointa son doigt vers le ciel. Léa regarda.
Un drone noir, gros comme une voiture, surgit d’une ruelle voisine. Ses canons laser s’illuminèrent d’un rouge menaçant. Il se tourna lentement vers eux.
« Ok », dit Léa en se précipitant vers Kai. « Je te suis. »
Kai sourit. « Bonne décision. »
Il tira.
L’explosion projeta Léa contre un mur. Elle se releva en crachant du sang, les oreilles qui sifflaient. Kai courait déjà, lui faisant signe de le suivre.
« Bouge ton cul, prof de maths ! »
Elle courut.
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Ils traversèrent les décombres en zigzaguant, esquivant les patrouilles de drones qui scannaient les rues avec des faisceaux rouges. Kai connaissait chaque ruelle, chaque passage secret. Il la mena vers une bouche de métro effondrée, descendit une échelle rouillée, et poussa une porte en métal.
« Entre. Et ferme derrière toi. »
Léa obéit. La porte se referma dans un bruit lourd.
Le silence.
Enfin.
Elle regarda autour d’elle. Ils étaient dans une ancienne station de métro, mais transformée. Des lampes à huile éclairaient des stands de fortune. Des gens vendaient des objets étranges : des puces mémoire, des hologrammes de souvenirs, des armes bricolées. Des enfants jouaient avec des drones désactivés. Une vieille femme faisait cuire quelque chose qui sentait bon sur un feu de fortune.
« C’est quoi cet endroit ? » demanda Léa.
Kai lui tendit une bouteille d’eau. « Le seul endroit où les gens peuvent encore se payer un peu de bonheur. Bienvenue au Marché des Ombres. »
Léa but une gorgée. L’eau était tiède, mais elle n’avait jamais rien bu d’aussi bon.
« Alors », dit Kai en s’asseyant sur une caisse. « Tu viens de quand ? »
« 2045. Enfin, mon 2045. Il y a… trois jours, je suppose. »
Kai siffla. « T’as fait un bond de soixante-douze heures. Pas mal pour une première. La plupart des gens vomissent leurs organes internes. »
« J’ai failli », admit Léa en s’asseyant face à lui.
« T’as de la chance. » Il la regarda plus attentivement. « Alors, pourquoi t’as fait ça ? Personne ne voyage dans le temps par plaisir. »
Léa hésita. Mais il l’avait sauvée. Et elle n’avait nulle part où aller.
« Mon frère. Il est mort dans un accident. Je voulais… je voulais le sauver. »
Kai ne rit pas. Il ne fit pas de commentaire. Il hocha juste lentement la tête.
« Tout le monde veut sauver quelqu’un », dit-il doucement. « Moi c’était ma sœur. Orion Corp l’a tuée dans un raid y a deux ans. »
« Orion Corp ? »
« La boîte qui contrôle cette ville. Et apparemment, la tienne aussi dans trois jours. »
Léa sortit sa puce de sa poche. Elle scintillait faiblement.
« Cette technologie… elle peut tout changer. »
Kai haussa un sourcil. « Ou tout détruire. Montre-moi. »
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Pendant les heures qui suivirent, Léa expliqua. Elle parla de la chronophysique, des particules temporelles, des risques, des calculs. Kai écouta, posant des questions intelligentes malgré son air désinvolte.
À un moment, il demanda :
« Et si tu réussis à sauver ton frère, mais que ça tue quelqu’un d’autre ? »
Léa se tut. Elle n’y avait pas pensé. Pas vraiment.
« Je… je ne sais pas », admit-elle.
Kai sourit tristement. « C’est pour ça que le temps devrait rester où il est. »
Soudain, le sol trembla. Des explosions au-dessus. Les gens dans le marché crièrent, se cachèrent. Kai se leva d’un bond, son arme à la main.
« Orion. Ils ont trouvé la puce. »
« Comment ? »
« Ta puce émet un signal. Et Orion a des détecteurs partout. »
Il lui tendit une arme. « Tu sais te battre ? »
« Non. »
Parfait. Reste derrière moi.
La porte explosa.
À suivre…
Fin du Chapitre 1