
Chapitre 2
Ecrit par Verdo
Chapitre 2 :
Le lendemain matin, alors que le soleil se levait paresseusement sur Avépozo, Ethiam se réveilla avec un mal de tête lancinant. La nuit précédente avait été agitée, ses pensées constamment hantées par la sacoche noire et les cauris. Il avait espéré qu’un sommeil profond calmerait ses nerfs, mais c’était sans compter sur cette sensation étrange qui l’habitait depuis qu’il avait retrouvé cet objet qu’il croyait disparu.
Il descendit dans le vaste salon où tout semblait en ordre, comme à l’accoutumée. La sacoche était toujours là, posée sur la table centrale, immobile mais terriblement présente. Ethiam se tenait debout devant elle, hésitant, comme si elle représentait un adversaire qu’il ne savait pas comment affronter.
Un bruit léger derrière lui le fit sursauter. C’était sa domestique, une jeune femme discrète et efficace nommée Adjowa, qui venait d’entrer pour commencer ses tâches matinales. Ethiam se tourna vers elle, sa voix légèrement tendue.
— Adjowa, viens ici un instant, lui demanda-t-il en pointant la sacoche du doigt.
La jeune femme s’avança, légèrement intriguée, et regarda l’objet sur la table.
— Oui, monsieur ? répondit-elle calmement.
— Cette sacoche, dit Ethiam en la désignant d’un geste, est-ce toi qui l’as mise là ?
Adjowa fronça les sourcils, visiblement perplexe.
— Non, monsieur. Je n’ai jamais vu cette sacoche avant, répondit-elle honnêtement.
Ethiam la fixa, essayant de détecter une quelconque trace de mensonge dans son expression, mais elle semblait sincère. Il insista :
— Es-tu sûre que tu n’as rien touché sur cette table hier soir ?
— Oui, monsieur, je suis sûre. Je n’ai rien déplacé.
Il croisa les bras, ses pensées s’emballent.
— Alors dis-moi, quelqu’un est-il venu à la maison hier pendant mon absence ?
Adjowa secoua la tête.
— Non, monsieur. Personne n’est venu. Je suis restée ici toute la journée, et je n’ai vu ni entendu personne.
Ethiam la remercia d’un signe de tête et la renvoya à ses tâches, mais ses réponses ne faisaient qu’accentuer son malaise. Si ce n’était pas elle, alors qui avait ramené cette sacoche dans son salon ?
Il s’assit dans un fauteuil face à la table, le regard rivé sur la sacoche noire. Les cauris, bien qu’enfermés à l’intérieur, semblaient peser lourdement sur son esprit. Il se mit à réfléchir à ce qu’il devait faire.
L’idée de s’en débarrasser lui traversa l’esprit. Il l’avait déjà jetée une fois, mais elle était revenue. Cette fois, il faudrait être plus méthodique, plus définitif. Peut-être pourrait-il la brûler ? Ou l’enterrer quelque part, loin de chez lui ?
Mais une autre pensée le troubla. Et si cette sacoche n’était pas un simple objet ? Et si elle était porteuse d’un mystère qu’il valait mieux ne pas défier ?
— Non, se dit-il à haute voix, je ne vais pas me laisser troubler par des superstitions ridicules. Ce n’est qu’un objet, rien de plus.
Il se leva brusquement, la détermination dans le regard.
Il se mit à tourner en rond dans le salon, son esprit formulant divers scénarios. Brûler la sacoche semblait une option tentante, mais l’idée de manipuler ces cauris le dégoûtait. Finalement, il opta pour une solution plus simple : il allait la jeter à nouveau, mais cette fois, dans un endroit éloigné où elle ne pourrait jamais revenir. La jeter à la mer lui semblait juste.
Le jour se levait à peine, et une brume légère flottait au-dessus des rues silencieuses de Lomé. Ethiam, vêtu d’une chemise sombre et d’un pantalon simple, se glissa discrètement dans sa voiture, un 4x4 rutilant qui ne manquait jamais d’attirer les regards. Mais aujourd’hui, il voulait passer inaperçu. Il avait décidé de partir à l’aube, bien avant que les activités de la ville ne battent leur plein.
Son plan était clair : il devait se débarrasser de cette sacoche, mais cette fois de manière définitive. Après une nuit d’insomnie à réfléchir aux options, il avait conclu que la mer, bien que séduisante, n’était pas assez sûre. Il fallait trouver un lieu isolé, loin des regards indiscrets, où personne ne viendrait fouiller ou poser de questions.
Ethiam roula en direction de Tsévié, une ville située à quelques kilomètres au nord de Lomé. Il avait entendu parler des forêts qui bordaient cette région, des lieux peu fréquentés où il pourrait mener son plan à terme. Le trajet fut long et silencieux. Seuls les ronronnements du moteur et le léger bruit des pneus sur l’asphalte venaient rompre le calme pesant qui régnait à l’intérieur du véhicule.
À mesure qu’il s’éloignait de Lomé, Ethiam se sentit plus serein, comme si la ville et son tumulte s’effaçaient derrière lui. Mais ce sentiment de paix n’était qu’éphémère, car chaque fois qu’il jetait un coup d’œil au sac plastique posé sur le siège passager, il sentait une boule d’angoisse se former dans son estomac.
Arrivé à Tsévié, il s’engagea dans les petites ruelles et les chemins de terre qui traversaient la ville. Il scrutait chaque recoin, cherchant l’endroit idéal. Il voulait un lieu isolé, mais pas trop éloigné, afin de pouvoir repartir rapidement après son acte.
Après près d’une heure de repérage, il trouva ce qu’il cherchait : une forêt dense, bordée de quelques champs abandonnés. L’endroit semblait désert, et la végétation épaisse garantissait qu’il ne serait pas vu. Il gara sa voiture à l’abri des regards, légèrement en retrait du chemin principal, puis descendit avec le sac plastique contenant la sacoche.
Ethiam s’enfonça dans la forêt, marchant avec précaution pour ne pas attirer l’attention. Le sol était humide et les feuilles mortes craquaient sous ses pas. Les rayons du soleil, encore timides, peinaient à percer la canopée, créant une atmosphère lugubre.
Il s’arrêta dans une clairière, un endroit suffisamment éloigné pour que personne ne tombe accidentellement sur son « trésor ». Il regarda autour de lui pour s’assurer qu’il était seul. Pas un bruit humain, seulement le chant des oiseaux et le bruissement des feuilles agitées par le vent.
Avec une pelle qu’il avait apportée, Ethiam commença à creuser. Le travail était difficile, la terre étant légèrement rocailleuse par endroits, mais il s’acharna. Chaque coup de pelle semblait être un coup porté à ses propres souvenirs, à son passé trouble qu’il voulait effacer.
Le trou finit par être suffisamment profond à son goût. Il ouvrit le sac plastique et sortit la sacoche noire. Pendant un instant, il la fixa, immobile.
— Ça finit ici, murmura-t-il d’une voix rauque, comme pour se convaincre lui-même.
Il jeta la sacoche dans le trou avec une certaine nervosité, puis entreprit de reboucher. Il s’appliqua à remettre la terre en place, tassant soigneusement pour qu’aucune trace ne subsiste. Une fois le travail terminé, il ramassa quelques feuilles mortes et des branches pour recouvrir la zone, la rendant presque indiscernable du reste de la clairière.
Après s’être assuré que tout était en ordre, Ethiam retourna à sa voiture. Le trajet de retour à Lomé fut étrange. Il se sentait à la fois soulagé et anxieux. Il avait l’impression d’avoir accompli quelque chose de grand, mais une part de lui n’était pas totalement en paix.
À son arrivée à la maison, il s’installa dans son fauteuil préféré, un verre de whisky à la main. Il regarda longuement le plafond, se demandant si, cette fois, il avait réellement réussi à tourner la page.
Cependant, au fond de lui, une petite voix continuait de murmurer : As-tu vraiment enterré le problème ?
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Depuis que le pasteur Sika était intervenu dans les affaires du couple de Sélinam, une paix relative régnait dans leur foyer. L’atmosphère, autrefois tendue, s’était adoucie, et les éclats de voix avaient laissé place à des conversations plus apaisées. Sélinam, après avoir été réprimandée par le pasteur et profondément touchée par les paroles de son mari, avait décidé de changer ses habitudes pour préserver son mariage.
Elle avait longuement médité sur les conseils de Sika : "La foi doit illuminer ta maison, et non la diviser. Ta mission commence auprès de ton mari, car c’est Dieu qui l’a mis sur ton chemin." Ces paroles résonnaient en elle, comme un rappel constant de ses responsabilités, non seulement en tant que prophétesse, mais aussi en tant qu’épouse.
Sélinam avait commencé par établir un emploi du temps rigoureux, où chaque aspect de sa vie trouvait sa place. Le matin, elle se levait à l’aube pour préparer le petit-déjeuner de son mari et organiser les tâches ménagères de la journée. La cuisine embaumait désormais des odeurs appétissantes, signe qu’elle prenait à cœur de cuisiner avec amour.
— "Merci, ma chérie," lui lançait souvent son mari en dégustant un repas chaud, le sourire aux lèvres.
Ensuite, elle s’occupait des corvées ménagères, veillant à ce que leur maison reste un havre de paix. Ce n’est qu’après ces obligations qu’elle se rendait à l’église, souvent en milieu d’après-midi. Là-bas, elle continuait à remplir son rôle de prophétesse avec dévouement, mais veillait toujours à rentrer avant le crépuscule.
Le soir, elle consacrait du temps à son mari et à ses enfants. Ils partageaient des moments simples mais précieux : des discussions sur leur journée, des rires autour d’un repas, ou parfois simplement le silence complice des personnes qui apprennent à se redécouvrir.
Pour son mari, cette transformation était une bénédiction. L’homme, qui avait auparavant envisagé de forcer sa femme à quitter l’église, se surprenait désormais à l’encourager dans ses activités religieuses.
— "Tu es devenue une femme équilibrée," lui dit-il un soir. "Je vois Dieu dans tes actions, pas seulement dans tes paroles."
Ces mots emplirent Sélinam de fierté. Elle se rendit compte que le véritable témoignage de sa foi résidait dans son comportement et dans l’amour qu’elle dispensait autour d’elle.
Le changement de Sélinam ne passa pas inaperçu dans l’église. Les autres femmes, qui avaient été témoins de ses excès dans le passé, étaient impressionnées par son équilibre retrouvé. Certaines venaient même la consulter pour obtenir des conseils sur la manière de gérer leurs propres foyers.
— "Sélinam, comment fais-tu pour tout concilier ?" lui demanda une fidèle un jour après la messe.
— "Avec Dieu, tout est possible," répondit-elle avec un sourire humble. "Et en écoutant aussi ceux qui nous aiment et veulent notre bien."
Le pasteur Sika, bien qu’il n’en fit pas étalage, était profondément satisfait de voir que son intervention portait ses fruits. Pour lui, cette réussite était une preuve supplémentaire que son rôle allait bien au-delà de la prédication : il était là pour guider ses fidèles dans tous les aspects de leur vie.
Avec le temps, la relation entre Sélinam et son mari se renforça. Les tensions disparurent, et leur maison devint un lieu où régnaient la paix et l’amour. Les défis n’étaient pas absents, mais ils les affrontaient ensemble, en équipe.
Pour Sélinam, cette période marquait une nouvelle étape dans sa vie. Elle avait appris qu’il était possible d’être une femme de foi tout en restant une épouse et une maîtresse de maison exemplaire. Elle savait désormais que son rôle de prophétesse commençait dans son propre foyer, et cela lui donnait une force nouvelle pour avancer.
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Le soleil était déjà haut dans le ciel lorsqu'une multitude de fidèles convergèrent vers l’église principale du pasteur Sika. Ce jour-là, l’église célébrait une grande fête marquée par des chants, des danses, et surtout une cause noble : la collecte de fonds pour construire une nouvelle église dans une ville voisine.
Les fidèles arrivaient en grand nombre, vêtus de leurs plus beaux habits, avec une ferveur palpable dans l’air. L’orchestre jouait des hymnes entraînants, et les choristes, en parfaite harmonie, envahissaient l’église de leurs voix angéliques.
Au centre de l’autel, le pasteur Sika, entouré de ses collaborateurs, observait la scène avec un sourire satisfait. La journée promettait d’être mémorable.
Après les longues heures de célébration, ponctuées de prédications passionnées et d'interprétations bibliques inspirantes, le moment tant attendu arriva. Le pasteur Sika, vêtu de son habit sacerdotal immaculé, se leva, un micro en main. Sa voix, douce mais assurée, résonna dans toute l’assemblée.
— "Mes bien-aimés dans le Seigneur, aujourd'hui est un jour spécial. Nous avons été bénis ici à Lomé, mais il est temps d’étendre la lumière de Dieu à d’autres régions. Nous voulons construire une église à Atakpamé pour nos frères et sœurs. Cette vision ne peut se réaliser sans votre soutien. Montrez votre foi à travers vos actes."
Des murmures parcoururent la salle. Les fidèles savaient que le moment de prouver leur engagement était arrivé.
Les enchères commencent
Un collaborateur du pasteur se leva et annonça :
— "Nous ouvrons officiellement la collecte des dons et des enchères. Que chacun donne selon son cœur et sa foi !"
Les enchères débutèrent dans une ambiance chargée d’émotion et de compétition. Une main se leva :
— "Je donne un million !" lança une voix masculine.
Des applaudissements éclatèrent, suivis de quelques cris d’approbation.
Puis une autre main :
— <<Deux millions>> déclara une femme, sûre d’elle.
Le pasteur Sika, les yeux brillants, hochait la tête avec satisfaction à chaque annonce. Les montants montaient rapidement, atteignant des sommes colossales. La ferveur montait également dans l’assemblée, chacun voulant prouver sa foi et son engagement envers l’œuvre de Dieu.
Sélinam, assise au deuxième rang, observait la scène avec attention. Depuis sa transformation et son engagement renouvelé envers son foyer et l’église, elle ressentait une gratitude profonde envers Dieu. Elle voulait participer à ce projet avec éclat.
Soudain, elle leva la main avec assurance. Tous les regards se tournèrent vers elle. Elle se leva et déclara :
— <<Pour la gloire de Dieu, je m’engage à donner cinq millions de francs CFA !>>
Un silence stupéfait s’abattit sur la salle pendant quelques secondes, avant qu’une vague d’applaudissements et d’acclamations ne remplisse l’église.
— <<Alléluia !>> s’exclama le pasteur Sika, les bras levés vers le ciel. <<Dieu bénira ton acte, ma sœur. Ce geste est une preuve de foi inébranlable.>>
Sélinam, le visage rayonnant, avança jusqu’à l’autel pour signer un chèque devant toute l’assemblée. Les fidèles la félicitèrent chaleureusement, certains la voyant désormais comme une figure de générosité et de foi exemplaire.
Les enchères se poursuivirent encore un moment, mais le don de Sélinam resta dans tous les esprits. Les fidèles discutaient entre eux, louant son geste audacieux.
— <<Elle est vraiment bénie,>> murmura une femme à sa voisine.
— <<C’est une femme de foi, et Dieu la récompensera sûrement,>> répondit l’autre.
Le pasteur Sika, de son côté, ne pouvait cacher sa satisfaction. La journée avait été un succès, et grâce à des dons comme celui de Sélinam, la construction de la nouvelle église semblait déjà à portée de main.
Lorsque les enchères prirent fin, le pasteur pria longuement pour tous ceux qui avaient donné, bénissant leurs vies et leurs familles.
Pour Sélinam, ce geste était plus qu’un simple don : c’était une manière de remercier Dieu pour tout ce qu’elle avait reçu et de marquer son engagement envers l’église.
Le culte terminé, Sélinam et son mari Kodjo prirent le chemin de leur maison. Kodjo semblait étrangement silencieux, son visage fermé trahissant un mélange de frustration et d’inquiétude. Sélinam, elle, rayonnait de satisfaction, certaine d’avoir accompli un acte de foi mémorable.
Une fois rentrés, après avoir pris leur déjeuner dans un silence tendu, Kodjo décida de briser le silence.
— <<Sélinam, il faut qu’on parle.>>
Elle le regarda, perplexe.
— <<Oui, bien sûr. Que se passe-t-il ?>>
Kodjo s’assit en face d’elle, les bras croisés, un ton sérieux dans la voix.
— <<C’est à propos de ta donation de ce matin.>>
— <<Oh, Kodjo, je savais que tu allais en parler. C’était un acte de foi. Dieu va nous bénir au centuple pour ça !>>
Il hocha la tête, frustré, avant de poursuivre.
— <<Sélinam, tu sais très bien qu’on avait convenu de ne pas toucher à notre compte commun. C’est l’argent que nous avons mis de côté pour les études de nos enfants. Pourquoi as-tu pris une telle somme sans m’en parler ? Cinq millions, Sélinam ! Ce n’est pas rien !>>
Elle haussa les épaules, les yeux brillants d’assurance.
— <<Kodjo, cet argent appartient à Dieu. Nous avons déjà donné cinq cent mille francs, mais je voulais faire un geste significatif, un geste qui montre notre foi et notre gratitude envers le Seigneur.>>
Kodjo se leva brusquement, en colère.
— <<Un geste significatif ?! Mais à quel prix, Sélinam ? Tu as vidé notre compte, un compte que nous avons construit pour l’avenir de nos enfants. Comment peux-tu justifier cela ?>>
— <<Kodjo, tu ne comprends pas. Ce n’est pas une perte. C’est une semence pour le Royaume de Dieu. Il est écrit que celui qui donne sans compter sera béni abondamment.>>
Il éclata, incapable de contenir sa colère.
— <<Arrête de me parler comme si je ne connaissais pas Dieu ! Je suis aussi un croyant, mais ça… ça, c’est de l’irresponsabilité ! Tu savais qu’on avait des projets pour cet argent. Pourquoi ne m’en as-tu pas parlé avant de prendre cette décision ?>>
— <<Parce que je savais que tu ne comprendrais pas,>> répliqua-t-elle, défiant son regard.
La discussion continua dans un échange de reproches de plus en plus vifs. Kodjo, outré, lui rappela qu’ils avaient déjà fait une donation conséquente et que son acte mettait en péril leur sécurité financière. Sélinam, quant à elle, restait campée sur sa position, convaincue que son geste allait attirer des bénédictions infinies.
— <<Tu es devenue obsédée par cette église, Sélinam ! Tu passes plus de temps là-bas qu’à t’occuper de ta propre famille. Et maintenant, tu mets en péril notre avenir ! Ce n’est pas ça, la foi !>>
Elle rétorqua avec véhémence :
— <<Tu parles comme un homme qui doute de Dieu, Kodjo. Si tu avais un peu plus de foi, tu comprendrais mon acte !>>
La dispute dura de longues minutes, chacun refusant de céder. Finalement, Kodjo, excédé, quitta la pièce, laissant Sélinam seule avec ses pensées.
Ce soir-là, après avoir mis les enfants au lit, Sélinam, toujours bouleversée, se rendit discrètement chez le pasteur Sika.
Elle frappa doucement à sa porte. Le pasteur, surpris de la voir à une heure aussi tardive, l’accueillit chaleureusement.
— <<Ma sœur Sélinam, que fais-tu ici à cette heure ?>> demanda-t-il.
Elle baissa les yeux, visiblement troublée.
— <<Pasteur, je suis venue vous parler… C’est urgent.>>
— <<Entre, ma fille. Que se passe-t-il ?>>
Assise dans le salon du pasteur, Sélinam raconta tout, depuis la collecte de fonds jusqu’à la dispute avec Kodjo. Elle expliqua son acte, ses motivations, et la réaction de son mari.
Le pasteur l’écouta attentivement, hochant la tête de temps en temps. Lorsqu’elle eut fini, il soupira profondément.
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Depuis son retour à Lomé, Ethiam retrouvait peu à peu sa tranquillité d’esprit. Assis sur la terrasse de sa luxueuse maison à Avépozo, une tasse de café à la main, il profitait de la fraîcheur matinale tout en contemplant son jardin soigneusement entretenu. Cela faisait plusieurs jours qu’il avait enterré la mystérieuse sacoche dans la forêt reculée de Tsévié. À son grand soulagement, elle n’était plus réapparue dans la maison, comme si ce chapitre troublant de sa vie appartenait désormais au passé.
Le poids qui pesait sur ses épaules semblait s’être allégé. Pour la première fois depuis longtemps, il se permit un sourire sincère, convaincu qu’il avait enfin mis fin à cette série d’événements perturbants. Il se sentait à nouveau maître de son univers, riche et puissant, prêt à avancer sans entrave.
Les journées d’Ethiam reprirent leur cours habituel. Il passait ses matinées à sillonner ses magasins de quincaillerie, supervisant les employés, vérifiant les stocks et ajustant les comptes. L’après-midi, il se consacrait à des réunions avec ses fournisseurs ou prenait du temps pour lui, se plongeant dans ses leçons de français pour améliorer encore sa maîtrise de la langue.
Chaque soir, après une journée bien remplie, il s’allongeait sur son divan en cuir, satisfait de ses accomplissements. Il repensait parfois à tout ce qu’il avait traversé pour arriver à ce niveau de vie : les sacrifices, les décisions difficiles, et bien sûr, ce que certains auraient qualifié de « péchés ». Mais pour Ethiam, tout cela faisait partie du jeu.
Alors qu’il dégustait un dîner raffiné dans sa salle à manger illuminée par un lustre élégant, Ethiam se laissait aller à ses pensées. Il se félicitait de sa capacité à se débarrasser des problèmes qui se dressaient sur son chemin.
— "Rien ne peut m’arrêter," murmura-t-il pour lui-même, son regard se perdant sur les reflets dorés des couverts en argent.
La sacoche, avec ses secrets et ses mystères, était devenue un souvenir lointain, presque irréel. Ethiam se disait que ce n’était probablement rien de plus qu’un mélange de fatigue et d’imagination qui avait amplifié son inquiétude.
Pourtant, malgré ce soulagement apparent, une part infime de lui restait en alerte. Cette expérience l’avait marqué plus profondément qu’il ne voulait l’admettre. Par moments, dans le silence de la nuit, il se réveillait en sursaut, le cœur battant, comme si un danger invisible rôdait autour de lui. Mais chaque fois, il se rassurait, se disant que tout était fini.
Ce soir-là, en se glissant dans son lit, Ethiam jeta un dernier regard à son intérieur impeccable. Il éteignit les lumières, ferma les yeux et, pour la première fois depuis des semaines, trouva un sommeil paisible, convaincu que les ombres de son passé étaient définitivement enterrées… tout comme la sacoche
Écrit par Koffi Olivier HONSOU.
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