
Chapitre 1
Write by Verdo
Jrentrais de l’université, tout essoufflé. La journée avait été très épuisante et mon pire cauchemar était le fait que j’avais raté le bus du campus qui devait me ramener à la maison. J’essayai alors l’auto-stop. C’était la première fois que je faisais un truc de ce genre. Je me souviens bien que je me moquais des personnes qui se retrouvaient dans cette situation. Je les jugeais sans connaître les raisons qui les poussaient à agir ainsi. Me voilà aussi tout engouffré là-dedans avec une gêne pas possible. J’avais honte intérieurement mais c’était peut-être le seul moyen pour moi d’arriver à bon port avant la nuit tardive.
Je passai une quarantaine de minutes au bord de la route déserte, dans le noir absolu. Je commençais à vraiment flipper. J’eus alors l’idée de marcher pour ne pas être surpris par le temps au cas où aucun véhicule ne passait par là. Quelques minutes plus tard, j’aperçus de loin par derrière les phares d’une voiture qui s’approchait à grande vitesse. Je secouai mes mains afin que le conducteur puisse me repérer ; ce qui fut le cas.
En quoi puis-je vous aider ? Me lança une voix féminine au volant.
J’avais du mal à repérer son visage dans le noir. Il y avait également une autre personne assise à côté d’elle.
Je m’appelle Thierry et j’ai besoin de votre aide madame s’il vous plaît. Lui répondis-je avec une voix calme et respectueuse.
J’ai du mal à vous cerner monsieur. Pourriez-vous être un peu plus explicite ? Continua-t-elle, l’air troublée.
D’accord, pourriez-vous me dépanner s’il vous plaît ? je suis étudiant. J’ai raté mon bus. Je vais à Apédokoe.
Désolé monsieur, nous n’allons pas jusqu’à Apédokoe. Nous allons à Adidogomé-douane.
D’accord madame. Il n’y a pas de soucis. Je vous remercie pour votre considération…
Dagan, s’il te plaît. Et si on le déposait à Adidogomé-douane? Il va se débrouiller par la suite. Il a l’air d’avoir vraiment besoin d’aide. Intervint l’autre qui était assise à côté d’elle.
Bon si tu le dis…Vous pouvez monter monsieur. Me dit-elle en se retournant vers moi.
Elle m’aida avec la portière arrière puis je pris place. Je les remerciai.
Durant tout le trajet, je restai silencieux. Je ne voulais pas m’interférer quand bien même qu’elles discutaient aisément entre elles. Après les avoir longuement écoutées discuter, j’en déduis qu’elles étaient sœurs et celle qui conduisait le véhicule était l’aînée…
Alors monsieur Thierry, qu’étudiez-vous au campus ? Me lança la grande sœur.
Je suis en troisième année de FASEG ; Faculté des Sciences et de Gestion.
C’est super. Et ça se passe bien ?
Oui. Ça va à la togolaise.
D’accord. Excuse-moi pour le fait que j’ai refusé au premier abord de te dépanner. Je n’ai pas l’habitude de remorquer des étrangers. C’est ma première fois et tout cela grâce à ma petite sœur. Je m’appelle Yawavi (nom donné aux femmes nées le jeudi chez les EWE du Togo) et elle, c’est Sena, ma petite sœur. C’est un plaisir pour nous de faire votre connaissance.
Le plaisir est partagé mesdames.
Nous discutâmes de tout et de rien. Elles me déposèrent plutôt à ma devanture. Je les remerciai une fois encore puis nous nous quittâmes.
C’était vraiment un plaisir de faire leur connaissance.
À peine que je fis quelques pas que j’entendis quelqu’un m’appeler par derrière. C’était Sébastien , mon meilleur ami. Je ne pensais pas le voir aussitôt. Il m’avait informé qu’il serait en famille ce week-end.
Sébastien ? Mais qu’est-ce que tu fais là ? Lui demandai-je, très surpris.
Je dois te parler Thierry. S’il te plaît c’est urgent. Est-ce qu’on peut rentrer ?
Si si. Allons -y.
Une fois à l’intérieur.
J’ai accompagné Akpedzé à l’hôpital pour qu’elle avorte.
Avorter ? Dis-je en sursautant de ma chaise depuis là où j’étais assis.
Ne crie pas s’il te plaît. Quelqu’un pourrait nous entendre. C’est elle qui a insisté. Elle m’a clairement dit qu’elle n’était pas prête pour avoir un enfant. Et aussi, sa famille n’accepterait pas le fait qu’elle soit tombée enceinte avant le mariage.
Mais Sébastien, je ne comprends pas. Comparativement à moi, tu as déjà un travail qui te permet d’ajuster les fins du mois même si ce n’est pas encore ce que tu désires. Tu as au moins un salaire. Pourquoi avorter donc ? Nous ne sommes plus dans l’adolescence. En ce vingt et unième siècle, les mentalités ont changé. Être enceinte avant le mariage ne constitue plus un crime.
Je comprends tout ce que tu me dis cher ami. Ça n’a pas été facile pour moi mais c’était sa décision et je ne pouvais rien faire.
Je ne crois pas Tchaley (mec). Tu es aussi responsable de cet enfant dont vous vous êtes débarrassé comme un chiffon.
S’il te plaît arrête d’enfoncer le couteau dans la plaie. Je souffre assez déjà.
J’ai une solution pour toi pour que ces genres de situations ne se reproduisent plus.
Et qu’est-ce que tu me proposes ?
Suis mon raisonnement. Akpedzé dit que sa famille ne sera pas contente de sa grossesse parce qu’elle ne s’est pas encore mariée. Pourquoi ne vas-tu pas voir ses parents et si possible faire le KO KO KO (Premier pas)? Ça fait longtemps que vous vivez ensemble sous le même toit.
J’y ai pensé mais…
Mais quoi ? Qu’est-ce qui t’en empêche ? Ça fait pratiquement deux ans qu’elle est venue s’installer chez toi à l’insu de sa famille. S’il lui arrivait quelque chose, je t’assure que tu ne t’en sortiras pas hein. Le mieux c’est d’aller voir sa famille.
Sébastien resta muet comme une tombe pendant quelques minutes avant de dire qu’il réfléchirait bien à ce que je lui ai dit.
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Je m’appelle Thierry ALLAGBE et comme présenté tout haut, je suis étudiant en fin de cursus à la FASEG, université de Lomé. Je suis le benjamin d’une famille de six enfants. J’ai vingt-sept ans et j’habite la maison familiale. Mon père est retraité et ma mère est une commerçante. Bref nous sommes une famille modeste. Il y a un an, mon père a déménagé à Kpalimé avec sa nouvelle femme pour profiter de sa retraite méritée. Quant à ma mère, elle a construit dans sa ville natale Aného où elle y a également déménagé pour s’occuper de son commerce. Notons qu’ils ne sont plus ensemble. Pour donner suite à de nombreux malentendus et des disputes à couper le souffle, ils ont tous les deux décidé de se séparer, ce qui fut fait. Mes frères ont déjà fondé leur famille. J’habite donc avec certains cousins dans la maison familiale. J’espère aussi vivement déménager d’ici quelques temps après avoir trouvé un bon travail. Pour le moment, je me contente des cours de répétition à domicile.
Sébastien, c’est mon ami d’enfance. Nous avons tous les deux grandi et fréquenté ensemble. Contrairement à moi, il est issu d’une famille aisée. Mais pour grandir dans la vie, il ne faut pas compter à cent pour cent sur les réalisations de ses parents. Pour ce fait, après sa licence en droit public à l’université, ne trouvant pas de travail, il s’est fait former en infirmerie. C’est ce domaine qui l’a débauché et il est aujourd’hui un assistant médical dans une petite clinique à Baguida. Akpedzé est sa petite amie. Ils se sont rencontrés à la formation et ils ont sympathisé. Plus tard, ils se sont mis ensemble. Elle emménagea chez lui après plusieurs discussions…
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Thierry, on s’était mis d’accord sur dix-huit heures. Regarde l’heure à laquelle tu es arrivé !
Je suis désolé monsieur Gervais. J’ai eu un empêchement de dernière minute, raison de mon retard. Je suis vraiment désolé.
Okay. J’ai compris. Mais sache que je vais déduire ça de ta paye. Et ne me refait plus un coup pareil. Allez, les invités attendent d’être servis. Enfile cette tenue et au boulot.
Monsieur Gervais est très rigoureux en matière de travail. Il ne tolère pas les petites erreurs. Je n’ai même pas pris le temps de lui expliquer la raison de mon retard. Si et seulement s’il savait que j’avais passé toute la journée à l’hôpital avec Sébastien et Akpedzé, il ne penserait pas à prélever ce retard sur ma paye. Mais au fond, ce n’est pas quelqu’un de compliqué. Il avait souvent l’habitude de m’appeler pour des petites tâches que je lui faisais. Et ce soir, c’était la réception du mariage de son unique fille. Il ne voulait aucune erreur. En gros, tout devait être parfait pour lui.
J’allai au vestiaire du mini bar où je devais servir les invités et me changeai. Quelques minutes plus tard, je me retrouvais au comptoir. Il y avait énormément de monde que j’avais du mal à m’en sortir. Néanmoins, j’avais gardé mon calme et je faisais de mon mieux.
Vous voulez un coup de main ? Me lança une voix par derrière.
Je me retrouvai nez à nez avec Sena lorsque je me retournai.
Madame Sena ! Dis-je en écarquillant les yeux. Mais qu’est-ce que vous faites ici ?
D’abord, je ne suis pas madame. Rectifia-t-elle. Je m'appelle Sena. On peut se tutoyer. C’est ma meilleure amie qui s’est mariée. C’est normal que je sois présente. Et toi ? Qu’est-ce que tu fais ici ?
Comme tu peux le remarquer, je suis le garçon de la soirée. Je connais bien monsieur Gervais. C’est lui qui m’a embauché.
D’accord. Je vois que tu as du mal à gérer tout ce monde. Alors laisse-moi te filer un coup de main.
Je ne crois pas que monsieur Gervais apprécierait cela.
Non. Ne t’inquiète pas. Je suis de la maison. Je vais gérer….
Elle m’aida une bonne demi-heure avant de regagner sa place. Je me suis débrouillée le reste de la soirée.
Tu t’es bien débrouillé ce soir et je te remercie. Me confia monsieur Gervais lorsque tous les invités furent partis.
Je n’ai fait que mon devoir monsieur. Lui répondis-je.
En fait, continua-t-il, j’ai une bonne nouvelle pour toi. J’ai un contact dans une usine de mine à Tabligbo et je t’ai dégoté un entretien d'embauche la semaine prochaine. Voici son numéro. Appelle-le et programmez cela. Bonne chance pour la suite.
Abasourdie, je fus momentanément mort de surprise. Je me mis à genoux pour le remercier mais il me fit comprendre que cela n’était pas nécessaire. Je n’en croyais pas mes yeux. Quand je me rappelle le nombre de fois où j’avais effectué des dépôts de dossiers de stage dans les entreprises de la place sans réponses.
Je venais de passer d’inoubliables moments. L’air gai, je quittai le domicile de monsieur Gervais. Je me perdis longuement dans mes pensées. Je m’imaginais déjà dans un bureau devant un ordinateur en train de bosser comme un dingue. J’avais également pensé au salaire et tout ce que je pouvais accomplir avec. Construire une maison, fonder une famille, acheter une voiture ; bref, j’étais tellement englouti dans mes pensées que je ne sus pas que l’on m’appelait. Ce ne fut que lorsqu’on me tapota l’épaule que je revins sur terre. C’était Sena.
Ai…de moi s’il…te plaît. Balbutia-t-elle.
Mais qu’est-ce qui se passe ? qu’est-ce que tu as ?
Je ne finis pas d’articuler avant qu’elle ne s'effondre dans mes bras, toute pâle et très faible avec une respiration sifflante. Elle me communiqua difficilement qu’elle avait de la ventoline dans son sac à main dans sa voiture. Je l’aidai à s’allonger au sol en position latérale de sécurité et accourus jusqu’à sa voiture. Une fois la portière ouverte, je farfouillai du regard les sièges afin de retrouver son sac à main. Je le retrouvai sur le siège arrière. J’y cherchai à l’intérieur la ventoline que je saisis.
Une fois auprès d’elle.
Elle avait les yeux fermés et respirait à peine. Je lui tapotai légèrement le bras pour qu’elle se réveille ; ce qu’elle fit difficilement. Je secouai la Ventoline de haut en bas puis lui ordonnai gentiment d’essayer d’expirer profondément. Elle ouvrit ensuite la bouche, j’y insérai la Ventoline…
Elle commença à retrouver son souffle et un peu de force. Je m’assis auprès d’elle au sol pendant qu'elle essayait également de s'asseoir. Nous regardâmes tous les deux dans le vide puis soudainement, je sentis sa main sur mon épaule.
Merci de m’avoir sauvée Thierry. Je te remercie du fond de mon cœur.
Ne me remercie pas Sena. J’avais l’obligation de te venir en aide. Remercions le ciel que rien de grave n’est arrivé. Ça peut aller ?
Oui. Je crois. Aide-moi à me relever s’il te plaît.
Elle n’arrivait pas à bien se tenir sur ses deux pieds.
Tu ne peux pas conduire Sena. Lui dis-je après l’avoir longuement observée.
Non. Ne t’inquiète pas. Je peux me débrouiller.
J’insiste. Je ne peux pas te laisser conduire dans cet état. Si quelque chose t’arrivait, je ne pourrais jamais me le pardonner. Écoute, j’ai le permis de conduire. Permets-moi de te raccompagner.
Euh…
S’il te plaît.
Bon d’accord. Voici la clé du véhicule. Fais gaffe sinon Yawavi va te tuer. C’est sa voiture.
Tu n’as pas à t’en faire. J’irai à pas de caméléon…
À suivre…
Écrit par Koffi Olivier HONSOU.
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