
Chapitre 3
Write by Verdo
Les jours passaient, mais la maison de Kodjo et Selinam n’était plus le havre de paix qu’elle avait été autrefois. Depuis l’incident du don de cinq millions à l’église, Kodjo avait du mal à contenir sa colère et son ressentiment. Même les moments de silence entre eux semblaient lourds, remplis de reproches non exprimées.
Selinam, de son côté, ne faisait aucun effort pour apaiser la situation. Elle avait progressivement repris ses anciennes habitudes, passant plus de temps à l’église qu’à la maison. Dès le lever du jour, elle partait pour les réunions de prière, les séances de prophétie ou pour accompagner le pasteur Sika dans ses déplacements. Les tâches ménagères étaient reléguées au second plan, et les rares moments où elle était à la maison, elle les passait à prier ou à lire la Bible dans un coin, ignorant complètement son mari.
Un soir, Kodjo rentra du travail épuisé et trouva la maison dans un état lamentable. La table n’était pas dressée, la vaisselle de la veille traînait encore dans l’évier, et l’odeur de nourriture manquait cruellement. Il fronça les sourcils, cherchant sa femme.
— Selinam ! appela-t-il d’une voix forte.
Pas de réponse. Il monta à l’étage et la trouva dans la chambre, agenouillée, les mains jointes, murmurant une prière. Kodjo sentit la colère monter.
— Selinam, est-ce que tu comptes seulement t’occuper de cette maison un jour ? Est-ce que je suis censé rentrer du travail et vivre dans un chaos pareil ?
Selinam leva les yeux vers lui, l’air agacée.
— Kodjo, je fais l’œuvre de Dieu. Tu ne comprends pas l’importance de ma mission.
— Ton "œuvre de Dieu" ? rétorqua Kodjo. Et notre maison ? Et notre mariage ? Est-ce que Dieu t’a demandé de négliger ton mari et ton foyer ?
La discussion tourna rapidement en dispute. Kodjo rappela à Selinam qu’il n’avait toujours pas digéré le fait qu’elle ait vidé leur compte pour un don à l’église, mettant en péril l’avenir de leurs enfants.
— Cinq millions, Selinam ! s’emporta-t-il. Cinq millions que nous avions mis de côté pour l’éducation de nos enfants ! Est-ce que tu te rends compte de ce que tu as fait ?
— Tu ne comprends pas, Kodjo, répliqua-t-elle. Ce don était pour la gloire de Dieu. Et je suis sûre qu’Il nous le rendra au centuple.
— Au centuple ? gronda Kodjo. Pendant ce temps, nos enfants risquent de ne pas avoir les moyens d’aller à l’université. C’est ça, ta foi ?
Selinam, exaspérée, secoua la tête et se leva.
— Kodjo, je refuse de me disputer avec toi sur des choses spirituelles. Si tu ne veux pas comprendre, c’est ton problème.
Elle quitta la pièce en claquant la porte, laissant Kodjo seul, furieux et impuissant.
Au fil des jours, la distance entre eux ne faisait que grandir. Selinam semblait désormais plus proche du pasteur Sika que de son propre mari. Kodjo remarqua qu’elle passait des heures à échanger des messages ou à répondre à ses appels. Elle parlait de lui avec une admiration presque exagérée, décrivant Sika comme <<un homme choisi par Dieu>> et <<un guide spirituel exceptionnel>>.
Kodjo, en silence, observait cette dérive. Chaque nouvelle preuve de cette proximité le rendait plus amer. Il se sentait relégué au second plan, comme si son rôle de mari n’avait plus aucune importance pour Selinam.
Un soir, Kodjo prit une décision. Il allait poser un ultimatum. Il ne pouvait plus tolérer que sa femme se perde dans un fanatisme qui détruisait leur famille.
Mais au fond de lui, une question le hantait : était-il déjà trop tard ? Selinam, si absorbée par sa "mission divine", serait-elle seulement prête à écouter ? Ou bien le couple était-il sur le point de se briser définitivement ?
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Kodjo, rongé par la colère et le désespoir, décida de franchir une étape qu’il aurait préféré éviter. Il savait que sa femme, Selinam, était sous l’influence totale du pasteur Sika, et il était conscient que discuter directement avec lui risquait d’être un défi. Mais il ne voyait pas d’autre solution. Il devait récupérer une partie des cinq millions que Selinam avait retirés de leur compte commun.
Un dimanche matin, après le culte, Kodjo attendit patiemment que la foule de fidèles quitte l’église. Lorsque le pasteur Sika se retrouva enfin seul, il s’avança. Le pasteur, vêtu de sa robe blanche immaculée, un large sourire sur le visage, semblait surpris de voir Kodjo.
— Monsieur Kodjo, quelle surprise ! Que puis-je faire pour vous ? demanda-t-il d’une voix chaleureuse.
Kodjo s’efforça de rester calme, même si une colère sourde bouillonnait en lui.
— Pasteur, je viens pour parler d’une affaire sérieuse, dit-il en baissant légèrement la voix.
Sika fronça les sourcils mais lui fit signe de le suivre dans son bureau. Une fois à l’intérieur, il s’assit derrière son grand bureau en bois massif et invita Kodjo à prendre place.
— Alors, de quoi s’agit-il ?
Kodjo prit une profonde inspiration avant de parler.
— Pasteur, vous savez que ma femme, Selinam, a fait une donation de cinq millions lors de la collecte de fonds pour la nouvelle église.
— Oui, bien sûr. C’était un geste magnifique, une véritable preuve de foi, répondit Sika en souriant.
— Eh bien, pasteur, cet argent provenait de notre compte commun, dit Kodjo, tentant de rester courtois. Ce compte était destiné à l’éducation de nos enfants. Je suis venu vous demander, humblement, de bien vouloir nous restituer au moins une partie de cet argent.
Le sourire du pasteur disparut instantanément, remplacé par une expression de froideur.
— Monsieur Kodjo, vous plaisantez, j’espère ?
— Non, pasteur. Je suis très sérieux. Nous avons déjà donné une contribution de cinq cent mille francs. Cinq millions, c’est beaucoup pour nous.
Le pasteur Sika se leva brusquement, frappant son bureau de ses deux mains.
— Avez-vous la moindre idée de ce que vous êtes en train de dire ? s’écria-t-il. Vous osez demander de l’argent à la maison du Seigneur ?
Kodjo, surpris par cette réaction, tenta de s’expliquer.
— Pasteur, je ne veux pas être irrespectueux. Je suis simplement un père inquiet pour l’avenir de ses enfants.
Mais Sika ne l’écoutait plus.
— Avare ! lança-t-il avec mépris. Vous n’êtes qu’un avare, incapable de comprendre la grandeur du sacrifice que votre femme a fait pour l’œuvre de Dieu. Savez-vous combien de bénédictions ce don apportera à votre famille ? Et vous, vous venez réclamer cet argent comme si c’était un prêt ?
Kodjo, choqué par ces paroles, sentit sa colère monter.
— Ce n’est pas une question de bénédiction, pasteur. C’est une question de survie pour ma famille. Vous avez déjà reçu beaucoup de notre part. Cinq millions, c’est une somme énorme.
Le pasteur croisa les bras, son regard devenant encore plus sévère.
— Monsieur Kodjo, laissez-moi être clair. Cet argent appartient maintenant à Dieu, et il est impossible de vous restituer quoi que ce soit. Votre comportement est intolérable dans la maison du Seigneur. Si vous n’avez pas la foi, c’est votre problème, mais je ne permettrais pas que vous salissiez l’œuvre divine avec votre avarice.
Kodjo sentit un mélange de colère, de tristesse et de frustration l’envahir. Il se leva lentement, regardant le pasteur droit dans les yeux.
— Très bien, pasteur, dit-il d’une voix tremblante. Mais sachez que ce que vous faites ici n’est pas juste.
Sans attendre une réponse, il quitta le bureau, le cœur lourd. Alors qu’il sortait de l’église, il sentit les regards des fidèles sur lui, comme s’ils savaient ce qui venait de se passer.
Sur le chemin du retour, Kodjo se demanda s’il avait fait une erreur en venant voir Sika. Mais au fond de lui, il savait qu’il avait tenté tout ce qui était en son pouvoir pour protéger sa famille. Il réalisa alors que la véritable bataille ne faisait que commencer…
Les jours sombres s’abattirent sur la vie de Kodjo après que son entreprise eut fermé ses portes. Ce fut une période difficile, non seulement à cause de la perte de son emploi, mais aussi en raison des tensions croissantes au sein de son foyer. En tant que directeur respecté, il avait longtemps porté le fardeau financier de sa famille avec fierté, mais désormais, il était confronté à une réalité cruelle : l’incertitude, la frustration et une femme qui semblait insensible à leur situation.
Chaque matin, Kodjo se levait tôt pour chercher des opportunités d’emploi. Il envoyait des CV, contactait d’anciens collègues et se rendait à des entretiens sans succès. L’argent économisé sur leur compte commun, qui aurait pu les aider à traverser cette période, n’existait plus. Selinam l’avait offert à l’église, et maintenant, Kodjo devait jongler avec les maigres revenus restants pour subvenir aux besoins de ses enfants.
Pendant ce temps, Selinam paraissait indifférente à leurs difficultés. Elle passait de moins en moins de temps à la maison, préférant accompagner le pasteur Sika dans ses multiples activités. Que ce soit pour des cultes, des séminaires ou des visites dans d’autres églises, elle était constamment à ses côtés.
Un soir, Kodjo, épuisé par les tensions, décida de confronter sa femme.
— Selinam, il faut qu’on parle, dit-il d’une voix grave.
Elle, assise dans le salon, les jambes croisées et le regard fixé sur son téléphone, leva à peine les yeux vers lui.
— Qu’est-ce qu’il y a encore, Kodjo ? demanda-t-elle, exaspérée.
— Tu ne te rends pas compte de ce qui se passe ici ? Notre famille est en train de sombrer, et toi, tu agis comme si tout allait bien.
Selinam soupira, posa son téléphone et se redressa.
— Kodjo, écoute-moi bien. Si tu es incapable de subvenir à nos besoins, ce n’est pas ma faute. Je fais ce que je peux pour aider le pasteur dans son ministère.
— Aider le pasteur ? rétorqua Kodjo, une pointe de colère dans la voix. Tu passes tout ton temps avec lui, et nous, ta famille, nous passons en dernier. Tu ne t’occupes même plus des enfants.
Elle le regarda avec mépris.
— Et toi, que fais-tu ? Tu restes là à te plaindre alors que tu es incapable de trouver un nouveau travail. Tu es devenu un poids pour cette maison.
Les paroles de Selinam frappèrent Kodjo comme un coup de poignard. Il resta figé, choqué par son indifférence.
— Tu sais quoi, Selinam ? Je ne te reconnais plus, murmura-t-il avant de quitter la pièce.
Les absences fréquentes de Selinam et sa proximité avec le pasteur Sika commencèrent à faire jaser dans le quartier. Les voisins, les membres de l’église et même les commerçants évoquaient des rumeurs selon lesquelles leur relation allait au-delà de la simple collaboration spirituelle.
— Tu as entendu ? Selinam et le pasteur sont toujours ensemble, chuchotait une voisine à une autre.
— Oui, on dirait qu’elle a oublié qu’elle est mariée, ajouta une autre en riant.
Kodjo, bien qu’il tentât d’ignorer ces ragots, ne pouvait empêcher les murmures de l’atteindre. Il les entendait partout, et cela ne faisait qu’alimenter sa colère et son désespoir.
Selinam, de son côté, n’essayait même plus de cacher son mépris pour son mari. Lorsqu’il tentait de discuter avec elle, elle l’interrompait brutalement.
— Écoute, Kodjo, je n’ai pas de temps à perdre avec tes lamentations, disait-elle souvent.
Leurs enfants, témoins de ces disputes incessantes, commençaient à s’éloigner, préférant se réfugier dans leurs chambres pour échapper à l’atmosphère tendue de la maison.
Chaque jour, Kodjo se sentait de plus en plus isolé. Il était pris au piège dans une maison où il n’était plus respecté, dans une vie où il n’avait plus de contrôle. Le regard froid de Selinam, les murmures des voisins et les besoins pressants de ses enfants le hantaient.
Il se demandait comment ils en étaient arrivés là. Une famille qui semblait autrefois solide était maintenant en ruines, et l’église, qui était censée être un lieu de réconfort, était devenue la source de leur malheur. Kodjo savait qu’il devait agir, mais il ne savait pas encore comment.
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Le soleil tapait fort ce jour-là sur Lomé, enveloppant la ville dans une chaleur moite. Ethiam, comme à son habitude, parcourait ses différents magasins pour s'assurer que tout fonctionnait correctement. Lorsqu'il arriva devant son plus grand magasin, celui d'Adidogomé, une scène particulière attira son attention.
Une jeune femme, vêtue d'une robe simple mais élégante, discutait avec le gérant. Ses gestes, précis et déterminés, dénotaient une certaine assurance. Ethiam s'approcha doucement, curieux de comprendre ce qui se passait.
— Monsieur, c'est la cliente dont je vous ai parlé, chuchota le gérant en s'adressant à Ethiam. Elle a déjà dépensé une somme importante aujourd’hui.
Intrigué, Ethiam observa la femme plus attentivement. Elle tenait un carnet dans une main et un téléphone dans l'autre, vérifiant les commandes qu’elle passait pour la construction d’une maison.
— Madame, bonjour, dit-il avec un sourire chaleureux. Je suis Ethiam, le propriétaire de cet établissement. Permettez-moi de vous remercier pour votre confiance en nos services.
La jeune femme leva les yeux et lui adressa un sourire poli.
— Bonjour, Monsieur Ethiam. Je m'appelle Ayélévi. Merci à vous pour la qualité de vos produits. Ils sont exactement ce dont j'avais besoin pour ma construction.
— C’est un plaisir de vous servir, répondit Ethiam. Si je ne suis pas indiscret, vous construisez une maison ?
— Oui, dit-elle en riant doucement. Une grande maison pour ma famille. C’est un projet qui me tient à cœur depuis plusieurs années.
La conversation se poursuivit quelques minutes, et Ethiam, charmé par la simplicité et l’assurance d’Ayélévi, décida d’aller plus loin.
— Écoutez, Madame Ayélévi, cela me ferait plaisir de discuter davantage avec vous. Si vous n’y voyez pas d’inconvénient, permettez-moi de vous inviter à prendre un pot.
Ayélévi sembla hésiter un instant, puis hocha la tête.
— D’accord. Cela pourrait être agréable.
Ils se retrouvèrent un peu plus tard dans un café chic non loin du magasin. Ethiam, toujours impressionné par l’aura d’Ayélévi, profita de l’occasion pour en savoir davantage.
— Alors, dites-moi, comment avez-vous eu l’idée de construire une maison d’une telle envergure ?
Ayélévi prit une gorgée de son jus de fruits avant de répondre.
— Vous savez, je viens d’une famille modeste, mais j’ai toujours rêvé de construire un foyer qui soit à la fois un symbole de réussite et un endroit où ma famille pourrait se réunir. Après des années de travail acharné, j’ai enfin réuni les fonds nécessaires.
Ethiam, impressionné, acquiesça.
— C’est admirable. Vous êtes une femme de détermination, et cela se voit.
Ayélévi esquissa un sourire.
— Merci, mais ce n’est pas toujours facile. Il faut savoir jongler entre les responsabilités, les imprévus, et bien sûr, les défis financiers.
— Vous faites preuve d’une grande sagesse, répondit Ethiam. En parlant de finances, je n’ai pas pu m’empêcher de remarquer que vous avez fait des achats conséquents dans mon magasin aujourd’hui.
Elle rit légèrement.
— C’est vrai. Je ne lésine pas sur la qualité quand il s’agit de ma maison.
La conversation continua, fluide et naturelle. Ethiam, qui avait toujours su manipuler les mots, se sentit à l’aise en présence d’Ayélévi. Il voyait en elle une femme ambitieuse, intelligente et pleine de vie, une combinaison rare qui l’intriguait.
De son côté, Ayélévi apprécia la politesse et la courtoisie d’Ethiam. Bien qu’elle ait entendu parler des propriétaires de magasins qui avaient tendance à être arrogants, Ethiam semblait différent.
À la fin de leur échange, Ethiam lui tendit une carte de visite.
— Si vous avez besoin d’aide pour vos achats ou des recommandations sur des artisans fiables, n’hésitez pas à me contacter.
Ayélévi prit la carte avec un sourire.
— Merci, Monsieur Ethiam. Ce fut un plaisir de discuter avec vous.
— Le plaisir est partagé, répondit-il en se levant pour la raccompagner.
Alors qu’il la regardait s’éloigner, une pensée traversa l’esprit d’Ethiam : cette rencontre, bien qu’inattendue, pourrait bien marquer un nouveau chapitre dans sa vie.
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La nuit était tombée depuis plusieurs heures déjà, mais à la maison de Kodjo et Sélinam, le silence régnait. Le quartier de Lomé où ils résidaient semblait dormir paisiblement, ignorant les tensions qui se jouaient derrière les murs de cette demeure.
Il était près de deux heures trente du matin lorsque Sélinam poussa la porte d’entrée avec une discrétion marquée, comme si elle savait que son arrivée allait éveiller des soupçons. À l’intérieur, l’air était lourd, tendu, comme une corde prête à se briser. Kodjo était là, assis sur le divan du salon, les bras croisés, le regard dur, fixé sur la porte d’entrée. Il l’attendait, et cette attente semblait être celle de trop.
Lorsqu’elle entra enfin, la porte se ferma derrière elle dans un claquement sourd. Kodjo se leva brusquement, la regardant d’un air farouche, comme si la moindre étincelle pouvait déclencher une explosion.
— Où étais-tu ? demanda-t-il, la voix rauque de fatigue mais remplie de colère contenue.
Sélinam le regarda sans dire un mot. Elle avait pris l’habitude d’ignorer ses remarques, de ne plus répondre à ses reproches. Mais cette fois, il semblait qu’une confrontation inévitable se préparait.
— C’est encore ce pasteur, n’est-ce pas ? Il t’a manipulée, encore une fois. Tu passes tes nuits à l’église, tu m’abandonnes, et je ne te vois que pour une dispute. Ça suffit ! Je ne veux plus te voir traîner là-bas, ni lui, ni cette église !
Sélinam resta là, les bras croisés, ne répondant pas immédiatement. Elle savait que Kodjo ne comprendrait pas. C’était trop tard pour lui. Mais ce qu’il ignorait, c’était que cette fois, il ne s’agissait pas de l’église, mais d’une question bien plus intime.
Kodjo s’avança, d’un pas décidé, le regard toujours aussi ferme.
— Je te l’interdis, Sélinam. Ne remets plus jamais les pieds dans cette église. Ce pasteur m'a humilié, il m’a sali, et toi, tu lui obéis comme une marionnette. Ce n’est plus possible.
Elle souffla lentement, son regard s’adoucissant. Il n’avait pas compris, et peut-être ne comprendrait-il jamais. La vérité qu’elle cachait depuis des semaines commençait à s’extérioriser doucement.
— Ce n’est pas lui, Kodjo, dit-elle enfin d’une voix calme, mais d’un ton ferme. Le pasteur m’a dit que tu n’étais pas fait pour moi. Qu’il fallait que je te quitte, que je trouve mon propre bonheur, que je ne me laisse pas emprisonner dans ce mariage.
Les mots tombèrent dans l’air avec une lourdeur étrange, comme des pierres jetées dans un lac calme. Kodjo se figea. Ses yeux s’écarquillèrent sous l’effet de la surprise. Il avait toujours senti qu’il y avait quelque chose de plus dans cette relation, mais entendre des mots comme ceux-là, aussi froids et dénués de doute, le frappa comme un coup de massue.
— Quoi ? Qu’est-ce que tu racontes, Sélinam ! s’écria-t-il, sa voix se brisant presque.
Sélinam, sans broncher, se contenta de le regarder, impassible, comme si ces mots ne lui appartenaient même plus. Elle n’ajouta rien de plus, laissant les paroles du pasteur résonner entre eux.
Kodjo, désemparé, se laissa tomber lourdement sur le canapé, son visage marqué par la douleur et l’incompréhension.
— Tu veux me quitter, Selinam? Tu veux vraiment que ce soit la fin de notre mariage ?
Il n’y eut aucune réponse immédiate. Le silence s’abattit sur la pièce, lourd et pesant, comme une chape de plomb. Kodjo regardait Sélinam, perdu dans ses pensées, cherchant des réponses à des questions qu’il n’avait pas encore osé poser.
— Le pasteur… m’a dit que tu n’étais pas fait pour moi, répéta Sélinam dans un murmure. Je sais que tu ne peux pas comprendre, mais c’est lui qui a raison. Il voit des choses que moi je ne vois pas. Et… je crois qu’il a raison.
Elle s’éloigna lentement, sans attendre sa réponse, se dirigeant vers l’escalier. Mais avant de disparaître dans l’ombre de la nuit, elle se retourna une dernière fois vers Kodjo.
— Je t’aime, Kodjo, mais… je ne peux plus continuer à vivre dans ce mensonge.
Les mots étaient lourds de sens. Ils résonnèrent dans le silence de la pièce, et bien que Kodjo restât là, figé, il savait au fond de lui que quelque chose de fondamental venait de changer entre eux. Sélinam était partie, et son cœur s'était déjà éloigné.
Écrit par Koffi Olivier HONSOU.
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