
Chapitre 5
Write by Verdo
En fin d’après-midi, Ethiam se présenta devant la maison d’Ayélévi, une magnifique gerbe de roses rouges dans les mains. Il hésita un instant avant de frapper à la porte, son cœur battant légèrement plus vite qu’à l’accoutumée. Il savait qu’il avait du travail à faire pour se faire pardonner. Ayélévi, une femme au caractère bien trempé, ne serait pas facile à amadouer après sa disparition soudaine.
La porte s’ouvrit brusquement, dévoilant Ayélévi dans une robe décontractée, les bras croisés, le visage marqué par une expression de colère contenue. À la vue d’Ethiam, elle ne montra aucune surprise, mais son regard passa rapidement des roses à son visage.
— Ah, te voilà enfin, lança-t-elle sèchement. Alors, monsieur le romantique, qu’est-ce qui t’amène ici ?
Ethiam tenta un sourire contrit et tendit les roses.
— Ces fleurs sont pour toi, Ayélévi. Elles ne suffisent sûrement pas à exprimer combien je suis désolé, mais je voulais commencer par là.
Ayélévi prit les roses avec une lenteur calculée, les observa un instant, puis les posa sur une table près de la porte sans répondre. Elle le fixa ensuite, ses yeux flamboyants.
— Désolé ? Désolé de quoi, exactement ? De m’avoir laissée seule après une soirée parfaite ? De m’avoir fait croire que j’étais spéciale pour ensuite disparaître sans un mot ? Ou peut-être désolé parce que tu pensais que des roses suffiraient à effacer ta lâcheté ?
Ethiam sentit le poids de ses paroles et comprit que la situation était plus grave qu’il ne l’avait imaginé. Il leva les mains en signe de reddition.
— Je sais, Ayélévi, je sais. Ce que j’ai fait était inexcusable. Mais laisse-moi t’expliquer.
Elle haussa un sourcil, incrédule.
— Oh, j’attends. Explique-moi donc. Mais fais vite, je n’ai pas toute la journée.
Ethiam inspira profondément, improvisant un scénario qu’il espérait convaincant.
— Ce matin-là, j’ai reçu un appel urgent de l’un de mes magasins. Une livraison importante était bloquée à la frontière, et j’étais le seul à pouvoir régler le problème. Je ne voulais pas te réveiller, alors je suis parti en vitesse. C’était un mauvais choix, je le reconnais, mais je ne voulais pas gâcher la belle soirée qu’on avait passée ensemble.
Ayélévi plissa les yeux, son regard perçant semblant chercher la moindre faille dans son récit.
— Une livraison bloquée à la frontière, hein ? Et c’était si urgent que tu ne pouvais même pas laisser un message ou m’appeler après ?
— Je voulais t’appeler, répondit-il rapidement, mais j’étais tellement pris par le problème que le temps m’a échappé. C’était une erreur, une énorme erreur, et je m’en veux sincèrement. Je ne veux pas que tu penses que je t’ai manqué de respect ou que je ne tiens pas à toi.
Ayélévi le fixa longuement, ses bras toujours croisés.
— Tu sais, Ethiam, ce genre d’histoires, je les ai déjà entendues. Beaucoup trop de fois. Tu fais l’amour avec une femme, tu la fais rêver, puis tu disparais comme un voleur. Est-ce que c’est ce que tu fais d’habitude ? Est-ce que je ne suis qu’une conquête de plus sur ta liste ?
— Non, Ayélévi, non ! s’exclama-t-il, horrifié. Tu n’es pas une conquête. Tu es différente. Je suis sincère avec toi. Ce qui s’est passé, ce n’était pas prévu, et je ferai tout pour te prouver que tu comptes vraiment pour moi.
Il fit un pas en avant, ses yeux suppliants rencontrant les siens.
— Je sais que j’ai merdé, mais donne-moi une chance de me rattraper. Je te promets que ça ne se reproduira plus jamais.
Un silence tendu s’installa, Ayélévi semblant peser ses options. Elle finit par soupirer et secouer légèrement la tête.
— Tu es vraiment chanceux que je sois quelqu’un de patient, Ethiam. Une autre femme t’aurait claqué la porte au nez.
Ethiam sentit une lueur d’espoir s’allumer dans son cœur.
— Alors, tu me pardonnes ?
— Oui, répondit-elle avec un soupir. Mais à une condition : si jamais tu fais encore quelque chose de ce genre, je ne te pardonnerai plus. Et cette fois, je ne plaisante pas.
Ethiam hocha la tête avec empressement, soulagé.
— Je comprends, Ayélévi. Et je te promets que tu ne le regretteras pas.
Elle esquissa un sourire mince et attrapa les roses, les examinant à nouveau.
— Ces fleurs sont jolies, je vais te l’accorder. Mais souviens-toi que ce n’est pas avec des cadeaux qu’on reconquiert une femme.
— Je m’en souviendrai, répondit-il en souriant doucement.
Ils passèrent le reste de l’après-midi à discuter, Ethiam s’efforçant de dissiper le reste de la tension. Bien qu’Ayélévi ait accepté ses excuses, il savait qu’il avait beaucoup à prouver pour regagner pleinement sa confiance.
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Six mois s’étaient écoulés depuis le départ brutal de Sélinam, et la vie de Kodjo avait pris un tournant qu’il n’aurait jamais imaginé. Lui, qui était autrefois un homme accompli avec un poste prestigieux et une famille stable, se retrouvait désormais seul avec ses deux enfants, jonglant entre les responsabilités de parent et une recherche désespérée d’emploi. Il passait ses journées à parcourir les annonces, à envoyer des candidatures et à frapper aux portes des entreprises, mais rien ne semblait aboutir. Le marché du travail était impitoyable, et les économies qu’il avait méticuleusement mises de côté avaient fondu comme neige au soleil.
Il ne cessait de penser à tout ce qui s’était effondré dans sa vie. L’entreprise qu’il dirigeait autrefois avait fait faillite, le laissant sans emploi. Et Sélinam, la femme avec qui il avait partagé des années de bonheur et de complicité, avait choisi de le quitter pour suivre un pasteur. Cette trahison lui pesait encore lourdement, comme une plaie ouverte qui refusait de cicatriser. Les nuits étaient longues et remplies d’insomnies, son esprit torturé par des questions sans réponses.
Un soir, alors que tout semblait silencieux dans la maison, Kodjo sentit une douleur aiguë dans sa poitrine. Son souffle se faisait court, et la sueur perlait sur son front. Il tenta de se lever, mais ses jambes cédèrent sous lui, le laissant tomber lourdement sur le sol. Ses enfants, réveillés par le bruit, accoururent paniqués. Voyant leur père dans cet état, ils comprirent qu’ils devaient agir rapidement. Ne sachant quoi faire, l’aîné, un garçon de 12 ans, se rappela du numéro de leur tante paternelle, Mawulikplim, et l’appela en pleurs.
Mawulikplim arriva en trombe, accompagnée de son mari. Ils transportèrent Kodjo dans une clinique privée non loin de là. À leur arrivée, l’équipe médicale s’activa immédiatement. Le médecin de garde, une femme douce et empathique du nom de docteure Afiwa, prit les choses en main. Elle fit tout son possible pour stabiliser l’état de Kodjo, passant des heures à surveiller ses signes vitaux et à ajuster son traitement.
Lorsque Kodjo reprit connaissance deux jours plus tard, affaibli mais en vie, docteure Afiwa entra dans sa chambre avec un sourire rassurant.
— Monsieur Kodjo, vous nous avez fait une belle frayeur. Comment vous sentez-vous ? demanda-t-elle doucement.
Kodjo tenta un sourire, bien que ses traits soient encore tirés.
— Je suppose que je suis chanceux d’être encore là. Merci, docteur.
— Vous avez fait une crise liée au stress intense, expliqua-t-elle. Votre corps est épuisé, et votre esprit porte un fardeau trop lourd. Voulez-vous en parler ? Parfois, mettre des mots sur ce qu’on ressent aide à alléger le poids.
Kodjo hésita un instant, mais le regard bienveillant d’Afiwa le mit en confiance. Il commença à parler, lentement d’abord, puis les mots coulèrent comme un torrent. Il lui raconta tout : son ancien travail, la faillite de l’entreprise, la trahison de Sélinam, la manière dont elle avait vidé leur compte commun pour faire des dons à l’église, et son départ avec le pasteur Sika. Il évoqua la douleur d’avoir été abandonné, les difficultés financières, et surtout le poids de devoir élever seul ses deux enfants sans savoir de quoi demain serait fait.
Afiwa écouta avec une attention soutenue, sans l’interrompre une seule fois. Lorsqu’il eut terminé, elle posa une main réconfortante sur son épaule.
— Vous avez traversé des épreuves très difficiles, Kodjo. Mais ce que je vois, c’est un homme fort qui aime profondément ses enfants et qui fait tout ce qu’il peut pour s’en sortir. Vous avez survécu à ce qui aurait brisé bien d’autres. Vous êtes un battant.
— Je ne me sens pas fort, murmura-t-il. Je me sens… perdu.
— C’est normal, répondit-elle avec un sourire doux. Mais vous n’êtes pas seul. Vos enfants ont besoin de vous, et vous pouvez vous reconstruire, étape par étape. Cela prendra du temps, mais je crois en vous.
Elle resta avec lui un moment, discutant de stratégies pour gérer le stress, des ressources disponibles pour l’aider à trouver un nouvel emploi, et des moyens de reconstruire sa vie. Son empathie et son soutien donnèrent à Kodjo une lueur d’espoir qu’il n’avait pas ressentie depuis longtemps.
Cette rencontre marqua le début d’un tournant pour Kodjo. Il comprit qu’il devait prendre soin de lui, non seulement pour lui-même, mais aussi pour ses enfants. Et bien que le chemin à parcourir semblait encore long et ardu, il sentit une étincelle de courage renaître en lui.
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La relation entre Ethiam et Ayélévi avait atteint un tournant inattendu lorsque cette dernière lui annonça sa grossesse. Ethiam, bien que surpris, accueillit la nouvelle avec joie. Ayélévi décida alors de s’installer chez lui pour qu’ils puissent vivre pleinement cette nouvelle étape de leur vie ensemble. Leur quotidien semblait idyllique : des rires emplissaient la maison, ils passaient du temps à préparer l’arrivée du bébé et à discuter de leurs projets d’avenir. Ethiam avait même commencé à se demander si la vie lui donnait enfin une chance de tourner la page.
Mais ce bonheur apparent allait bientôt être mis à rude épreuve.
Un après-midi ensoleillé, Ethiam s’était rendu en ville pour rencontrer l’un de ses fournisseurs. Il avait soigneusement préparé son sac, y glissant de l’argent pour régler une facture importante. Tout semblait normal. Pourtant, lorsqu’il ouvrit son sac dans le bureau du fournisseur, il sentit une sueur froide lui parcourir l’échine. Là, au milieu de ses documents, se trouvait la sacoche noire. Cette même sacoche qu’il avait jetée dans la mer plusieurs mois auparavant.
Le monde d’Ethiam s’écroula en un instant. Il sentit son cœur s’emballer, son souffle devenir court, et ses mains trembler. Le fournisseur, perplexe face à son comportement étrange, lui demanda si tout allait bien. Ethiam, incapable de trouver ses mots, referma précipitamment le sac et balbutia une excuse pour reporter le paiement. Il quitta le bureau d’un pas rapide, l’esprit assailli par une multitude de questions. Comment était-ce possible ? Pourquoi cette sacoche continuait-elle de le hanter ?
Sur le chemin du retour, il réfléchissait frénétiquement à ce qu’il devait faire. La simple vue de cet objet lui donnait la chair de poule. Il avait tout tenté pour s’en débarrasser : l’enterrer, la jeter à la mer, et pourtant, elle revenait encore et encore, comme un spectre tenace. Une fois chez lui, il vérifia que la maison était vide. Ayélévi était partie faire des courses pour préparer le dîner, ce qui lui laissait un peu de temps pour agir.
Ethiam se dirigea rapidement vers le garage, la sacoche en main. Il fouilla dans un coin jusqu’à trouver un bidon d’essence. Son esprit était en ébullition, mais une seule pensée dominait : il devait mettre fin à cette histoire une bonne fois pour toutes. Il sortit dans le jardin, à l’abri des regards indiscrets, et déversa l’essence sur la sacoche. L’odeur âcre du carburant emplit l’air, mais cela ne le détourna pas de son objectif.
Il alluma une allumette et la jeta sur la sacoche. Une flamme vive s’éleva immédiatement, engloutissant l’objet maudit. Ethiam recula instinctivement, observant le feu dévorer la sacoche. Pendant quelques minutes, il resta là, figé, les yeux rivés sur les cendres fumantes. Une étrange sensation d’apaisement le traversa, comme s’il venait de se libérer d’un lourd fardeau.
Cependant, une petite voix dans sa tête lui murmurait que ce n’était pas la fin. Il avait tenté de s’en débarrasser trois fois déjà, et elle était revenue. Qu’est-ce qui garantissait que cette fois serait différente ?
Lorsque Ayélévi revint à la maison, elle trouva Ethiam assis dans le salon, une tasse de thé à la main, tentant de paraître détendu.
— Tu es rentré tôt, dit-elle en posant les sacs sur la table. Tout va bien ?
— Oui, tout va bien, répondit-il avec un sourire forcé. Juste une journée un peu longue.
Elle ne posa pas davantage de questions, mais Ethiam savait qu’il devait être prudent. Il ne voulait pas qu’Ayélévi découvre la vérité sur la sacoche ou qu’elle ressente l’étendue de son agitation intérieure. Cette nuit-là, alors qu’elle dormait paisiblement à ses côtés, Ethiam resta éveillé, les yeux fixant le plafond, se demandant si le cauchemar était réellement terminé.
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Le docteur Afiwa, dotée d’une grande compassion, s’était progressivement rapprochée de Kodjo au fil de ses soins. Durant les semaines de convalescence, elle ne se contentait pas de lui prescrire des médicaments et des examens. Elle l’écoutait, lui parlait, et surtout, le soutenait moralement dans cette période difficile de sa vie. Kodjo, qui s’était senti abandonné par son entourage après le départ de Sélinam, trouva en elle une oreille attentive et un réconfort qu’il n’attendait plus.
Au fil du temps, une amitié sincère naquit entre eux. Le docteur Afiwa, tout en conservant son professionnalisme, s’assurait qu’il mangeait correctement, prenait ses médicaments à l’heure et faisait ses exercices de rééducation. Elle était également attentive aux besoins des enfants de Kodjo, leur offrant parfois des conseils et un sourire maternel qui leur réchauffait le cœur.
Kodjo, reconnaissant de cet appui, se montra de plus en plus ouvert avec elle.
Afiwa, de son côté, utilisait ses contacts pour tenter de l’aider à trouver un emploi. Finalement, après plusieurs mois de persévérance, Kodjo reçut un appel qui allait changer sa vie. Une grande société de la place recherchait un nouveau directeur, et après une série d’entretiens rigoureux, il décrocha le poste.
Ce fut un moment de joie immense pour Kodjo et ses enfants. Ce travail représentait non seulement une stabilité financière retrouvée, mais aussi un nouveau départ. Kodjo invita Afiwa à dîner chez lui pour célébrer cette victoire. Autour d’un repas simple mais chaleureux, il la remercia du fond du cœur pour tout ce qu’elle avait fait pour lui.
— Sans vous, docteur, je ne sais pas où j’en serais aujourd’hui. Vous avez été un véritable ange pour moi et mes enfants.
Afiwa sourit, les yeux brillants.
— Vous aviez déjà cette force en vous, Kodjo. Je n’ai fait que vous rappeler qu’elle existait.
Un soir, quelques semaines après avoir commencé son nouveau travail, Kodjo sentit qu’il était temps de parler à ses enfants. Ils avaient grandi rapidement sous le poids des épreuves, mais il voulait leur donner des réponses. Réunis autour de la table du salon, il leur expliqua avec calme et sincérité pourquoi leur mère était partie.
— Je sais que vous vous posez des questions sur maman, commença-t-il, le regard grave mais apaisé. Elle est partie pour des raisons qui lui appartiennent. Peut-être qu’elle pensait que c’était la meilleure chose à faire pour elle.
Les enfants écoutaient attentivement, les yeux rivés sur leur père. Il poursuivit :
— Ce n’est pas facile de comprendre pourquoi quelqu’un qu’on aime prend une telle décision. Mais je veux que vous sachiez une chose : ne la détestez pas. La colère ne vous apportera rien. Essayez de garder en vous les bons souvenirs que vous avez partagés avec elle.
Ses mots, bien qu’empreints de douleur, étaient remplis d’amour et de sagesse. Les enfants hochèrent la tête, comprenant qu’ils devaient avancer malgré l’absence de leur mère. Kodjo les prit dans ses bras, sentant qu’une étape importante venait d’être franchie.
Ce soir-là, alors qu’il regardait ses enfants jouer dans le salon, Kodjo réalisa à quel point la vie avait changé pour lui. Il avait perdu beaucoup, mais il avait aussi gagné en résilience, en amour pour ses enfants, et en gratitude pour les personnes comme Afiwa qui l’avaient aidé à se relever.
Écrit par Koffi Olivier HONSOU.
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