
Chapitre 5 : Dans l’ombre du charbon
Write by Ellie chou
Les premières lueurs de l’aube baignaient le village d’une lumière pâle quand Marguerite Kouassi se leva, comme chaque matin, avant même que le chant du coq ne retentisse.
Ses paupières étaient lourdes de fatigue, mais elle n’avait pas le luxe de s’accorder du repos.
Ses enfants comptaient sur elle.
Depuis qu’elle avait été chassée de la maison d’Henri, elle avait trouvé un moyen de survivre : vendre du charbon.
Ce travail, rude et salissant, était loin de ce qu’elle avait imaginé pour elle-même.
Autrefois, elle était l’épouse d’un homme respecté, une mère de famille à l’abri du besoin.
Aujourd’hui, elle portait chaque jour sur sa tête des sacs lourds de charbon noirci par la poussière, ses mains crevassées par la rudesse du labeur.
Sous un manguier, à la sortie du village, elle avait aménagé un petit espace où elle empilait son charbon en tas bien ordonnés.
C’était là que les clients venaient la voir, des femmes comme elle, qui n’avaient d’autre choix que de cuisiner au feu de bois.
Ce matin-là, alors qu’elle ajustait son pagne et s’apprêtait à soulever un sac de charbon, une petite voix la fit sursauter.
« Maman, je veux t’aider ! »
Elle se retourna et vit Julien, son fils de douze ans, debout devant elle, déterminé.
Derrière lui, Isabelle et Élise l’observaient, inquiètes.
Marguerite sentit son cœur se serrer. Il était trop jeune pour porter ce fardeau.
Trop jeune pour renoncer à son enfance.
Elle secoua la tête. « Non, mon fils.
Ton travail, c’est l’école. Pas le charbon. »
Mais Julien ne bougea pas. « Je suis un homme maintenant.
Je veux t’aider à gagner de l’argent pour que mes sœurs et moi, on ait de quoi manger. »
Marguerite sentit les larmes lui monter aux yeux. Elle posa ses mains sur les joues de son fils et le regarda avec tendresse.
« Julien, mon garçon, écoute-moi bien.
Ce n’est pas à toi de t’occuper de nous.
C’est mon rôle de mère. Tu dois aller à l’école, apprendre, réussir… C’est ainsi que tu m’aideras. »
Il baissa les yeux, mais hocha lentement la tête.
Marguerite lui sourit et l’embrassa sur le front.
Puis, elle attrapa son sac de charbon et le posa sur sa tête avec force.
Peu importe la douleur, la fatigue ou l’humiliation… elle continuerait.
Alors qu’elle s’apprêtait à partir pour la vente, elle sentit une petite main s’accrocher à sa robe.
Élise la regardait de ses grands yeux innocents.
« Maman, quand je serai grande, je t’achèterai une grande maison et tu ne vendras plus jamais de charbon. »
Un sourire triste étira les lèvres de Marguerite. Elle caressa doucement la joue de sa fille.
« J’ai confiance en toi, mon amour. »
Puis, sans un mot de plus, elle partit, son dos droit malgré le poids du sac, ses pas fermes malgré la douleur.
Elle n’avait peut-être plus rien, mais elle avait une promesse à tenir : offrir à ses enfants un avenir loin de l’ombre du charbon.
A bientôt.