
Chapitre 3 : L'Appel du Destin
Ecrit par Ellie chou
L’automne embrassait Paris de ses couleurs chatoyantes, et l’air était empreint de cette douceur éphémère propre aux journées de saison.
Les feuilles mortes crissaient sous les pas des promeneurs, et le vent faisait valser quelques pages oubliées d’un journal abandonné sur un banc.
Jean-Philippe, après plusieurs jours de réunions intenses, avait décidé de s’accorder une pause.
Flâner sans but précis lui offrait un sentiment de liberté qu’il n’avait plus ressenti depuis longtemps.
Il s’était dirigé vers le Jardin du Luxembourg, un de ses endroits préférés pour se vider l’esprit. Il y retrouvait toujours cette harmonie entre l’architecture et la nature, ce subtil équilibre entre l’ordre et le chaos.
C’est alors qu’il la vit.
Mariana était assise sur un banc, un bouquin à la main, croquant des silhouettes fugaces de passants, saisissant sur le papier l’éphémère poésie du quotidien.
Son visage était partiellement caché par une écharpe beige enroulée autour de son cou, mais il n’y avait aucun doute : c’était bien elle.
Jean-Philippe s’arrêta un instant, hésitant. Était-ce une simple coïncidence ou le signe que le destin s’amusait une fois de plus à les réunir ?
Un sourire naquit sur ses lèvres alors qu’il s’approcha doucement.
— Vous avez capturé combien d’âmes aujourd’hui ? demanda-t-il d’une voix amusée en se penchant légèrement pour jeter un coup d'œil à son carnet.
Mariana sursauta légèrement avant de lever les yeux vers lui. Un éclat de surprise traversa son regard, aussitôt remplacé par un sourire complice.
— Jean-Philippe… décidément, Paris est bien petit.
Il prit place à côté d’elle sur le banc, s’adossant avec nonchalance.
— Ou alors, on se retrouve toujours là où on doit être.
Elle le regarda un instant, comme pour évaluer la sincérité de ses paroles, puis referma doucement son bouquin.
— Vous flânez souvent dans les parcs, monsieur l’architecte ?
— Quand mon emploi du temps me le permet, oui. C’est un bon moyen de se rappeler qu’il existe autre chose que les gratte-ciel et les chantiers.
Elle hocha la tête, regardant devant elle, observant les enfants courir près du bassin où flottaient des petits voiliers de bois.
— J’aime venir ici pour respirer l'air pure. Il y a une sorte de vie en mouvement qui m’inspire.
Jean-Philippe suivit son regard et resta silencieux quelques instants avant de demander :
— Vous êtes à Paris pour longtemps ?
— Non… un bref passage. Mon train pour Rome part ce soir.
Il sentit une légère déception l’envahir. Toujours en mouvement, comme une étoile filante qu’on aperçoit à peine avant qu’elle ne disparaisse.
— Et vous ? reprit-elle. Toujours en partance ?
— Dubaï dans trois jours.
Elle esquissa un sourire triste.
— On dirait que le destin aime nous mettre sur des chemins parallèles.
— Parallèles, oui… mais qui finissent toujours par se croiser, fit-il remarquer avec un regard espiègle.
Mariana le fixa un instant avant de rire doucement.
— Vous êtes un incorrigible optimiste, Jean-Philippe.
Il haussa les épaules.
— Ou peut-être que je commence à croire que certaines rencontres méritent qu’on leur donne une chance.
Un silence s’installa, mais il n’avait rien d’inconfortable. C’était un silence chargé de possibles, de choses non dites, d’une connexion qui semblait s’approfondir à chaque regard échangé.
Puis, sans vraiment réfléchir, Jean-Philippe sortit son téléphone de la poche de sa veste et le tendit vers elle.
— Donnez-moi votre numéro.
Mariana haussa un sourcil, un sourire amusé flottant sur ses lèvres.
— Vous croyez que ça suffira à défier le destin ?
— Je crois qu’on peut lui donner un coup de pouce.
Elle observa son visage un instant, comme si elle voulait s’assurer qu’il était sincère, puis prit doucement le téléphone et y inscrivit son numéro. Lorsqu’elle lui rendit l’appareil, elle ajouta avec un clin d’œil :
— Maintenant, c’est entre vos mains.
Jean-Philippe baissa les yeux vers l’écran et sourit en découvrant le nom qu’elle avait entré : Mariana – Jardin du Destin.
Il releva le regard vers elle, amusé.
— Toujours aussi poétique.
— Toujours, murmura-t-elle en se levant.
Jean-Philippe la regarda s’éloigner, sa silhouette se fondant parmi les promeneurs du parc. Cette fois, il le savait : ce n’était pas un au revoir.
Mais le début d'une histoire amoureuse pourquoi pas se dit-il.
A bientôt.