
Chapitre 2 : Des Chemins Séparés
Ecrit par Ellie chou
Les jours qui suivirent leur rencontre à la galerie, Jean-Philippe se surprit à penser à Mariana plus souvent qu’il ne l’aurait cru.
Son visage, sa voix légèrement chantante, la façon dont elle parlait de son art comme d’un prolongement de son âme… Il n’était pas homme à se laisser troubler facilement, et pourtant, il y avait en elle quelque chose qui l’attirait, comme un mystère qu’il aurait aimé percer.
Mais la réalité s’imposait à lui avec la froideur d’un plan d’architecte. Dans une semaine, il prendrait un vol pour Dubaï où l’attendait le projet le plus ambitieux de sa carrière.
Concevoir un gratte-ciel dans une ville qui repoussait sans cesse les limites de l’ingénierie était une opportunité qu’il ne pouvait pas refuser. Depuis des années, il construisait sa vie avec rigueur, traçant un chemin sans détour vers le succès.
Alors pourquoi cette rencontre l’avait-elle tant bouleversé ?
Mariana, de son côté, vivait un trouble semblable. Depuis son retour à Paris, elle s’était concentrée sur son exposition avec passion, mais elle savait que son temps ici était compté. Dans quelques jours, elle rentrerait à Lisbonne pour préparer sa prochaine présentation.
C’était sa vie, une succession de voyages, de toiles peintes sous des ciels différents, d’instants suspendus dans des villes qu’elle effleurait sans jamais s’y attacher complètement.
Et pourtant, quelque chose en elle résistait à l’idée de partir.
Le hasard, ou peut-être quelque chose de plus grand, voulut qu’ils se croisent à nouveau, par une fin d’après-midi grise, dans un café du Marais.
Mariana était assise à une table en terrasse, son carnet de croquis ouvert devant elle. Un crayon à la main, elle traçait des formes abstraites, comme si elle tentait de capturer un sentiment insaisissable.
Elle ne remarqua pas immédiatement Jean-Philippe, qui s’arrêta un instant pour l’observer. Il y avait dans sa posture une intensité, une sorte de solitude choisie qui le fascinait.
— Vous capturez le chaos du monde sur papier, maintenant ?
Elle releva la tête et son regard s’illumina d’un éclat amusé.
— Le chaos est partout, murmura-t-elle en refermant son carnet. Il suffit de savoir le voir.
Jean-Philippe tira une chaise et s’installa en face d’elle, posant négligemment ses gants en cuir sur la table.
— Et vous, vous savez le voir mieux que les autres ?Elle haussa les épaules, un sourire au coin des lèvres.
— Disons que j’essaie de le comprendre. Et vous, monsieur l’architecte, vous cherchez toujours à tout organiser ?
Il esquissa un sourire.
— Peut-être que l’ordre et le chaos ne sont que deux manières différentes de raconter la même histoire.
Un silence s’installa, mais il n’avait rien de gênant. C’était un silence chargé d’une tension subtile, d’une compréhension mutuelle qui n’avait pas besoin de mots.
Jean-Philippe joua distraitement avec la cuillère de son café avant de briser le silence
— Vous partez bientôt, n’est-ce pas ?
Marianna hocha la tête.
— Dans quelques jours, pour Lisbonne.
Et moi pour Dubai.
Elle baissa les yeux vers son carnet, le faisant tourner du bout des doigts.
— Si j’étais une héroïne de roman, murmura-t-elle, ce serait le moment où je déciderais de tout laisser derrière moi pour suivre un inconnu vers une destination inconnue.
Jean-Philippe la regarda avec un sourire amusé.
— Et si j’étais un héros de roman, ce serait le moment où je vous convaincrais que nos chemins doivent se croiser encore.
Mariana leva les yeux vers lui, une lueur indéchiffrable dans le regard.
— Mais nous ne sommes pas des personnages de roman, Jean-Philippe.
— Non, admit-il. Mais parfois, la vie écrit des chapitres que l’on n’attendait pas.
Elle laissa échapper un petit rire, à la fois tendre et résigné.
— Peut-être.
Un coup de vent fit virevolter quelques feuilles mortes sur le pavé mouillé. Le ciel s’assombrissait, annonçant une nouvelle averse imminente. Mariana posa quelques pièces sur la table et se leva.
— Alors, c’est un au revoir ?
Jean-Philippe se leva à son tour et l’observa un instant.
— On ne sait jamais.
Elle le fixa, comme si elle voulait graver cet instant dans sa mémoire, puis tourna les talons et s’éloigna, sa silhouette se fondant dans le décor parisien.
Il la suivit du regard jusqu’à ce qu’elle disparaisse au coin de la rue, une étrange sensation au creux de la poitrine.
Leurs chemins se séparaient aujourd’hui, mais quelque chose en lui lui soufflait que ce n’était pas la fin de leur histoire.
Peut-être qu’un jour, quelque part, ils se retrouveraient.
A bientôt pour le prochain chapitre d'ici là portez vous bien????????????.