Chapitre 3 : Les larmes d’une mère

Ecrit par Ellie chou

La nuit était tombée sur le petit village, enveloppant les habitations d’un silence lourd et pesant.

Dans la pièce exiguë où elle dormait avec ses enfants, Marguerite Kouassi restait éveillée, les yeux fixés sur le plafond en terre battue.

À côté d’elle, Élise dormait paisiblement, la respiration calme, inconsciente des tourments qui rongeaient sa mère.

Isabelle était blottie contre Julien, qui, malgré son jeune âge, tentait de rassurer sa sœur par sa simple présence.

Marguerite se leva doucement, prenant soin de ne pas les réveiller.

Elle sortit à l’air libre, s’adossa contre le mur de la maison et laissa enfin couler les larmes qu’elle retenait depuis des semaines.

Elle avait tout perdu.

Son mari, sa maison, son statut, et même le peu de sécurité qu’elle croyait avoir dans ce monde impitoyable.

Elle se sentait seule, terriblement seule.

Elle se souvenait encore du regard d’Henri, de son sourire rassurant, de ses promesses murmurées tard le soir :
« Tout ira bien, Marguerite. Je serai toujours là pour toi et les enfants. »

Mais il n’était plus là.

Les sanglots de Marguerite devinrent incontrôlables. Elle pleurait pour Henri, pour son absence insupportable.

Elle pleurait pour Julien, qui avait été forcé de grandir trop vite.

Pour Isabelle, qui cachait ses propres larmes derrière un sourire fragile.

Pour Élise, qui attendait encore un père qui ne reviendrait jamais.

Elle pleurait pour elle-même, pour cette femme qui, du jour au lendemain, avait dû troquer sa dignité contre la survie.

Soudain, une main douce se posa sur son épaule.

« Maman ? »

C’était Isabelle. Elle la regardait avec des yeux remplis d’inquiétude.

Marguerite essuya rapidement ses larmes et tenta de sourire. « Tout va bien, ma chérie, retourne dormir. »

Mais Isabelle ne bougea pas.

« Tu crois que je ne vois pas ? » murmura-t-elle d’une voix tremblante. « Tu crois que je n’entends pas tes pleurs chaque nuit ? Maman, je sais que tu souffres… mais nous sommes là, avec toi. »

Marguerite sentit son cœur se briser un peu plus. Elle ouvrit les bras et Isabelle s’y précipita.

« Je suis désolée, ma fille… Je suis désolée de ne pas pouvoir vous offrir mieux. »

« Tu fais déjà tout pour nous, maman. On s’en sortira, ensemble. »

Marguerite la serra fort contre elle, sentant un peu de sa douleur s’apaiser dans cette étreinte.

Elle leva les yeux vers le ciel étoilé. Là-haut, quelque part, Henri veillait sur eux.

Elle n’avait plus rien, mais elle avait encore l’amour de ses enfants. 

Et cela, personne ne pourrait jamais le lui arracher.

Le combat d'une vie...