
Chapitre 5 : Un Voyage Inattendu
Ecrit par Ellie chou
Le bruit des réacteurs s’intensifia alors que l’avion amorçait sa descente vers Lisbonne. Depuis son hublot, Jean-Philippe observait les eaux scintillantes du Tage et les toits ocres de la ville qui se déployaient sous lui.
L’idée de ce voyage s’était imposée à lui sans prévenir, un matin, alors qu’il parcourait machinalement ses mails à son bureau de Dubaï.
Un message de Mariana, court mais évocateur :
"Lisbonne est belle en cette saison. Tu devrais venir voir par toi-même."
Il n’en fallait pas plus. Quelques jours plus tard, le voilà sur le point de poser le pied sur la terre où Mariana avait grandi.
— Bienvenue à Lisbonne, annonça le commandant de bord en portugais et en anglais.
Jean-Philippe prit une inspiration et décrocha sa ceinture.
Ce voyage n’était pas une simple escapade touristique ; il était une réponse à quelque chose de plus profond.
Le taxi le déposa dans un quartier aux ruelles pavées, près de l’Alfama. Le soleil déclinant peignait la ville de teintes dorées. Mariana l’attendait à la terrasse d’un café, un verre de vin blanc à la main.
Lorsqu’il la vit, il sut qu’il avait pris la bonne décision.
Elle portait une robe fluide couleur ivoire, et ses cheveux étaient relevés en un chignon négligé, laissant échapper quelques mèches qui dansaient sous la brise. Son regard s’illumina en l’apercevant, et un sourire vint naturellement se poser sur ses lèvres.
— Alors, tu as suivi mon conseil.
Jean-Philippe s’approcha, posa ses lunettes de soleil sur la table et sourit à son tour.
— Je ne suis pas du genre à ignorer une invitation aussi intrigante.
Elle rit doucement et lui fit signe de s’asseoir.
— Tu es là pour combien de temps ? demanda-t-elle en remplissant son verre.
— Je ne sais pas encore… répondit-il honnêtement.
Ils trinquèrent, leurs verres s’entrechoquant légèrement.
— Je vais devoir être ton guide, alors.
— J’espère bien.
Le lendemain, Mariana l’entraîna à travers Lisbonne, lui faisant découvrir la ville au-delà des cartes postales. Ils arpentèrent les ruelles étroites de l’Alfama, s’arrêtèrent dans une vieille librairie où elle aimait flâner, goûtèrent aux pastéis de nata encore tièdes, et prirent un tramway grinçant qui les mena jusqu’à Belém.
— Tu marches bien pour un Parisien, plaisanta-t-elle alors qu’ils gravissaient une colline.
— Et toi, tu parles beaucoup pour une artiste mystérieuse.
Elle lui tira la langue avant d’accélérer le pas.
À chaque instant, une évidence s’imposait à Jean-Philippe : Mariana était chez elle ici. Elle connaissait la ville dans ses moindres recoins, la vivait avec une intensité qui la rendait encore plus belle à ses yeux.
Mais malgré l’euphorie des retrouvailles, quelque chose flottait entre eux.
*L’incertitude*
Ce soir-là, ils s’installèrent sur le toit-terrasse d’un bar offrant une vue imprenable sur la ville illuminée. Le silence entre eux n’était pas inconfortable, mais il portait une question qui devait être posée.
— Pourquoi es-tu vraiment venu, Jean-Philippe ?
Il la regarda, hésitant un instant avant de répondre.
— Parce que j’en avais envie. Parce que j’ai pensé à toi plus que je ne devrais.
Elle baissa les yeux, traçant un cercle invisible sur la table du bout des doigts.
— Et après ?
Il ne répondit pas immédiatement. Il savait qu’elle parlait de plus que ce voyage. Elle parlait de la suite, de ce qui arriverait une fois qu’il repartirait.
— Je ne sais pas, admit-il. Mais je sais que je n’ai pas envie que ça s’arrête ici.
Elle releva la tête, son regard scrutant le sien, cherchant une sincérité qu’elle craignait peut-être de ne pas trouver.
— Moi non plus, souffla-t-elle enfin.
Ils ne parlèrent plus, mais ce soir-là, la ville tout entière sembla s’aligner avec leur hésitation, entre promesses et doutes, entre attirance et crainte de l’éphémère.
Jean-Philippe savait qu’il avait franchi un cap en venant à Lisbonne.
Mais était-il prêt à aller plus loin ?
Mariana, elle, se demandait si cet homme toujours en mouvement saurait un jour s’arrêter.
Le destin, une fois encore, semblait prêt à jouer son rôle.
A bientôt.