Chapitre 6 : Le goût amer du sacrifice

Ecrit par Ellie chou

Le jour tant attendu était enfin arrivé. 

Après des mois d’efforts, de labeur acharné et de privations, Marguerite pouvait enfin envoyer ses enfants à l’école.

Ce matin-là, elle s’était levée plus tôt que d’habitude. Elle avait passé une bonne partie de la nuit à recoudre les anciens uniformes de Julien et Isabelle, à ajuster celui d’Élise, qui entrait pour la première fois en classe. L’excitation mêlée à l’inquiétude nouait son ventre, mais elle n’en montrait rien.

Les enfants, eux, étaient impatients. L’école représentait un espoir, une porte de sortie vers un avenir meilleur.

« Maman, regarde ! Mon cartable est encore en bon état ! » s’exclama Isabelle en le balançant joyeusement sur son dos.

Julien, plus réservé, souriait discrètement tout en aidant Élise à enfiler ses chaussures.

Il savait ce que cela coûtait à leur mère de leur offrir cette chance.

Il voyait ses mains abîmées, ses épaules fatiguées sous le poids des sacs de charbon, les longues journées passées sous le soleil brûlant.

Marguerite posa un regard tendre sur ses enfants. Tout cela, elle le faisait pour eux.

Alors qu’ils se préparaient à partir, une femme du village s’approcha. C’était Adjoua, une voisine bienveillante qui achetait parfois son charbon.

« Marguerite, tu fais vraiment des miracles… Avec ce travail si dur, tu arrives à envoyer tes enfants à l’école ! »

Marguerite esquissa un sourire fatigué. « C’est tout ce qui compte. Ils méritent mieux que cette vie. »

Adjoua hocha la tête, admirative, mais son regard se voila de tristesse.

« Et toi ? Qui pense à toi, Marguerite ? Tu t’épuises jour après jour… et si un jour ton corps ne suit plus ? »

Marguerite baissa les yeux. Elle n’avait pas le droit de penser à elle.

« Tant que mes enfants ont un avenir, je peux supporter n’importe quoi. »

Puis, elle se retourna vers eux et leur adressa un sourire plein de fierté.

« Allez, il est temps d’y aller. Soyez sages et travaillez bien ! »

Julien, Isabelle et Élise s’avancèrent, le cœur gonflé d’émotion.

Avant de partir, Élise revint sur ses pas et serra sa mère dans ses bras.

« Merci, maman. Un jour, tu n’auras plus à te sacrifier pour nous. »

Marguerite retint ses larmes.

Elle les regarda s’éloigner sur le sentier poussiéreux qui menait à l’école.

Leur avenir était encore incertain, mais une chose était sûre : ils ne vivraient pas la même misère qu’elle.

Elle inspira profondément et repartit vers son tas de charbon. Le combat continuait.


Le combat d'une vie...