
Chapitre 7 : L’école, un luxe inespéré
Ecrit par Ellie chou
La poussière du chemin crissait sous les pieds de Julien, Isabelle et Élise alors qu'ils marchaient ensemble vers l’école.
Leurs pas étaient rapides, pressés par l'excitation et la curiosité. Pour la première fois de leur vie,ils prenaient la route de l'école sans leur père.
ils se rendaient à l’école avec joie et courage, car avec la situation misérable qu'ils traversaient avec leur mère, ils étaient loin d'imaginer qu'ils allaient retourner sur les bancs de l'ecole.
Aujourd’hui plusque jamais cette lueur d'espoir representait un luxe auquel ils n’avaient jamais osé rêver il y'a quelques mois.
Leur mère, avec ses sacrifices silencieux, leur avait offert cette chance.
L’école, ce temple du savoir, était un monde où les enfants comme eux n’étaient pas censés appartenir.
Mais aujourd’hui, ils étaient là, marchant fièrement sous le soleil de la Côte d’Ivoire, porteurs d’un espoir fragile.
Lorsque l’école apparut enfin devant eux, grande et imposante, leurs yeux s’écarquillèrent de surprise.
Les bâtiments étaient en briques, les fenêtres grandes et ouvertes, laissant entrer la lumière du matin.
Des enfants bien habillés couraient autour de la cour, éclatant de rires, tandis que d’autres, plus âgés, s’affairaient à organiser leurs affaires.
Ils s’arrêtèrent un instant, intimidés, observant les autres élèves.
Leur vieux cartable et leurs uniformes usés semblaient bien modestes au milieu de ceux qui étaient impeccablement vêtus.
Julien, le plus grand, sentit un nœud se former dans sa gorge.
Lui aussi avait rêvé de ce jour, mais il n’imaginait pas que la réalité serait aussi dure.
Isabelle, plus déterminée, attrapa la main de Julien. « Regarde, Julien, il y a d’autres enfants comme nous. Nous avons le droit de rêver, maintenant. »
Élise, quant à elle, se tourna vers sa sœur aînée et, avec un sourire timide, demanda : « Est-ce qu'on va apprendre à lire, maman ? »
Ce simple rêve, celui d’apprendre à lire et à écrire, faisait naître un éclat d’espoir dans leurs yeux.
Ils n’avaient rien, mais l’école leur offrait quelque chose que la vie leur avait toujours refusé : l’opportunité de grandir, de s’élever.
Ils pénétrèrent enfin dans la cour.
Une maîtresse les accueillit chaleureusement et leur assigna une place dans la classe de primaire.
Les élèves les regardaient discrètement, mais personne ne se moquait d'eux.
La maîtresse, voyant leurs vêtements usés, les traita avec douceur.
« Bienvenue dans cette école. Vous êtes ici pour apprendre, pour grandir, et surtout, pour croire en vous-mêmes. »
Les mots de la maîtresse résonnèrent dans la tête de Julien. Croire en soi-même.
C’était peut-être la première fois qu’il entendait quelqu’un leur dire cela sans condescendance.
Tout au long de la journée, les enfants furent emportés dans un tourbillon de connaissances, de lettres, de chiffres et de découvertes.
Mais même au milieu de l’agitation de la classe, Julien n’arrivait pas à chasser le regard de sa mère. Il savait, au fond de lui, qu’elle se tenait dans l’ombre, loin des yeux des autres, mais toujours présente.
Elle faisait ce sacrifice pour eux, pour leur offrir une chance qu’elle n’avait pas eue.
Le goût de la liberté qu’ils ressentaient dans cette école était doux, mais amer à la fois.
Ils ne pouvaient s’empêcher de penser à la souffrance de leur mère, seule à la maison, sous le soleil de plomb, vendant son charbon pour leur avenir.
À la fin de la journée, alors qu’ils rentraient chez eux, Julien n’avait qu’une idée en tête : Il ferait tout pour honorer le sacrifice de sa mère.
Il savait que l’école était une chance qu’il devait saisir à bras-le-corps, une chance qu’il ne laisserait jamais filer.
Isabelle, elle, avait des étoiles plein les yeux. « Maman, l’école, c’est merveilleux ! On va apprendre à tout ! »
Marguerite les attendait devant la maison.
Son sourire était fatigué, mais il était aussi empli de fierté.
Elle n’avait pas besoin de savoir ce qui s’était passé dans la journée.
Le simple fait de les voir rentrer, souriants, suffisait à lui redonner un peu de force.
Ce soir-là, ils partagèrent leur repas frugal dans le silence, chacun pensant à la journée écoulée.
Et bien que la fatigue les accablât, il y avait quelque chose de nouveau dans l’air. L’espoir.
L’espoir qu’un jour, ce chemin difficile les conduirait vers un avenir plus lumineux, plus juste.
Un avenir où l’école serait la clé de leur libération.