
Chapitre 1
Write by Verdo
Les ténèbres de l'avidité enveloppent parfois les âmes, les poussant à des actes qui les lient inexorablement à un destin qu'elles ne comprennent pas.
Après le massacre à Fongbé-Zogbédzi, Ethiam disparut dans l'ombre de la nuit. Portant le sac de Mawugno en bandoulière, il quitta le village en silence, laissant derrière lui des cadavres, des cendres, et une terre à jamais souillée par son acte. Il arriva à Lomé, cette ville qui avait tant attiré Mawugno et qu'Ethiam voyait comme une promesse d'anonymat et de richesse.
Dans la petite chambre qu'il loua à la périphérie de la ville, Ethiam se posa pour examiner le contenu du sac volé. Son cœur battait fort, à la fois d'excitation et d'appréhension. En fouillant, il trouva d'abord des papiers : des documents officiels, soigneusement rangés dans une chemise.
Il les parcourut rapidement, et son regard s'arrêta sur des titres fonciers. Il réalisa alors que Mawugno possédait plusieurs propriétés : une maison spacieuse à Lomé, des parcelles de terre dans différentes régions et, bien sûr, la ferme de Fongbé-Zogbédzi. Un sourire se dessina sur son visage.
— Mawugno, murmura-t-il, toi qui pensais être au-dessus de tout le monde, voilà que ta fortune devient mienne.
Sans scrupule, Ethiam établit un plan : vendre ces biens un à un, disparaître dans la masse urbaine et bâtir une nouvelle vie sur ces richesses volées.
Au fond du sac, Ethiam trouva une petite sacoche noire. Intrigué, il l'ouvrit avec précaution. À l'intérieur se trouvaient sept cauris, disposés avec soin.
Il les observa un moment, perplexe.
— Qu'est-ce que c'est que cette idiotie ? grommela-t-il. Ce Mawugno, toujours à croire aux superstitions.
Avec un haussement d'épaules, il jeta la sacoche et son contenu dans la poubelle sans réfléchir davantage.
Au cours des semaines qui suivirent, Ethiam mit son plan en œuvre. Il utilisa les papiers de Mawugno pour vendre sa maison à Lomé à un riche acheteur, encaissant une somme considérable. Les parcelles de terre furent également vendues rapidement, lui rapportant encore plus d'argent.
Il devint méconnaissable, troquant ses habits simples de cultivateur pour des vêtements luxueux, fréquentant les lieux prisés de la ville, savourant sa nouvelle vie. Mais, dans l'ombre, quelque chose semblait le suivre, une présence intangible, comme un poids sur ses épaules.
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La richesse peut masquer les ténèbres de l'âme, mais elle ne peut apaiser le poids d'un acte impardonnable.
Après avoir vendu les propriétés de Mawugno, Ethiam se retrouva avec une fortune qu'il n'aurait jamais imaginée. Pour la première fois, il ressentit ce que signifiait être maître de son destin. Avec l'argent en main, il s'offrit une maison somptueuse à Avépozo, un quartier paisible et prisé pour sa proximité avec la mer.
La maison qu’il acheta était un véritable palais à ses yeux. De hauts murs peints en blanc, une grande cour ornée de fleurs tropicales, et une terrasse surplombant l’horizon. Ethiam y emménagea rapidement, savourant chaque instant de sa nouvelle vie, loin du tumulte du passé.
Cependant, Ethiam ne se contenta pas de dépenser sa fortune en plaisirs personnels. Ambitieux et déterminé, il investit dans des magasins de quincaillerie. Il ouvrit des boutiques dans plusieurs quartiers stratégiques de Lomé : Adidogomé, Agbalépédogan, Agoè, Ablogamé, Hédzranawoé, et même à Baguida.
Les affaires prospérèrent rapidement. Les habitants affluaient vers ses magasins pour acheter du ciment, des tôles, des clous et d'autres articles nécessaires pour leurs projets de construction. Ethiam, habillé impeccablement et parlant avec autorité, était désormais respecté dans le milieu des affaires.
Ses employés, bien qu'impressionnés par son succès, remarquaient parfois une mélancolie dans son regard, une expression furtive qu’il s’efforçait de cacher. Mais qui aurait pu deviner que cet homme d’affaires prospère portait un lourd secret ?
Bien qu’il jouisse d’un nouveau statut social, Ethiam sentait un manque. Il était conscient de ses limites en matière d’éducation. Incapable de lire correctement ou de s’exprimer avec aisance en français, il se sentait parfois ridicule lors de discussions importantes avec ses partenaires d’affaires.
Il prit alors une décision audacieuse : s’inscrire à des cours du soir.
Dans une petite école située dans le quartier de Tokoin, il se mêla à d’autres adultes qui, comme lui, cherchaient à améliorer leurs compétences. Les premières semaines furent difficiles. Lire et écrire les mots les plus simples semblait être un défi colossal. Pourtant, Ethiam persévéra.
Son professeur, un homme patient et encourageant, remarqua sa détermination.
— Monsieur Ethiam, lui dit-il un soir après les cours, vous êtes la preuve vivante qu’il n’est jamais trop tard pour apprendre.
Ces paroles résonnèrent en lui. Chaque soir, après avoir supervisé ses magasins, Ethiam s’installait à son bureau, une lampe allumée, et passait des heures à pratiquer l’écriture et à lire des textes simples. Au fil des mois, il s’améliora considérablement.
À Avépozo, Ethiam menait une vie paisible. Il organisait de somptueuses réceptions dans sa maison, invitant des hommes d'affaires influents, des politiciens et des membres de la haute société. Il leur racontait des histoires embellies sur son parcours, évoquant un prétendu héritage familial et son habileté à développer des affaires.
Cependant, malgré le luxe et le respect qu’il avait gagnés, Ethiam sentait parfois une ombre planer sur lui. Les nuits étaient les plus difficiles. Il rêvait souvent de Mawugno, de sa famille, de la ferme. Dans ses cauchemars, le sac noir et ses cauris réapparaissaient, comme un rappel incessant de ce qu’il avait jeté sans comprendre.
À Lomé, Ethiam devint un modèle de réussite pour ceux qui l'entouraient. Des jeunes entrepreneurs venaient lui demander conseil. Ses magasins prospéraient, et son influence grandissait.
Cependant, ce succès était bâti sur un mensonge, un crime qui continuait de hanter son âme. Bien qu’il ait tout ce qu’il avait toujours désiré – richesse, statut, respect – il ne pouvait échapper à une vérité fondamentale : la terre qu’il avait abandonnée à Fongbé-Zogbédzi et les vies qu’il avait détruites demeuraient les fondations instables de son empire.
La richesse peut acheter le confort et le respect, mais elle ne peut racheter une conscience troublée.
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La foi est une flamme qui éclaire les ténèbres du doute, mais dans les mains des hommes, elle devient aussi une arme de pouvoir.
Le pasteur Sika est une figure incontournable du paysage religieux du pays. Depuis son jeune âge, il avait montré une dévotion exceptionnelle à la foi chrétienne. Né dans une famille modeste à Danyi, il affirma avoir reçu, à l’âge de 12 ans, une vision divine qui marquerait sa destinée. Dans ce rêve, il raconta avoir vu une lumière éclatante descendre des cieux, accompagnée d’une voix puissante :
— Sika, je t’ai choisi pour conduire mon peuple à la vérité. Je ferai de toi une lumière dans les ténèbres.
Cette expérience le transforma profondément. Dès lors, il se consacra entièrement à l’étude de la bible et à la prière, développant un charisme et une éloquence qui lui valurent rapidement l’admiration de ceux qui l’écoutaient.
À l’âge adulte, Sika fonda sa première église dans une petite salle de classe désaffectée à Lomé. Ce qui commença modestement devint rapidement un phénomène. Ses sermons, empreints de ferveur, d’humanité et de sagesse, attiraient des foules de plus en plus nombreuses.
Il prêchait un message de foi, de discipline et de prospérité divine, affirmant que ceux qui obéissaient aux enseignements de Dieu connaîtraient non seulement le salut éternel, mais aussi une vie abondante sur terre.
— Dieu ne nous appelle pas à vivre dans la misère, proclamait-il souvent. Il veut que ses enfants règnent sur cette terre comme au ciel !
En quelques années, l’église du pasteur Sika, baptisée La Voie de la Vérité, s’étendit à toutes les régions du pays. Des succursales furent ouvertes dans les villes et les villages, chacune équipée de salles spacieuses pouvant accueillir des centaines, voire des milliers de fidèles.
Le pasteur Sika ne se limita pas à son réseau d’églises. Visionnaire, il comprit très tôt l’importance des médias dans la diffusion de son message. Il lança une chaîne de télévision et une station de radio, toutes deux dédiées à l’enseignement chrétien.
Chaque matin, des millions de foyers s’accordaient sur Radio Vérité ou TV Vérité pour écouter ses prédications, participer à des séances de prière ou suivre des émissions éducatives sur la bible. Sa voix, reconnaissable entre mille, résonnait dans les villes comme dans les campagnes, prêchant l’amour de Dieu et la justice divine.
Ces médias ne se contentaient pas de diffuser des messages religieux. Ils offraient également des conseils pratiques sur la vie quotidienne : gestion financière, éducation des enfants, et résolution des conflits familiaux. Pour beaucoup, le pasteur Sika était plus qu’un guide spirituel ; il était une source d’inspiration et un modèle à suivre.
Le succès de Sika ne passa pas inaperçu auprès des autorités politiques du pays. Il entretenait des relations cordiales avec les dirigeants, qui voyaient en lui un allié précieux. Lors des grandes cérémonies nationales, il était souvent invité à prononcer des prières ou des bénédictions, consolidant ainsi sa position en tant que figure emblématique.
Malgré ses liens avec le pouvoir, Sika gardait l’image d’un homme humble et pieux. Il répétait souvent à ses fidèles :
— Je ne suis qu’un serviteur de Dieu. Si j’ai réussi, c’est grâce à Sa grâce et à votre foi.
Cependant, il dirigeait son église comme une entreprise rigoureuse. Les finances étaient gérées avec une transparence exemplaire, chaque sou collecté étant réinvesti dans les œuvres de l’église : construction de nouveaux lieux de culte, soutien aux orphelinats, et financement de bourses pour les jeunes défavorisés.
Sika se considérait comme le berger de son peuple, mais son ambition allait au-delà des frontières du pays. Il organisait des croisades internationales, attirant des foules dans les pays voisins et même en Europe et en Amérique.
— Dieu m’a appelé pour amener ses enfants à la terre promise, disait-il souvent. Cette terre promise, mes frères et sœurs, c’est le paradis !
Son charisme et son message d’espoir lui valurent une renommée mondiale. Pourtant, malgré son succès fulgurant, le pasteur Sika restait un homme de foi. Il passait des heures chaque jour en prière, demandant à Dieu la force de continuer sa mission.
Mais tout succès attire aussi des critiques. Certains remettaient en question ses motivations, accusant Sika d’exploiter la foi des gens pour s’enrichir. D’autres pointaient du doigt son train de vie confortable, contrastant avec la pauvreté de nombreux fidèles.
Pourtant, ces accusations glissaient sur lui comme l’eau sur une pierre.
— Le monde ne comprendra jamais l’œuvre de Dieu, répondait-il simplement. Mais ceux qui croient verront Sa gloire.
Le pasteur Sika restait une énigme. Était-il un véritable homme de Dieu, guidé par une mission divine, ou un stratège habile ayant su tirer parti de la foi populaire ? Quoi qu’il en soit, son influence était indéniable.
Dans un pays en quête de repères, il était à la fois une lumière pour certains et une figure controversée pour d’autres.
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La foi, aussi forte soit-elle, ne doit jamais devenir un fardeau pour ceux qui la portent et ceux qui les entourent.
Ce dimanche-là, le soleil était haut dans le ciel, et l’air était chargé de la ferveur des fidèles quittant l’église La Voie de la Vérité. Après un sermon enflammé sur le pardon et l’équilibre dans la vie chrétienne, le pasteur Sika se tenait à l’entrée du temple, bénissant les uns, écoutant brièvement les préoccupations des autres.
Parmi la foule, Selinam, une femme d’une quarantaine d’années, au visage empreint d’une piété ardente, attendait son tour avec impatience. C’était une fidèle assidue, connue pour ses visions prophétiques et sa dévotion totale à l’église.
— Mon père spirituel, murmura-t-elle en s’agenouillant devant lui. Je dois vous parler en privé, c’est une question urgente.
Voyant l’angoisse dans ses yeux, le pasteur Sika posa une main bienveillante sur son épaule.
— Selinam, relève-toi. Dieu ne nous demande pas de nous agenouiller devant un homme. Passe me voir dans mon bureau après la messe.
Elle acquiesça, les yeux brillants de reconnaissance.
Dans son bureau, Selinam raconta ses déboires conjugaux avec une voix tremblante.
— Mon mari n’accepte plus ma mission divine, dit-elle, les mains jointes comme pour implorer une solution. Il dit que je passe trop de temps à l’église, que je néglige la maison. Mais comment pourrais-je refuser de servir Dieu ?
Le pasteur l’écouta en silence, son visage grave. Il savait que cette situation n’était pas unique. Les tensions entre la foi et les responsabilités familiales étaient fréquentes parmi ses fidèles.
— Selinam, dit-il finalement, ce que vous me dites est sérieux. Je vais prier pour vous et pour votre mari. Mais il faudra que je parle à vous deux ensemble pour mieux comprendre la situation.
Selinam hocha la tête, soulagée.
Quelques jours plus tard, le pasteur Sika convoqua le couple dans son bureau. Selinam arriva la première, vêtue d’un pagne modeste et portant sa bible comme un bouclier. Son mari, Kodjo, entra peu après, les sourcils froncés, le visage fermé.
Le pasteur les invita à s’asseoir.
— Merci d’être venus. Nous sommes ici pour chercher la paix et l’harmonie, dit-il calmement. Kodjo, je vous écoute en premier.
Kodjo ne perdit pas de temps à exprimer son mécontentement.
— Pasteur, ma femme a oublié qu’elle est mariée. Elle passe tout son temps ici à l’église. Sept jours sur sept, parfois même la nuit ! Qui va s’occuper de la maison ? Qui va cuisiner ? Parfois, je me couche le ventre vide parce qu’elle est trop occupée à « prier ». Et les devoirs conjugaux ? On dirait que cela n’a plus d’importance pour elle.
Il tourna un regard accusateur vers Selinam, qui baissa les yeux.
— Si cela continue, je vais l’obliger à quitter cette église, conclut-il avec colère.
Le pasteur Sika se tourna ensuite vers Selinam, qui répondit d’une voix tremblante mais déterminée :
— Mon père spirituel, c’est Dieu Lui-même qui m’a donné cette mission. Je suis une prophétesse, et mon rôle est d’aider à la direction spirituelle de cette église. Je ne fais que suivre Sa volonté.
— Mais qu’en est-il de votre mariage ? demanda le pasteur avec douceur. Dieu ne vous a-t-il pas aussi confié votre mari et votre foyer ?
Selinam resta silencieuse, le regard fixé sur ses mains.
Après les avoir longuement écoutés, le pasteur Sika se redressa et parla avec autorité.
— Selinam, votre zèle pour Dieu est admirable, mais il ne doit pas se faire au détriment de votre foyer. La Bible dit : « La femme sage bâtit sa maison, mais la femme insensée la détruit de ses propres mains. » Votre mari a raison d’être frustré. Vous avez des responsabilités envers lui et votre maison.
Il se tourna vers Kodjo.
— Mon frère, je comprends votre douleur, et je vous demande pardon au nom de l’église si nous avons contribué à cette situation. Je vous promets de veiller à ce que Selinam trouve un équilibre entre sa foi et sa vie de famille.
Kodjo hocha la tête, visiblement apaisé par ces paroles.
Le pasteur se tourna de nouveau vers Selinam.
— À partir d’aujourd’hui, vous devez limiter votre présence à l’église à trois jours par semaine, sauf en cas d’événements exceptionnels. Le reste du temps, vous devez être chez vous, prendre soin de votre maison et honorer votre mari.
Selinam acquiesça, les larmes aux yeux.
— Oui, mon père spirituel. Je ferai ce que vous dites.
— Bien, répondit le pasteur en souriant. Prions ensemble pour sceller cet engagement.
Ils s’agenouillèrent tous les trois, et le pasteur Sika prononça une prière fervente, demandant à Dieu de restaurer la paix et l’amour dans ce foyer.
À la fin de la rencontre, Kodjo serra la main du pasteur avec gratitude.
— Merci, pasteur. Vous êtes un homme de Dieu.
Selinam, quant à elle, quitta le bureau avec un mélange de soulagement et de résignation. Elle savait que changer ses habitudes ne serait pas facile, mais elle était déterminée à suivre les conseils de son guide spirituel.
Le pasteur Sika les regarda partir, songeur. Il savait que ce n’était qu’une bataille parmi tant d’autres dans la mission complexe de conduire ses fidèles à la fois sur le chemin de Dieu et sur celui de la vie terrestre.
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La nuit tombait sur Lomé, enveloppant la ville dans une douceur paisible. Les lumières de la résidence luxueuse d’Ethiam brillaient comme un joyau à Avépozo. À l’intérieur, tout respirait l’opulence : des tapis épais, des meubles en bois précieux, des œuvres d’art accrochées aux murs, et une grande baie vitrée donnant sur une piscine éclairée.
Ethiam venait de rentrer d’une longue journée à sillonner ses magasins de quincaillerie dispersés dans plusieurs quartiers de la capitale. Fatigué, il laissa tomber sa veste sur le dossier d’une chaise et s’affala lourdement dans son immense divan en cuir noir, soupirant d’aise.
Il allongea ses jambes sur le repose-pieds, le corps épuisé mais l’esprit satisfait. Un sourire naquit sur ses lèvres alors qu’il contemplait son salon, symbole de sa réussite. Tout cela était à lui. Il était riche, puissant, respecté.
Dans sa tête, une petite voix douce mais insistante semblait lui parler :
— Bravo, Ethiam, tu as réussi. Regarde-toi, tu es parti de rien et te voilà au sommet. Tout ça grâce à toi.
Ce murmure flattait son ego, et il se laissait volontiers bercer par ces pensées. Il tourna son regard vers la table centrale, admirant une bouteille de vin et un plateau de fruits exotiques soigneusement disposés par sa domestique.
Puis, quelque chose attira son attention. Une sacoche noire trônait là, à moitié dissimulée sous un magazine. Il plissa les yeux, intrigué.
Cette sacoche... Elle lui était étrangement familière. Son cœur rata un battement lorsqu’il réalisa ce que c’était.
— Mais... c’est impossible, murmura-t-il pour lui-même.
Il se redressa brusquement, oubliant sa fatigue. Ses mains tremblantes saisirent la sacoche, et il la retourna plusieurs fois, l’inspectant sous toutes ses coutures. Oui, c’était bien celle qu’il avait jetée dans la poubelle, des mois auparavant, après avoir fouillé le sac de Mawugno.
Comment était-elle revenue ici ? Il se souvint du jour où il avait trouvé cette sacoche dans le sac de son ancien ami. Elle contenait sept cauris. À l’époque, il avait pensé que ces coquillages n’avaient aucune valeur. Pourquoi avait-il pris la peine de la garder ? Pourquoi ne s’était-elle pas perdue avec les ordures ?
Ethiam ouvrit la sacoche avec précaution, comme si elle contenait un mystère qu’il n’était pas sûr de vouloir découvrir. Les sept cauris étaient toujours là, posés au fond comme un trésor oublié. Il les prit dans sa main, les observant à la lumière tamisée de la lampe.
— Ce ne sont que de simples coquillages, dit-il à voix haute, tentant de se convaincre.
Mais il sentit un léger frisson parcourir son échine. Ces cauris, malgré leur apparente banalité, semblaient dégager une aura étrange, presque intimidante.
Il les posa rapidement sur la table, comme si leur contact lui brûlait la peau. Ses pensées commencèrent à s’embrouiller. Il se demanda pourquoi il n’avait pas remarqué leur disparition avant ce soir. Qui avait remis cette sacoche sur sa table ? Et surtout, pourquoi ?
Ethiam se leva, agité, et fit les cent pas dans son salon. Ses yeux allaient sans cesse de la sacoche aux cauris. Une sueur froide perlait sur son front. Pour la première fois depuis longtemps, il sentit une pointe d’inquiétude le ronger.
Il murmura, comme pour se rassurer :
— Ce ne sont que des cauris. Rien d’autre. Des objets sans importance.
Mais au fond de lui, une petite voix différente, bien moins agréable que celle qui l’ovationnait quelques instants plus tôt, commença à se faire entendre. Une voix qui murmurait des mots qu’il préférait ignorer : Et si ces cauris n’étaient pas aussi anodins que tu le crois ? Et si cette sacoche était revenue pour te rappeler ce que tu as fait ?
Il éteignit brusquement la lumière du salon, laissant l’obscurité envahir la pièce, comme s’il pouvait ainsi fuir les pensées qui l’assaillaient. Mais dans l’ombre, les cauris semblaient briller faiblement, comme pour lui rappeler que certaines choses du passé ne peuvent être enterrées si facilement.
Écrit par Koffi Olivier HONSOU.
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