Prologue

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PROLOGUE 

Dans les méandres du temps, le village de Fongbé-Zogbédzi s'est forgé une identité riche et complexe, tissée par les destins croisés de ses habitants.

Il y a plusieurs décennies, Koffi et Ama, un couple animé par l'espoir, quittèrent leur terre natale à la recherche d'un avenir meilleur. Leur périple les mena à travers des paysages variés jusqu'à une clairière fertile, baignée par le soleil et bordée de forêts luxuriantes. Séduits par la richesse du sol et la tranquillité des lieux, ils décidèrent de s'y établir, posant ainsi les premières pierres de ce qui deviendrait Fongbé-Zogbédzi.
Avec ardeur, Koffi défricha la terre, plantant des céréales, des tubercules et des arbres fruitiers. Ama, quant à elle, s'occupa de l'organisation du foyer et participa activement aux travaux agricoles. Leur labeur transforma la clairière en une ferme prospère, attirant l'attention des villages voisins.

Leur fils aîné, Yaovi, hérita de la ferme familiale. Marié à Akouvi, une femme au caractère fort et à la sagesse reconnue, il poursuivit l'œuvre de ses parents. Sous leur direction, la ferme connut une expansion notable, intégrant de nouvelles cultures et des techniques agricoles innovantes. Le couple devint une référence dans la région, symbolisant la réussite et la générosité.

Pendant cette période de prospérité, le village fut témoin de l'arrivée de Kodjo et Afi, accompagnés de leur jeune fils, Ethiam. Fuyant des troubles dans leur région d'origine, ils cherchaient un refuge sûr. Leur arrivée suscita des débats au sein de la communauté, partagée entre méfiance et compassion.

Yaovi et Akouvi, sensibles à leur détresse, plaidèrent en faveur de leur accueil. Le couple proposa de leur céder une parcelle de leur terre pour qu'ils puissent subvenir à leurs besoins. Cette décision, bien que généreuse, fut perçue par certains comme risquée, craignant des tensions futures.

Les premières années de cohabitation furent harmonieuses. Kodjo et Afi s'intégrèrent progressivement, participant aux activités communautaires et respectant les traditions locales. Cependant, des divergences culturelles et des incompréhensions apparurent avec le temps, alimentant des tensions latentes.

Les enfants des deux familles, bien que grandissant ensemble, ressentaient ces non-dits. Mawugno, fils de Yaovi, et Ethiam développèrent une relation complexe, oscillant entre amitié et rivalité. Leurs jeux d'enfants se transformèrent en compétitions, reflétant les tensions sous-jacentes entre les deux familles.
Yaovi et Akouvi inculquèrent à leurs enfants l'importance de l'héritage familial, du respect des ancêtres et de la préservation des terres. De leur côté, Kodjo et Afi transmettaient à Ethiam les valeurs de résilience, de gratitude et l'importance de saisir les opportunités pour améliorer sa condition.
Ces enseignements divergents façonnèrent les personnalités de Mawugno et d'Ethiam, préparant le terrain à des confrontations futures. Le village, témoin silencieux de ces dynamiques, continuait de prospérer, tout en abritant en son sein les germes de conflits à venir.
Le temps, implacable, poursuit sa course, emportant avec lui une génération pour en installer une autre.
Les années passèrent, et la ferme de Fongbé-Zogbédzi continua de prospérer sous la houlette de Yaovi et Akouvi. Cependant, la vie, avec son lot d'imprévus, finit par rappeler Yaovi à elle. Akouvi, sa fidèle compagne, le rejoignit peu de temps après, laissant derrière eux un héritage riche et une terre fertile.

De leur côté, Kodjo et Afi, les parents d'Ethiam, succombèrent également aux affres du temps, laissant leur fils unique face à un avenir incertain.

Mawugno, désormais orphelin, ressentit le besoin de changer d'air. La ville de Lomé, avec ses lumières scintillantes et ses promesses d'opportunités, l'attirait irrésistiblement. Cependant, une question cruciale demeurait : que faire de la ferme familiale ?
Après mûre réflexion, et conscient de l'attachement d'Ethiam à cette terre qu'il avait cultivée aux côtés de ses parents, Mawugno prit une décision. Il convoqua Ethiam pour une discussion franche.

Assis sous le grand baobab qui avait vu tant de générations se succéder, Mawugno s'adressa à Ethiam :

<< Ethiam, mon frère, la ville m'appelle et je dois répondre à cet appel. Je te confie la gestion de notre ferme en mon absence. Prends-en soin comme si c'était la tienne.>>

Ethiam, touché par cette marque de confiance, acquiesça avec gravité.

<<Je veillerai sur cette terre, Mawugno. Elle continuera de prospérer jusqu'à ton retour.>>

Ainsi, les destins de Mawugno et d'Ethiam s'entremêlèrent davantage, chacun portant le poids de ses responsabilités et de ses aspirations.

Les liens tissés par le temps peuvent se défaire en un instant, surtout lorsque la terre, source de vie et de subsistance, devient l'objet de convoitises et de malentendus.

Après plusieurs années passées à Lomé, Mawugno décida de revenir à Fongbé-Zogbédzi. Fort de son expérience urbaine et accompagné de sa famille ainsi que d'investisseurs intéressés par le potentiel de la ferme, il envisageait de moderniser les infrastructures agricoles en y implantant une usine de transformation. Cette initiative visait à créer des emplois locaux et à dynamiser l'économie du village.

À son arrivée, Mawugno convoqua Ethiam pour lui exposer son projet. Cependant, Ethiam, qui avait géré la ferme en l'absence de Mawugno, se montra réticent. Il considérait que les années passées à travailler la terre lui conféraient des droits sur celle-ci. Selon lui, son investissement personnel et les améliorations apportées justifiaient sa revendication de propriété.
La discussion s'envenima rapidement. Ethiam exprima son ressentiment, accusant Mawugno de l'abandonner pour la ville et de revenir uniquement pour récolter les fruits de son labeur. Mawugno, surpris par cette hostilité, tenta de rappeler les termes de leur accord initial, mais Ethiam resta inflexible.

Face à l'impasse, les deux hommes décidèrent de porter le différend devant le chef du village, gardien des traditions et arbitre des conflits. Lors de l'audience, Mawugno présenta les documents attestant de la propriété familiale de la ferme, héritée de ses ancêtres. Ethiam, de son côté, plaida la possession par l'usage, arguant que son travail continu sur la terre lui en donnait la légitimité.

Après avoir écouté les deux parties et consulté les anciens du village, le chef rendit son verdict. Il reconnut la propriété légale de Mawugno, tout en louant le dévouement d'Ethiam. Il suggéra une collaboration entre les deux hommes pour le bien du village, mais confirma que la décision finale appartenait au propriétaire légitime.
Cette décision plongea Ethiam dans une profonde amertume. Se sentant trahi et dépossédé, il laissa la colère obscurcir son jugement. Animé par un désir de vengeance, il élabora un plan funeste.

Profitant de la visite de Mawugno, de sa famille et des investisseurs sur la ferme, Ethiam tendit une embuscade. Armé et déterminé, il attaqua le groupe, causant la mort de tous les présents. Dans sa fuite précipitée, il s'empara du sac de Mawugno.

Le village, choqué par cette tragédie, se retrouva plongé dans le deuil et l'incompréhension. La ferme, autrefois symbole de prospérité et d'unité, devint le théâtre d'un drame qui marquerait à jamais les mémoires.

Écrit par Koffi Olivier HONSOU. 

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