Chapitre 11 : Une fratrie unie dans l’adversité

Write by Ellie chou

Dans la petite maison familiale, le vent soufflait doucement à travers les volets de bois.

La nuit tombait sur le village, apportant avec elle le calme après une journée mouvementée.

Marguerite Kouassi s’affairait encore au restaurant, tandis que ses trois enfants, Julien, Isabelle et Élise, étaient réunis dans leur chambre exiguë.

Ils avaient grandi ensemble, traversé les mêmes tempêtes et partagé les mêmes espoirs.

Mais l’adolescence et ses épreuves les poussaient parfois à s’éloigner les uns des autres.

Pourtant, dans les moments difficiles, une seule chose comptait : ils étaient une famille.

Un soir, Julien rentra chez lui le visage fermé. Il ne parlait pas, le regard fixé au sol.

Isabelle et Élise échangèrent un regard inquiet.

« Julien, qu’est-ce qui se passe ? » demanda Isabelle en s’approchant.

Il soupira profondément avant de s’asseoir sur le lit.

« Un groupe de garçons au quartier veut que je les rejoigne.

Ils disent que c’est la seule façon d’avoir du respect et de l’argent. »

Le silence tomba dans la pièce. Isabelle et Élise savaient ce que cela signifiait.

Ces bandes de jeunes désœuvrés qui traînaient dans les rues, vivant de petites combines et de mauvais coups…

Élise se redressa brusquement.

« Tu ne vas pas les écouter, hein ?! Tu vaux mieux que ça, Julien ! »

Julien passa une main sur son visage.

« Je sais… Mais parfois, j’ai l’impression que maman se tue au travail pour rien. Que malgré tout, on ne s’en sortira jamais vraiment… »

Isabelle posa une main sur son épaule.

« Ne dis pas ça, Julien. Regarde où nous en sommes aujourd’hui. L’école, le restaurant, maman qui se bat pour nous… Tu veux tout gâcher ? »

Il ne répondit pas tout de suite.

Il sentait la colère, l’impatience, le désir de prouver qu’il pouvait être plus qu’un simple élève sans argent. Mais en regardant ses sœurs, il comprit.

Il n’était pas seul. Ils étaient ensemble.

« Tu as raison. Je ne veux pas décevoir maman. Ni vous. »

De son côté, Isabelle devait faire face à une autre forme de pression. Les ragots.

Depuis quelque temps, certaines filles du quartier chuchotaient sur elle.

« Elle se croit mieux que nous, avec ses études. »
« On parie qu’elle finira avec un homme riche et nous snobera ? »

Ces paroles la blessaient.

Elle n’avait jamais cherché à se sentir supérieure, elle voulait juste réussir.

Un soir, alors qu’elle rentrait avec Élise, une fille de son âge l’interpella sèchement.

« Tu te prends pour qui avec tes cahiers et ton air de princesse ? La vraie vie, c’est pas l’école. »

Isabelle sentit la colère monter, mais Élise la retint par le bras.

《Ne réagis pas, Isa. Elles veulent juste te voir tomber. 》

Elle prit une grande inspiration. Elle savait qu’elle devait être plus forte que les mots blessants.

En rentrant, Julien la vit troublée et lui demanda ce qui n’allait pas.

Lorsqu’elle lui raconta, il serra les poings.

« Ne les laisse jamais t’atteindre, Isabelle.

Elles parlent parce qu’elles ont peur de te voir réussir. »

Ces mots résonnèrent en elle.

Oui, elle devait continuer à avancer. Peu importaient les jalousies, elle avait sa famille à ses côtés.

Élise, elle, ressentait une autre pression.

Elle était la plus jeune, mais aussi la plus studieuse. Tout le monde attendait d’elle qu’elle soit la meilleure.

Un jour, elle rentra en pleurs. Isabelle et Julien se précipitèrent vers elle.

« Que s’est-il passé ? » demanda Julien, inquiet.

Elle hoqueta entre deux sanglots.

« J’ai eu une mauvaise note… J’ai peur que maman soit déçue… »

Isabelle et Julien échangèrent un regard attendri.

« Élise, ce n’est pas une note qui définit ta valeur. Regarde tout ce que tu as déjà accompli ! » dit Isabelle en lui caressant les cheveux.

Julien ajouta :

« Maman sera fière de toi, quoi qu’il arrive. Ce qui compte, c’est de toujours essayer. »

Élise sécha ses larmes.

Elle comprenait que la pression qu’elle se mettait était trop grande.

Elle n’avait pas à porter le poids du monde seule.

Ce soir-là, assis ensemble sous le manguier de leur cour, les trois frères et sœurs se firent une promesse.

« On ne se laissera jamais tomber. Peu importe les épreuves, on restera unis. »

Leurs mains se joignirent dans l’obscurité, illuminées par la douce lumière de la lune.

Ils étaient une famille. Une fratrie unie dans l’adversité.

Et rien, ni la pauvreté, ni les moqueries, ni les tentations, ne viendrait briser ce lien.


Le combat d'une vie...