
Chapitre 2 : Un monde sans papa
Write by Ellie chou
Les jours qui suivirent leur départ de la maison furent un tourbillon de douleur et d’incertitude.
Marguerite, avec ses trois enfants, trouva refuge chez une vieille tante éloignée qui accepta de les héberger temporairement dans une petite pièce en terre battue, à l’arrière de sa maison.
Mais rien n’était plus pareil.
Élise, du haut de ses quatre ans, ne comprenait pas vraiment ce qui se passait.
Tout ce qu’elle savait, c’est que son père n’était plus là et que sa maison non plus.
Chaque matin, elle se réveillait dans cet espace étranger, le cœur serré par une absence qu’elle ne pouvait nommer.
« Maman… papa est où ? Il revient quand ? » demandait-elle souvent, les yeux grands ouverts d’espoir.
Marguerite fermait les yeux un instant avant de lui caresser tendrement les cheveux. « Papa est parti très loin, ma chérie… Il ne reviendra pas. »
Mais comment expliquer la mort à une enfant de quatre ans ? Comment lui faire comprendre que son monde venait de basculer pour toujours ?
Julien, lui, refusait de pleurer. À seulement douze ans, il voulait être fort pour sa mère et ses sœurs.
Il regardait Marguerite se lever chaque matin avant l’aube pour aller chercher du charbon de bois qu’elle revendait ensuite, et il serrait les dents en silence. Il n’avait plus le luxe d’être un enfant.
Isabelle, quant à elle, avait pris l’habitude de consoler Élise, même si elle-même se sentait brisée.
La nuit, quand tout était calme, elle entendait leur mère pleurer. Des sanglots étouffés, des prières murmurées à voix basse. Alors, elle se recroquevillait sur elle-même et fermait les yeux très fort, espérant que tout cela ne soit qu’un cauchemar.
Un matin, alors que Marguerite revenait du marché, un sac de charbon sur la tête, elle croisa une vieille connaissance du village.
« Marguerite… Quelle tristesse. Voir la femme du grand Henri dans cet état… » La femme soupira en secouant la tête. « Vraiment, la vie est cruelle. »
Marguerite ne répondit pas. Elle savait ce que les gens disaient.
La veuve d’Henri Kouassi, forcée de mendier un toit. Certains compatissaient, d’autres la jugeaient en silence, murmurant qu’elle aurait dû « accepter son sort » auprès de la famille de son mari, même si cela signifiait perdre ses enfants.
Mais Marguerite avait choisi. Elle ne sacrifierait jamais ses enfants sur l’autel des traditions.
Ce soir-là, alors qu’elle préparait un simple repas de riz avec quelques morceaux de poisson séché, Élise s’approcha d’elle, tenant un petit morceau de bois dans ses mains.
« Maman, regarde, j’ai écrit papa ! »
Marguerite baissa les yeux et vit les lettres tremblantes qu’Élise avait maladroitement tracées dans la poussière. Son cœur se serra.
« Tu te souviens encore de lui, ma chérie ? » murmura-t-elle, émue.
Élise hocha la tête. « Oui, il me chantait une chanson avant de dormir… Je veux l’attendre, maman. Il va revenir. »
Marguerite sentit les larmes lui monter aux yeux, mais elle les ravala avec force.
Elle prit sa fille dans ses bras et la serra contre elle.
« Papa est dans ton cœur, mon amour. Il est là, avec nous, à chaque instant. »
Mais alors qu’elle prononçait ces mots, elle savait que rien ne pourrait combler ce vide.
Un monde sans Henri était un monde cruel, un monde où elle devait se battre seule, un monde où l’avenir de ses enfants reposait entièrement sur ses épaules fatiguées.
Et pourtant, au fond d’elle, une lueur brûlait encore. Elle se battrait.
Pour Julien, pour Isabelle, pour Élise. Pour que, même sans leur père, ils ne manquent jamais d’amour, de dignité et d’un avenir meilleur.
Un monde sans papa était un monde injuste… mais elle refusait qu’il soit un monde sans espoir.
A bientôt .