
Chapitre 7 : La Tempête
Write by Ellie chou
Lisbonne s’éveillait doucement sous un ciel tourmenté. De lourds nuages gris s’amoncelaient sur l’horizon, apportant avec eux un vent chargé d’électricité.
Mais ce n’était rien comparé à la tempête qui grondait dans l’esprit de Jean-Philippe.
Il était assis dans la petite chambre d’hôtel qu’il occupait depuis son arrivée, un ordinateur ouvert devant lui. Ses doigts hésitaient au-dessus du clavier. Son regard était fixé sur un e-mail dont l’objet en lettres capitales semblait lui brûler les yeux :
"Nouveau poste à Dubaï
–Votre confirmation est attendue."
Il avait passé des années à gravir les échelons du monde de l’architecture.
Des projets ambitieux, des villes futuristes, des contrats faramineux…
Tout cela l’avait défini, l’avait porté. Mais ce matin-là, tout lui semblait… creux.
Il leva les yeux vers la fenêtre. De l’autre côté de la vitre embuée, Lisbonne continuait de vivre, indifférente à ses tourments. Et quelque part dans cette ville, Mariana l’attendait.Il la retrouva dans son atelier, un vaste espace baigné de lumière, rempli de toiles en cours de création. L’odeur de la peinture fraîche flottait dans l’air, et le sol était parsemé de taches colorées témoignant de ses heures passées à travailler.
Elle était concentrée, un pinceau entre les doigts, son visage marqué par une intense réflexion.
— Je te dérange ? demanda-t-il doucement.
Elle leva la tête, surprise mais heureuse de le voir.
— Tu ne me déranges jamais.
Il s’approcha, observant son tableau. Une explosion de couleurs abstraites, entre violence et harmonie.
— C’est puissant, murmura-t-il.
— C’est… ce que je ressens, répondit-elle simplement.
Il fronça légèrement les sourcils.
— Et qu’est-ce que tu ressens ?
Elle posa son pinceau et le regarda droit dans les yeux.
— De l’incertitude.
Jean-Philippe sentit son cœur se serrer. Il savait que ce n’était pas juste une réponse artistique.
— À propos de nous ?Elle prit une profonde inspiration.
— À propos de nous, de mon travail, de ma place dans ce monde.
Il s’appuya contre une étagère en bois.
— Moi aussi, je suis perdu.
Elle haussa un sourcil, étonnée. Jean-Philippe, l’homme sûr de lui, confessait son trouble ?
— J’ai reçu une offre pour un poste important à Dubaï, lâcha-t-il enfin.
Mariana sentit un frisson lui parcourir l’échine.
— Et ?
— Et j’ai envie de tout laisser tomber.
Elle cligna des yeux, surprise.
— Tu plaisantes ?
— Non. Il passa une main nerveuse dans ses cheveux. Je ne peux pas me contenter de bâtir des gratte-ciels sans âme, de courir après des budgets démesurés. Je veux construire autrement.
Peut-être même… ici.
Elle sentit son cœur se serrer d’une étrange émotion, entre espoir et panique.
— Tu veux rester à Lisbonne ?
Il s’approcha d’elle, prit ses mains dans les siennes.
— Je veux voir où cette histoire nous mène, toi et moi. Je veux faire quelque chose qui me passionne vraiment.
Mariana baissa les yeux, les pensées se bousculant dans son esprit.
— Jean-Philippe… c’est fou.
— C’est peut-être fou, oui. Mais ce qui est encore plus fou, c’est l’idée de retourner à ma vie d’avant comme si rien n’avait changé.
Elle inspira profondément.
— Et moi dans tout ça ?
Il fronça légèrement les sourcils.
— Comment ça ?
Elle se détacha légèrement de lui et marcha jusqu’à une fenêtre.
La pluie commençait à tomber, tambourinant doucement contre les vitres.
—Je suis fière de ce que tu fais. Je suis heureuse que tu veuilles suivre ta passion. Mais moi ? Je ressens une pression énorme.
Il s’approcha doucement.
— Quelle pression ?
Elle croisa les bras.
— Celle d’être à la hauteur. De ne pas être juste "l’artiste bohème" pendant que toi, tu fais des choix courageux et radicaux.
Il secoua la tête.
— Mariana, tu es déjà à la hauteur. Tu es talentueuse, reconnue…
Elle eut un rire amer.
— Reconnue ? Je suis encore en train de me battre pour exister dans ce monde. J’ai des expositions, oui, mais rien de stable.
Et toi, tu es là, prêt à tout plaquer, alors que moi, je ne suis même pas sûre de mon propre chemin.
Jean-Philippe sentit une pointe d’inquiétude monter en lui. Il ne voulait pas qu’elle se sente en compétition avec lui.
— Je ne veux pas que tu ressentes ça. Ce n’est pas une course.
Elle soupira, ses épaules s’affaissant légèrement.
— Je sais. Mais c’est plus fort que moi.
Il posa une main sur sa joue, la forçant à le regarder.
— Alors avançons ensemble. Ni l’un devant, ni l’un derrière. Juste… ensemble.
Elle le regarda longuement, puis hocha lentement la tête.
— D’accord. Mais promets-moi une chose.
— Tout ce que tu veux.
— Ne fais pas ça uniquement pour moi. Fais-le parce que c’est ce que tu veux vraiment.
Un silence. Puis un sourire sincère se dessina sur ses lèvres.
— Je te le promets.
Elle l’attira contre elle et l’embrassa, un baiser intense, plein de doutes et d’espoir mêlés.
Dehors, la pluie s’intensifiait, battant contre les fenêtres comme un écho à leurs incertitudes.
Mais à l’intérieur, dans cette pièce remplie de toiles inachevées, deux âmes cherchaient encore leur chemin.
Et peut-être, juste peut-être, allaient-elles le trouver ensemble.
A bientôt.