Chapitre 9: Je Te Déteste.
Write by L'UNIVERS DE JOLA
Chapitre 9 : Je Te Déteste.
**Calvin Harris Otando**
UNE SEMAINE PLUS TARD
Je viens de recevoir mes résultats du bac et, sans surprise, je l’ai eu. Les autres sautent dans tous les sens, mais pas moi ; je ne suis pas vraiment dans le mood. Et pour cause : depuis la semaine dernière, j’ai regagné la grande maison. Je ne sais pas ce que ma mère a dit à son mari, mais à l’issue de cette discussion, il est venu me trouver dans le studio et m’a dit :
— Range tes affaires.
Je suis resté figé, choqué.
— Mais Papa ?
— Il n’y a rien à dire dessus, Harris. Tu reviens dans la grande maison.
— Juste comme ça ? Qu’est-ce que j’ai fait, Papa ? Qu’est-ce que j’ai fait ?
Il m'a regardé, silencieux.
— Je me suis tenu tranquille, je n’ai fait aucune scène, aucun scandale, aucun bruit. On me reproche quoi ? Coucher avec des filles ? J’ai dix-huit ans.
Sans un mot, il a tourné les talons.
— Tu as une heure pour libérer les lieux.
Il est parti. J’ai frappé les murs du studio en désordre, giflant tout ce que je pouvais avant de tout shooter tant j’avais les nerfs à vif. Je suis retourné dans la grande maison, mais je ne parle à personne, je reste enfermé dans ma chambre. Tout ce que je veux, c’est que le temps passe pour pouvoir me barrer d’ici.
— C’est bon les gars, on l’a fait, on se fait une virée ce soir ! lance Yohan, tout content.
— Mais bien sûr, ajoute Loïc, ça mérite un avant-goût avant la vraie sortie.
— CH, tu es avec nous ?
Je les regarde en silence.
— Tu es sûr que ça va ? arque Yohan, un sourcil levé.
— Oui… t’inquiète, esquissé-je d’un faible sourire. On s’en va.
Je les devance et grimpe dans la voiture. Mon téléphone sonne, c’est mon père, je laisse sonner. Il insiste encore deux fois, toujours pareil. Un homme qui change d’avis à cause d’une femme… je ne fais rien avec ça. Lui et moi, on avait un accord : j’occupais ce studio jusqu’à mon départ pour la France en échange de me concentrer sur mes études et d’arrêter les clashs avec ma mère.
J’ai tenu ma part du marché. Pas un seul cri, pas une seule réponse désagréable, même quand elle me provoquait. Je me suis tenu tranquille et j’ai fait l’école. Pour quel résultat ? Pff.
Mon téléphone sonne à nouveau : Winnie.
Je décroche.
— Oui.
— Tu as déjà eu tes résultats ? demande Winnie.
— Oui.
— Et alors ?
— C’est bon, j’ai mon bac.
Je l’entends crier à l’autre bout du fil. J’éloigne le téléphone de mon oreille quelques secondes.
— Toutes mes félicitations, bébé ! Je suis tellement contente pour toi si tu savais, dit-elle, tout heureuse. Je n’ai pas arrêté de me ronger les ongles depuis ce matin, j’étais stressée pour toi.
J’esquisse un faible sourire.
— Pourtant je t’avais dit que c’était plié.
— Je sais… mais bon, j’ai quand même stressé. Je suis trop contente pour toi. Il ne manque plus que mes résultats la semaine prochaine pour bien me réjouir.
À ce moment-là, les gars me rejoignent avec trois autres types et deux filles de mon lycée.
— On se parle plus tard, dis-je. Il faut que j’y aille là.
— Ok.
Je coupe l’appel.
Je me tourne vers les gars.
— On peut y aller ?
— Oui, répond Loïc.
Ils grimpent dans le véhicule et je démarre de là pour un petit coin dans Bel Air qui ouvre la journée et où on boit souvent. Il y a déjà du monde, beaucoup d’élèves du lycée y sont. La ville n’est pas en feu parce que ce n’est pas un examen populaire. Pour bien fêter, il faudra attendre les résultats du bac gabonais.
On s’assoit et commande. On ne tarde pas à recevoir nos consommations. Les autres sont agités mais pas moi, je suis dans mon coin, je bois en silence. Une heure de temps passe ainsi.
Estrela, l’une des filles venues avec nous, revient de la piste.
— Qu’est-ce que t’as ?
Je la regarde.
— Rien.
Elle ramène son énorme touffe de cheveux vers l’arrière.
— Bah pourquoi tu as cet air ?
J’esquisse un faible sourire.
— Et j’ai quel air ?
— Bah… t’as l’air de quelqu’un qui n’a pas eu son examen.
— Pourtant tu sais que ce n’est pas le cas.
— Bah justement, je ne te comprends pas. Je pensais que t’allais être plus enjoué… plus réceptif.
J’arque un sourcil.
— Réceptif à quoi ?
Elle attache ses cheveux au-dessus de sa tête.
— À plein de choses… aux gens autour de toi, par exemple.
Je la fixe intensément.
— Tu penses à quelqu’un en particulier ?
Elle me regarde dans les yeux sans répondre.
Je soulève ma bouteille et prends une gorgée sans la quitter du regard.
Un rictus étire mes lèvres.
— Tu sais… peut-être que si tu t’y prends bien, tu pourras me redonner le sourire.
— Et que suis-je censée faire ?
Mon sourire s’élargit.
— Dans dix minutes… aux toilettes.
Elle ne dit rien et je continue de la fixer.
— D’accord.
J’attrape ma bouteille et la vide en deux gorgées. Je me lève, la dépasse et fais un tour dehors où je viens passer quelques minutes debout près de la voiture. Je vérifie le temps à ma montre et je retourne tout droit dans les toilettes. Elle ne tarde pas à me rejoindre.
C’est sans protocole aucun que l’on s’enferme dans l’une des deux cabines, elle me fait une fellation, j’enfile mon préservatif, la retourne contre la porte, remonte sa robe et mets sa petite culotte sur le côté. J’écarte ses petites fesses blanches ensuite je m’enfonce en elle, elle pousse un son qu’elle essaie d’étouffer en mordant sur sa main.
Je saisis ses hanches et enclenche un va-et-vient en elle qui la fait gémir fort.
— Tu veux alerter tout le bar ? dis-je, ralentissant la cadence.
— Je… je n’arrive pas à me contrôler, dit-elle, haletante. C’est trop bon.
— Humm.
Pas que je n’aime pas entendre des filles crier, mais je n’ai pas spécialement envie que tout le monde sache ce qui se passe ici. C’est la meuf d’un gars avec qui je parle bien au lycée. Je ne veux pas de faux problèmes, surtout pas pour une meuf. Je veux juste couper en silence et passer mon chemin. Son gars est dans le bar.
Quoi ? J’étais dans mon coin et elle est venue me provoquer, tout le monde a vu. Qu’on ne me demande pas d’avoir de scrupules quand la concernée ne s’en soucie pas.
J’accélère le mouvement pour vite finir. Je ferme les yeux et me balade dans ma tête à la recherche d’une séance de baise intense que j’avais trouvée génial. Sans aucun effort, c’est une image de Winnie qui vient dans mon esprit, spécialement la nuit où elle était ivre.
La pression monte dans mon corps et je me déconnecte de l’instant présent pour ma tête. Je suis rapidement mis en condition et la minute d’après je crache dans le préservatif en serrant le corps de Winnie.
— J’adore ta chatte, Ella, murmuré-je à son oreille, les yeux encore fermés.
— C’est mon petit nom ?
Je fronce les sourcils et ouvre les yeux, sortant enfin de ma transe.
— Que dis‑tu ?
Elle sourit.
— Je demandais si « Ela » est le petit nom que tu m’as donné.
Je reste silencieux, confus. Elle enchaîne, patiente.
— Tu as dit que tu adorais ma chatte, et tu m’as appelée « Ela ».
Je reste silencieux un instant.
— Je suppose qu’ « Ela » est le diminutif d’ « Estrela ».
Je m’éloigne légèrement.
— Ça doit être ça.
Elle se retourne, un sourcil arqué.
— Ça doit être ça ?
— Boff… Estrela, je ne sais pas si tu le sais, mais ton mec est dans le bar. Tu devrais sortir d’ici pour le rejoindre.
Sa bouche reste ouverte, ses yeux écarquillés.
Je retire le préservatif, le jette dans les toilettes et tire la chasse.
— C’est ce que tu me dis alors que tu viens de me baiser ?
— Va rejoindre ton gars.
Son visage devient rouge.
— Tu me libères le passage, s’il te plaît ?
— Tu es vraiment un beau connard.
— Oui, je sais. Je suis le connard qui t’a prise dans les toilettes d’un bar… avec ton gars juste à côté.
Je lui montre mes trente-deux dents pendant que ses yeux se remplissent de larmes. Je sors un mouchoir en papier que j’accroche dans le décolleté de sa robe avant de lui faire un bisou sur la tempe qu’elle repousse en mettant sa tête sur le côté.
— Ne me remercie pas, lancé-je.
Je la pousse doucement sur le côté et sors de la cabine. Je me lave les mains, reprends mon chemin et retourne m’asseoir, ouvrant ma troisième bouteille.
— Tu n’aurais pas vu Estrela ? demande Frédéric, le gars d’Estrela.
— Non, elle était sur la piste, non ?
— Oui, mais je suis sorti un moment pour parler au téléphone. À mon retour, je ne l’ai pas vue. Les autres non plus.
— Elle est là, Frédéric, annonce Elisa.
Il se tourne vers elle.
— Où étais‑tu ?
Elle croise mon regard un instant avant de détourner les yeux.
— Je… j’étais aux toilettes, murmure-t-elle en posant sa main sur son ventre. J’ai eu une indigestion et je ne me sens pas très bien.
— Tu veux qu’on rentre ? demande Frédéric.
— Oui, s’il te plaît.
— Ok. Laisse-moi prévenir les autres qu’on rentre.
Il s’éloigne, la laissant avec sa copine qui lui demande si elle a vraiment mal. Elle acquiesce. Sa copine décide aussi de rentrer avec eux. Pendant tout ce temps, je la fixe avec un sourire en coin. Elle le sent, mais n’ose pas croiser mon regard jusqu’au retour de son mec.
— Bon CH, je vous laisse d’abord. Si c’est possible, on se voit ce soir, sinon une prochaine fois.
— Sans problème, réponds-je.
On se checke.
— C’est propre, frangin. On est ensemble.
Il me sourit et s’en va avec sa meuf et la copine, je bouge la tête, amusé. Après ça, moi Otando, on va me dire d’avoir une meuf pour mettre mon cœur dessus ? Mieux j’adopte un chien parce qu’il n’y a pas de différence entre les deux.
Je continue à boire ma bière, les autres me rejoignent, ils en font autant. Comme on est supposé se revoir en soirée, on ne met pas du temps. Au bout d’une demi-heure, on lève l’encre. Je les dépose à des carrefours où ils peuvent facilement avoir des taxis ensuite je rentre chez moi.
Ne voulant parler à personne, je passe par la porte arrière pour sortir dans le grand couloir. En dehors de la chambre des parents qui est à l’étage avec celle de ma petite sœur, nos chambres à nous sont en bas. Je m’y rends directement.
À peine assis, j’entends quelqu’un frapper à ma porte. Je ne réponds pas.
— Harris, ouvre-moi cette porte, m’ordonne la voix de mon père de l’autre côté.
Je reste silencieux.
— Tu sais que j’ai un double des clés, n’est-ce pas ? ajoute-t-il. Et que, si cela me plaît, je peux décider de faire ôter cette porte.
Je me lève, me déshabille, puis j’enroule une serviette autour de mes hanches avant d’aller lui ouvrir. Il me regarde de la tête aux pieds.
— Tu étais sous la douche, tu aurais pu me le signaler.
— J’ignorais que mon avis comptait pour quelque chose dans cette maison, dis-je d’une voix basse mais suffisamment audible.
Il souffle.
— Tes résultats disent quoi ? J’ai essayé de te joindre à plusieurs reprises.
— Mon téléphone était sous silence.
— Hum. Et c’est quoi les résultats ?
— Que je pourrai partir de cette maison et vivre ma vie comme bon me semble.
— Je déduis donc que tu as eu ton examen ?
Je garde le silence.
— Tant mieux. En tout cas, félicitations.
— Merci, dis-je sans enthousiasme. Je peux retourner à la douche ?
— Vas-y.
Je ferme la porte et vais m’allonger sur le lit. Je ne m’attends pas à ce qu’on m’organise une fête. Ma mère ne le fera jamais pour moi comme elle l’a fait, il y a deux ans, pour mon frère. Je ne m’en formalise pas.
Mon père ? Certainement qu’il me donnera de l’argent pour essayer de compenser, comme à chaque fois que ce genre de choses arrive. Mais je l’ai dit : je ne m’en formalise pas.
Un message arrive. Clovis Jr, mon frère.
Clovis Jr : Félicitations, petit. Papa vient de me donner la bonne nouvelle. Tu ne pouvais même pas me le dire ?
Moi : Je savais que tu l’apprendrais d’une manière ou d’une autre.
Clovis Jr : Hum. Mais j’aurais préféré que ce soit toi qui me le dises.
Moi : Bof.
Clovis Jr : Change d’attitude, petit frère. Je te le répète : change d’attitude.
Je roule des yeux.
Moi : Ce n’est pas que je n’aime pas discuter, mais j’ai des choses à faire. À la prochaine.
Clovis Jr : Comme toujours.
Je pose mon téléphone en soupirant ensuite je me laisse tomber sur le lit en regardant le plafond. Plusieurs pensées se bousculent dans ma tête mais je finis par les stopper. Je monte correctement sur le lit et je ferme les yeux, le sommeil m’emporte sans que je ne m’en rende compte
****
Aujourd’hui, c’est dimanche. Je m’apprête à rejoindre mes potes à la plage. On a prévu de se retrouver pour fumer la chicha et boire quelques bières. Hier, malheureusement, quand je me suis endormi vers dix-sept heures, je ne me suis réveillé qu’à quatre heures du matin. Je n’ai pas compris ce délire, je ne saurais expliquer ce qui s’est passé avec mon organisme pour que je dorme autant. Toujours est-il que c’est ce qui s’est passé. Je n’ai donc pas pu rejoindre les autres pour la sortie. Pour se rattraper, on a planifié de passer ce dimanche là-bas.
Je termine d’enfiler mes bijoux, donne un petit coup de parfum et sors de la chambre. Comme je sens ma gorge un peu sèche, je décide de prendre une bouteille d’eau dans la cuisine. Pendant que j’y vais, j’entends une conversation téléphonique provenant de cette pièce : c’est ma mère, elle parle avec je ne sais qui, en mains libres.
— Ah, son père dit qu’il a eu le bac. D’ici là, j’en serai débarrassée, dit-elle à son interlocutrice.
— Ce n’est pas trop tôt, répond la femme au téléphone.
— À qui le dis-tu ? Je compte les jours, je te dis. Sa simple vue m’insupporte, je t’assure.
— Ah, je te comprends. Cet enfant est détestable et il ne fait même pas semblant. Il n’y a rien de bon en lui et franchement je te tire mon chapeau. À ta place, j’aurais craqué depuis longtemps.
Elle soupire bruyamment.
— Humm… Est-ce que j’ai seulement le choix, ma chère ? Est-ce que j’ai le choix ?
Je rentre dans la cuisine en claquant la porte. Elle sursaute, prise de court.
— Mon Dieu !
Sa main se pose sur sa poitrine. Puis elle se tourne vers moi. Son visage se ferme aussitôt. Je soutiens son regard.
— Tu te prends pour qui pour me claquer la porte de la sorte ?
Je la fixe, le visage fermé.
— Ce n’est pas moi que tu regardes ainsi, Harris, je jure devant Dieu. Sors de ma cuisine.
Je reste immobile.
— Je t’ai demandé de sortir de cette cuisine!
— Ça aurait été beaucoup plus simple pour toi de m’avorter au lieu de te donner autant de peine.
— Ce n’est pas la volonté qui m’en a manqué, réplique-t-elle aussitôt.
Le coup part vite. J’encaisse.
Elle me regarde droit dans les yeux.
— Quelques mois plus tôt et tu n’aurais jamais vu le jour… jamais tu ne serais venu sur cette terre… jamais. Et il n’y a pas un seul jour, depuis celui où j’ai appris ton existence, où je ne l’ai pas regretté.
Je soutiens son regard sans broncher.
Elle désigne la porte derrière moi.
— Sors d’ici.
Je la fixe encore quelques secondes, puis je me retourne pour partir.
Arrivé au seuil, je m’arrête sans me retourner.
— Eh bien sache que tes sentiments sont partagés.
Je tourne la tête et croise son regard.
— Je te déteste, maman… tellement que je rêve du jour où quelqu’un me dira que tu es morte dans d’affreuses souffrances.
J’ouvre la porte et sors de la pièce en la claquant une fois de plus.
— C’est toi qui mourras avant moi, imbécile ! hurle-t-elle dans mon dos. Enfant maudit!
Je continue mon chemin et sors complètement de la maison. Je vais grimper dans la voiture de mon père qui est au parking, le gardien qui me voit se précipite à ouvrir le portail et je démarre sans attendre mon reste pour partir loin de ce lieu…