Chapitre 14 : Les blessures invisibles

Ecrit par Ellie chou

Le soleil s’était couché sur le village, laissant place à une nuit étoilée et silencieuse.

Pourtant, dans la petite maison de Marguerite Kouassi, le silence n’était qu’une façade.

Car derrière les sourires, derrière les succès scolaires et les apparences de force, les blessures invisibles s’accumulaient, profondes et silencieuses.

Julien était devenu un jeune homme responsable, l’exemple à suivre pour ses sœurs.

Mais sous son air sûr de lui, il portait un poids immense.


Depuis le décès de leur père, il s’était senti investi d’un rôle qu’il n’avait jamais demandé : celui de protecteur. Il voulait être fort pour sa mère, pour Isabelle, pour Élise… mais qui était là pour lui ?

Un soir, alors qu’il rentrait du lycée, il s’arrêta un instant devant la maison.

Il ne voulait pas entrer.

Il se sentait fatigué. 

Pas physiquement, mais mentalement.

Fatigué de devoir être toujours le pilier.

Fatigué de cacher ses propres angoisses.

Ce soir-là, alors que tout le monde dormait, il se leva et sortit discrètement.

Il marcha jusqu’au grand manguier du quartier, s’appuya contre le tronc et laissa échapper un soupir qu’il retenait depuis trop longtemps.

"Papa… pourquoi es-tu parti si tôt ? Pourquoi nous as-tu laissés seuls ?"

Les larmes qu’il s’interdisait tombèrent enfin, en silence, sous la lueur de la lune.

À l’école, Isabelle était une élève modèle, une jeune fille respectée pour son intelligence et sa détermination.

Mais personne ne savait combien elle doutait d’elle-même.

Les moqueries des autres filles la blessaient plus qu’elle ne voulait l’admettre.

« Elle se prend pour qui ? Elle croit qu’elle est meilleure que nous ? »

« Regardez-la, toujours dans ses livres. Et si au final elle échouait ? »

Elle faisait semblant de ne pas entendre, mais chaque mot était une flèche qu’elle encaissait en silence.

Un soir, alors qu’elle aidait leur mère au restaurant, une cliente murmura à une autre :

« C’est la fille de Marguerite 

 Elle est jolie, mais l’intelligence ne remplit pas l’assiette.

Un jour, elle comprendra que les diplômes ne nourrissent pas une femme. »

Isabelle serra les poings, ravala ses larmes et continua à servir les plats comme si de rien n’était.

Mais ce soir-là, seule dans sa chambre, elle s’effondra sur son lit.

"Et si elles avaient raison ? Et si, malgré tous mes efforts, je n’arrivais à rien ?"

Sa peur la dévorait.

La peur d’échouer. La peur de ne jamais être à la hauteur des attentes placées en elle.

Élise, la benjamine, était celle qui gardait toujours le sourire.

Celle qui rassurait tout le monde, celle qui disait "Tout ira bien" même quand elle doutait.

Mais dans son cœur, elle ressentait une pression immense.

Devenir une grande dame… C’était son rêve. Mais et si elle échouait ?

Et si elle ne réussissait pas à sortir leur famille de la misère ?

Une nuit, incapable de trouver le sommeil, elle alla s’asseoir près du lit de sa mère et la regarda dormir. Marguerite semblait paisible, mais son visage portait les traces de tant d’années de souffrance.

Élise sentit les larmes monter.

"Maman… un jour, je te sortirai de cette vie. Un jour, tu n’auras plus à te battre. Je te le promets."

Mais au fond d’elle, une peur subsistait : et si elle échouait à tenir cette promesse ?

Ce soir-là, chacun d’eux, dans un coin de la maison, portait sa propre douleur, ses propres doutes.

Leur mère, elle aussi, avait ses blessures.

Elle se réveillait souvent la nuit en repensant aux humiliations subies après la mort de son mari, aux privations, aux sacrifices qu’elle devait encore faire.

Mais au petit matin, comme à chaque fois, ils souriraient.

Parce que c’était ainsi qu’ils avaient appris à survivre.

Les blessures invisibles, celles qu’on ne montre pas, sont parfois les plus profondes.

Mais elles sont aussi celles qui forgent les âmes les plus fortes.

A bientôt. 
Le combat d'une vie...