Chapitre 4

Ecrit par Ellie chou

Les jours qui suivirent cette nuit maudite furent un long tunnel d’obscurité pour Ornela Baroan. Elle n’arrivait plus à se regarder dans un miroir sans ressentir un profond dégoût. Chaque bruit, chaque contact lui rappelait l’agression qu’elle avait subie. Même l’argent qu’elle avait reçu, posé sur sa table de chevet, lui semblait désormais empoisonné.

"Je dois arrêter."

Cette phrase tournait en boucle dans son esprit. Mais comment ? Elle ne savait rien faire d’autre. Son mode de vie, son confort matériel, tout dépendait de ce "travail". Pire encore, une part d’elle-même se demandait si elle méritait seulement une autre vie.

Cette bataille intérieure la consumait, jusqu’à ce matin où elle sortit enfin de chez elle pour aller au marché.

Le soleil était déjà haut lorsqu’elle marcha dans les rues animées d’Abidjan. Le bruit des vendeurs ambulants, l’odeur des épices et des fruits mûrs emplissaient l’air. Elle avançait mécaniquement, comme un fantôme errant au milieu de la foule.

Alors qu’elle s’apprêtait à traverser une rue, une main ridée attrapa doucement son bras.

"Ma fille, puis-je te parler un instant ?"

Ornela se retourna, surprise. Devant elle se tenait une vieille dame, vêtue d’un pagne simple, les yeux brillants d’une bienveillance inexplicable. Elle semblait sortie de nulle part.

"Je suis pressée, maman." répondit Ornela, sans trop d’enthousiasme.

"Je le sais, mais ce que j’ai à te dire est important."

Il y avait quelque chose d’étrange dans son ton, comme si elle connaissait déjà la douleur qu’Ornela portait en elle.

"Tu souffres, ma fille."

Ornela sentit son cœur se serrer.

"Non, je vais bien." mentit-elle.

La vieille dame sourit doucement et posa une main légère sur son épaule.

"Dieu t’aime. Il n’est pas trop tard pour toi."

Ornela eut un sursaut. Ces mêmes mots... Exactement comme la voix ,qu'elle avait entendu  après cette nuit terrible.

"Qui êtes-vous ?" demanda-t-elle, troublée.

"Je suis juste une servante de Dieu, et Il m’a envoyée te dire que tu n’es pas une cause perdue. Que ton passé ne définit pas ton avenir. Que tu peux encore renaître."

Des larmes montèrent aux yeux d’Ornela. Comment cette femme pouvait-elle savoir ?

"Je... Je ne peux pas changer. J’ai trop fait de mal, trop..."

La vieille dame serra sa main avec tendresse.

"C’est un mensonge du diable, ma fille. Jésus est venu pour les cœurs brisés. Tu crois être prisonnière de cette vie, mais Dieu a déjà ouvert la porte. Il attend juste que tu fasses le premier pas."

Ornela sentit un frisson parcourir son corps. Une chaleur étrange, un mélange de peur et d’espoir.

"Mais comment ?" murmura-t-elle.

"Viens à l’église demain. Juste une fois. Et écoute ce que Dieu a à te dire."

Ornela hésita. Une église ? Elle n’y avait pas mis les pieds depuis son enfance.

Mais quelque chose au fond d’elle lui criait d’essayer.

Avant qu’elle ne puisse répondre, la vieille dame lui sourit une dernière fois et s’éloigna dans la foule.

Ornela resta figée un instant, le cœur battant.

Avait-elle enfin trouvé une porte de sortie ?


La géreuse de Bizi