
Chapitre 5
Ecrit par Ellie chou
Le matin après la rencontre avec la vieille dame, Ornela se leva avec une lourde pensée qui pesait sur son esprit. La décision de changer semblait impossible à prendre, et plus elle y pensait, plus elle se sentait engloutie par la culpabilité et la confusion. Pourtant, un sentiment étrange persistait en elle, une envie de rédemption, une lueur d’espoir qui venait troubler l’obscurité de ses pensées. Elle se leva, se vêtit sans enthousiasme, et décida d’aller au marché. Mais avant cela, elle se rendit dans le maquis, son refuge habituel, là où elle retrouvait ses anciennes habitudes.
Ce lieu, ce monde auquel elle appartenait depuis des années, ne lui offrait aucune issue, mais c’était l’endroit où elle se sentait en sécurité, même si cette sécurité n’était que de façade. Elle s’installa à une table dans le coin sombre du maquis, observant les allées et venues des habitués. Le bruit, les voix, les rires, l’odeur de l’alcool et de la sueur, tout cela lui paraissait étrangement familier, presque réconfortant.
C’est alors qu’elle aperçut Synthia. L’ancienne amie, celle qui l’avait introduite dans ce monde. Synthia avait l’air comme toujours, insouciante et pleine de vie. Elle s’approcha de la table d’Ornela avec un sourire large, les yeux brillants.
— "Alors, Ornela, comment ça va ? Toujours aussi belle et toujours aussi en demande, hein ?" lança Synthia, sa voix pleine de familiarité et d’une certaine malice.
Ornela ne répondit pas immédiatement. Elle observait Synthia avec une certaine distance, se demandant comment elle avait pu en arriver là. C’était Synthia qui l’avait poussée, qui l’avait attirée dans ce monde où l’illusion d’une vie facile cachait la douleur et la honte. C’était elle qui lui avait montré que son corps pouvait être un moyen de survie, que l’amour n’avait rien à voir avec les transactions qu’elles faisaient chaque nuit.
— "Tu m’as mise dans cette vie, Synthia… Tu te souviens ?" dit Ornela, sa voix faible, presque inaudible.
Synthia la fixa, un sourire amusé sur ses lèvres. Elle ne semblait pas se sentir coupable, elle n’avait aucune honte d’avoir fait basculer Ornela dans cette réalité.
— "Tu m’en veux encore pour ça ?" demanda-t-elle, comme si ce n’était qu’un petit détail sans importance. "Tu sais bien que c’était la seule option pour survivre dans ce monde. Tout le monde le fait, Ornela. Pourquoi t’en fais-tu un fardeau ? L’argent, le confort, la liberté... c’est tout ce qui compte."
Ornela baissa la tête, évitant de croiser les yeux de Synthia. Elle avait l’impression de suffoquer sous les mots de son amie. C’était vrai, tout ce qu’elle disait. À l’époque, cela semblait être la seule solution. Mais aujourd’hui, c’était différent. Le poids de sa vie, de ses choix, la rongeait. Elle avait envie de tout laisser derrière elle, de retrouver un semblant de dignité, de s’échapper de ce cercle infernal.
— "Je… je ne suis plus sûre de ce que je veux, Synthia." Ornela dit ces mots comme une confession, un aveu de son propre désespoir.
Synthia éclata de rire. Elle avait l’air sincèrement amusée par la situation.
— "Oh, je vois… tu veux changer, hein ? Mais tu crois vraiment qu’il y a une issue ? Tu crois que quelqu’un va t’ouvrir les bras et te sauver ? Personne ne nous sauve, Ornela. On se débrouille, on survit."
Les paroles de Synthia frappèrent Ornela comme un coup de poing. Elle voulait lui répondre, lui dire que ce n’était pas ce qu’elle voulait, que ce n’était plus cette vie qu’elle recherchait. Mais elle se sentait faible, perdue, et une partie d’elle-même savait qu’il serait difficile de sortir de cet engrenage. La proposition de la vieille dame, la foi en Dieu, tout cela semblait si éloigné dans cet endroit, parmi les bruits et la lueur des néons.
Synthia poursuivit, ne voyant pas l’effet qu’elle avait sur son amie.
— "Tu penses que Dieu peut t’aider ? Que ce lieu va t’emmener quelque part de mieux ? Ne sois pas naïve, Ornela. Dieu, l’amour… tout ça, c’est des illusions. Regarde autour de toi. Ici, c’est la vraie vie. Les gens comme nous, on n’a pas d’autre choix que de prendre ce qu’on peut."
Les mots de Synthia résonnaient dans la tête d’Ornela comme un écho incessant. Mais un autre écho, plus faible mais persistant, commençait à se faire entendre dans son cœur. Elle ferma les yeux un instant. "Et si j’avais tort ? Et si j’étais capable de changer ?"
Elle se leva brusquement, comme si une force invisible la poussait.
— "Je dois partir, Synthia. Je… je dois faire quelque chose."
Synthia la regarda, interloquée.
— "Partir ? Mais où ? Tu crois vraiment que tu peux t’échapper de cette vie ? Tu vas revenir, Ornela. C’est là ta place."
Mais Ornela était déjà en train de s’éloigner, son cœur battant à tout rompre. Elle avait un choix à faire. Et ce n’était pas ici, dans ce maquis, parmi ces voix et ces illusions, qu’elle trouverait la réponse. Ce n’était pas dans ce monde que sa rédemption l’attendait.
Elle sortit du maquis, marchant dans la chaleur étouffante de l’après-midi, sans savoir exactement où elle allait. Mais une chose était sûre : elle ne pouvait plus continuer à vivre dans les chaînes de son passé.