Chapitre 9

Ecrit par Ellie chou

Ornela pensait qu’en tournant la page, en donnant sa vie à Dieu et en s’engageant dans une nouvelle voie, tout deviendrait plus facile. 

Mais elle se rendit vite compte que le monde ne pardonnait pas si aisément. 

Son passé la suivait comme une ombre, prêt à surgir au moindre faux pas.

La première confrontation eut lieu avec Synthia.

Un après-midi, alors qu’Ornela revenait du centre d’aide où elle travaillait désormais, elle croisa son ancienne amie sur le trottoir d’un quartier animé. Synthia, toujours apprêtée et élégante, l’observa avec un sourire ironique avant de croiser les bras.

— "Eh bien, regarde qui voilà... Madame la Sainte maintenant ?" lâcha-t-elle avec une pointe de sarcasme.

Ornela s’arrêta net. Elle savait que ce moment viendrait, mais elle ne s’attendait pas à ce qu’il lui fasse aussi mal.

— "Je ne suis pas sainte, Synthia. J’ai juste décidé de changer de vie."

Synthia rit amèrement.

— "Changer de vie ? Tu crois vraiment qu’on peut effacer des années de nuit et de péché comme ça ? Une vie , pendant laquelle tu as passée ton temps a vendre ton corps au plus offrant. Ne sois pas naïve, Ornela. Ces gens d’église, ils font semblant de t’accepter, mais au fond, ils ne t’oublieront jamais. Pour eux, tu seras toujours une fille perdue." Une géreuse de bizi.

Ornela serra les poings. Chaque mot de Synthia était une lame qui s’enfonçait en elle. Mais elle prit une profonde inspiration et répondit calmement :

— "Peut-être que le monde ne m’oubliera pas, mais Dieu, Lui, m’a pardonnée. Et c’est tout ce qui compte."

Elle tourna les talons et s’éloigna, mais au fond d’elle, la douleur restait vive.

Si Ornela avait espéré trouver un refuge parfait dans l’église, elle découvrit bien vite que même parmi les croyants, tous n’étaient pas prêts à l’accepter.

Lorsqu’elle commença à s’investir davantage dans les activités de l'église , elle sentit les regards, les murmures à peine dissimulés.

Un dimanche, après le culte, alors qu’elle discutait avec des jeunes filles du groupe biblique, une femme d’âge mûr, Madame Léontine, l’aborda avec un sourire poli, mais un regard dur.

— "Ma fille, c’est bien que tu viennes à l’église, mais tu devrais rester discrète. 

Tu sais… ton passé ne joue pas en ta faveur. 

Certaines familles n’apprécient pas que leurs enfants côtoient une… ancienne fille de joie."

Ornela sentit son cœur se serrer. Elle avait beau être forte, ces paroles la blessaient profondément.

— "Mais Christ est venu pour les pécheurs, non ?" osa-t-elle répondre.

— "Bien sûr, bien sûr," répondit Madame Léontine en levant les mains, faussement bienveillante. 

"Mais certaines blessures laissent des cicatrices visibles, ma fille. Fais attention à ne pas espérer trop."

Cette journée -là, Ornela pleura longtemps. 

Elle se sentait rejetée, seule, comme si son passé était une tache indélébile. 

Elle pria, cherchant du réconfort.

— "Seigneur, ai-je vraiment ma place ici ? Je veux Te servir, mais je me sens indigne. Aide-moi à supporter ces épreuves." Car l'oppression m'accable. 

Mais l’épreuve la plus douloureuse fut celle de sa propre famille.

Elle avait longtemps hésité avant d’aller voir sa mère,  Depuis son enfance, leur relation était compliquée. Elle savait que sa mère ne l’avait jamais aimée, et après avoir su ce que sa fille faisait, elle avait souffert de sa réputation.

Un dimanche , après l'église, Ornela se rendit chez sa tante dans la commune d'abobo,où vivait sa mère à son retour du village. Son cœur battait fort lorsqu’elle frappa à la porte. Lorsqu’elle entra, sa mère l’accueillit avec une froideur déconcertante.

— "Tu reviens ici après tout ce temps ?" dit sa mère en croisant les bras.

Ornela baissa les yeux.

— "Maman, je suis venue te voir, te demander pardon. J’ai changé, je ne suis plus celle que j’étais avant."

Sa mère la regarda longuement avant de soupirer.

— "Ornela, tu penses que c’est aussi simple ? Tu crois que parce que tu vas à l’église, tout est effacé ? Tu sais combien j’ai souffert à cause de toi ? Les regards des voisins, les moqueries, la honte ?"

Les larmes montèrent aux yeux d’Ornela.

— "Je sais, Maman. Je suis désolée… Tellement désolée. 

Mais donne-moi une chance de te montrer que j’ai changé."

Sa mère détourna le regard.

— "Je ne sais pas, Ornela. Je ne sais pas si je pourrai un jour oublier."

Ce fut un coup dur. Ornela s’était préparée à la difficulté, mais entendre ces mots de la bouche de sa propre mère la fit vaciller.

Elle quitta la maison en silence, le cœur brisé.

Les jours suivants furent marqués par une profonde solitude. Elle se demandait si elle était réellement digne de cette nouvelle vie qu’elle essayait de bâtir. L’accumulation de rejets et de jugements pesait sur elle.

Mais dans sa douleur, elle trouva un réconfort : sa foi.

Elle se rappela que Jésus lui-même avait été rejeté, moqué, incompris. Elle réalisa que la route de la rédemption n’était pas faite pour être facile.

Un soir, alors qu’elle était en prière, elle tomba sur un passage qui la bouleversa :

"Si le monde vous hait, sachez qu'il M'a haï avant vous." (Jean 15:18)

Ces paroles résonnèrent en elle comme une évidence. Elle comprit qu’elle ne devait pas chercher l’approbation du monde, mais seulement celle de Dieu.

Elle se releva plus forte.


Si le monde ne voulait pas l’accepter, elle continuerait malgré tout. Parce que sa foi était plus grande que le rejet, et que son nouveau chemin en Christ valait tous les sacrifices.


Son passé n’avait plus de pouvoir sur elle.


Elle était une nouvelle créature.



La géreuse de Bizi